Les problèmes de sécurité dans les écoles ne se limitent pas aux intrusions ou aux risques d’attentats. Et s’ils peuvent parfois être liés à des défaillances des infrastructures ou du matériel, ils relèvent le plus souvent de tensions relationnelles avec les parents d’élèves.
CONSTAT
Dans une société de plus en plus procédurière, le regard porté par certains parents sur les enseignants est perverti par une défiance, voire une hostilité, envers les services publics. Les professeurs des écoles se retrouvent en première ligne, subissant de plein fouet le mécontentement de parents qui considèrent l’État et ses agents (que nous sommes) responsables de leur situation et des difficultés qu’ils rencontrent.
Face à des lacunes éducatives importantes, les professeurs se retrouvent souvent contraints de jouer un rôle éducatif qui dépasse leur mission initiale, ce qui est perçu par certains parents comme une tentative d’imposer des valeurs ou des pratiques éducatives divergentes de celles inculquées à la maison.

Les tensions montent rapidement et la sortie de l’école devient parfois le théâtre d’agressivité et d’insultes envers les enseignants. Certains parents n’hésitent pas à pénétrer dans les locaux scolaires pour exiger des explications ou « régler leurs comptes ». Cette situation, malheureusement fréquente, met en évidence l’absence de personnel non enseignant dédié à la surveillance, comme c’est le cas dans le secondaire. La responsabilité de la sécurité des locaux repose alors sur les directeurs et les directrices, déjà accablés par de nombreuses autres missions. Cette réalité pourrait prêter à sourire si elle n’était pas si préoccupante, quand on sait que nombre de directeurs ne disposent, en cas d’intrusion, que d’un simple sifflet pour donner l’alerte.
En 2024, le SNALC a conduit une enquête approfondie sur la sécurité au sein des établissements scolaires. Les milliers de témoignages recueillis ont révélé une insuffisance notable dans la prise en compte des dangers signalés par les équipes, une préparation inadéquate, un manque de formation significatif, ainsi qu’une gestion institutionnelle perçue comme insuffisante sur l’ensemble des problématiques liées à la sécurité. Qui plus est, en cas d’incident grave, l’institution n’est pas toujours du côté de la défense des collègues, elle se montre lente à réagir et à accorder la protection fonctionnelle.
QUELLES CONSÉQUENCES ?
L’absence récurrente de réponses adaptées et de soutien par les IEN et les DSDEN suscite chez les enseignants la crainte d’être confrontés à la violence des parents et d’être tenus responsables par l’institution des réactions de ces derniers. De nombreux enseignants se voient ainsi contraints de tolérer certaines attitudes des parents, laissant progressivement s’installer la loi du plus fort. L’École perd en crédibilité et les répercussions sur les apprentissages sont significatives.
D’autre part, les demandes institutionnelles sur des sujets sensibles exposent les enseignants à des risques, au point que certains préfèrent ne pas répondre aux attentes du Ministère et éviter certaines activités autour de l’EPS, des arts, mais surtout concernant tout ce qui touche, de près ou de loin, aux questions religieuses ou encore à certaines thématiques abordées dans le cadre de l’EMC ou d’EVAR.
L'AVIS DU SNALC
Il est impératif que l’avis et les propositions des professeurs des écoles, notamment en matière de sécurité des élèves, soient pleinement pris en considération.
En cas de problème, la hiérarchie doit repenser son approche actuelle, souvent empreinte d’une logique de suspicion à l’égard des enseignants. Il est temps d’instaurer une véritable écoute des personnels, de leur accorder la confiance de l’institution, de les protéger et de cesser de céder à la pression des parents ou de considérer leurs seuls propos comme systématiquement recevables.
Les IA-DASEN doivent impérativement accorder la protection fonctionnelle conformément aux textes réglementaires et autoriser, comme le prévoit le Code de l’éducation, le déplacement des élèves ingérables à la demande des directeurs.
POUR LE SNALC, IL FAUT
- Créer des postes d’aide à la direction d’école.
- Former régulièrement les PE à la gestion de crises et de situations de tensions.
- Accéder aux demandes des écoles en termes de sécurisation et d’équipement.
- Considérer la parole des enseignants et assurer un véritable accompagnement institutionnel et juridique en cas de problème.
Article paru dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1512-École du 10 avril 2026





