Avant-propos
Depuis de nombreuses années, notre profession souffre. Mais les évolutions de ces dix dernières années ont accentué de manière très significative les difficultés déjà bien identifiées sur le terrain. La situation actuelle appelle une analyse lucide, sans faux-semblants et sans discours déconnectés de la réalité. Le plus préoccupant est la tendance de nombreux acteurs à sous-estimer ce qui se prépare pour l’École à brève échéance. Comme vous le savez, le SNALC a pour habitude d’identifier des dérives possibles qui malheureusement se confirment. Aujourd’hui, le temps n’est plus à la seule anticipation : il impose une réaction claire et déterminée.
Le Ministère, lui, continue de dérouler dans les médias son récit rassurant sur la situation de l’École, sur le niveau des élèves et sur le métier d’enseignant, en totale contradiction avec notre réalité.
Notre réalité, c’est une absence de considération et de confiance de la part de l’institution envers les professionnels que nous sommes. Les missions s’empilent. Les responsabilités augmentent. Les exigences se multiplient. Et, pendant ce temps, les professeurs continuent, avec conscience et dévouement, à donner le meilleur d’eux-mêmes pour assurer leur mission dans un système scolaire qui semble avoir perdu toute cohérence. Le tout pour un salaire indécent, du mépris affirmé, de la défiance en permanence et des discours médiatiques hypocrites, à mille lieues de notre vécu.
Notre réalité, ce sont des classes de plus en plus complexes à gérer, en raison d’une hétérogénéité croissante des niveaux scolaires, mais également de la multiplication des situations particulières. L’inclusion, érigée en principe incontestable, demeure bien souvent une vaste hypocrisie. Le nombre d’élèves à besoins éducatifs particuliers ne cesse d’augmenter, sans que les équipes puissent leur apporter un accompagnement adapté et digne. L’École souffre d’un manque considérable de moyens humains qui oblige les professeurs à tout absorber, tout compenser, tout porter.
Notre réalité, ce sont des professeurs des écoles qui doivent composer avec des programmes sans cesse remaniés, des injonctions contradictoires, des objectifs mouvants au gré des orientations imposées par les ministres successifs. Une instabilité permanente qui brouille les repères, fragilise les pratiques et épuise les équipes. Au final, les évaluations internationales montrent inlassablement une baisse toujours plus importante du niveau des élèves français. Et le Ministère fait invariablement porter sur les épaules des professeurs des écoles la responsabilité de la situation en remettant en cause leurs méthodes, leur formation, leur engagement, voire leur professionnalisme.
La vérité, c’est qu’il devient quasiment impossible d’exercer correctement son métier. Non pas par manque de volonté, mais parce que l’institution nous accable sans cesse et nous place constamment sous pression. Les enseignants perdent peu à peu leur capacité de décision. Leur liberté pédagogique s’étiole et laisse place à une standardisation croissante des pratiques, à une uniformisation des méthodes et à une logique d’exécution.
Une évolution qui a de quoi inquiéter, à l’heure même où l’essor de l’intelligence artificielle interroge la place de l’humain dans de nombreux domaines. Car la richesse, la subtilité et l’efficacité de notre métier reposent justement sur la relation humaine. C’est grâce au discernement, à la capacité d’adaptation et à l’intelligence pédagogique du professeur que les élèves construisent les savoirs, l’esprit critique et la sensibilité dont ils auront besoin à l’âge adulte. Or, cette dimension du métier s’efface, emportée par des choix idéologiques et politiques qui, depuis près de cinquante ans, contribuent à la chute du niveau des élèves et à l’affaiblissement de notre profession. L’Éducation nationale a d’elle-même enseveli les valeurs qui faisaient de notre métier l’un des plus beaux métiers du monde.
Il est temps de cesser les faux-semblants. Il est temps d’entendre enfin ceux qui tiennent encore l’École à bout de bras et de redonner aux professeurs des écoles une rémunération décente, des moyens, mais surtout le respect, la protection, la confiance et la considération qu’ils méritent. Il est temps de dire STOP. Faites confiance à un syndicat qui défend vos idées et non à des syndicats qui répondent à des idéologies.
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