SOUS COUVERT DE CONFIANCE
En 2017, dans son discours de rentrée, le Ministre Jean-Michel Blanquer exprimait sa volonté d’établir ou de rétablir une « École de la confiance ». Dix ans plus tard, pour les enseignants, cette École n’incarne ni la confiance promise, ni la bienveillance attendue.
CONSTAT
Depuis plusieurs années, l’infantilisation des PE suscite l’exaspération au sein de la profession. Les inspecteurs exigent de plus en plus des enseignants qu’ils justifient, prouvent, expliquent leurs choix ou leur pédagogie. Cette exigence se traduit par un contrôle permanent des PE : 108 heures, APC, ou évaluations qui se multiplient. Par ailleurs, les IEN ont progressivement instauré un climat de défiance. Leurs interventions, souvent perçues comme intrusives, s’immiscent directement dans les pratiques professionnelles imposant formations et projets au mépris parfois de la liberté pédagogique. Et l’ingérence ne se limite pas à la classe, mais s’étend à l’échelle de l’École, de son pilotage pédagogique et du travail des directeurs.
La confiance entre les enseignants et leur hiérarchie s’effrite.

Lorsque l’enseignant fait part de ses difficultés, il se heurte souvent à une remise en question de sa posture, de son savoir-faire ou de son aptitude. Dès qu’il s’agit de problèmes relationnels, il est fréquemment jugé responsable si ce n’est fautif, avant même d’être entendu. La présomption de culpabilité est devenue la norme. Le manque de soutien institutionnel encourage certains parents malintentionnés à abuser du système pour obtenir gain de cause à la moindre occasion. Et si le PE – qui, dans les faits, est généralement la victime – en vient à être convoqué par l’IEN, c’est pour un rappel à l’ordre au cours d’un entretien à charge.
Alors que l’institution exige que les enseignants se justifient sur tous les aspects de leur travail, elle se montre en revanche incapable de justifier ses propres défaillances lorsqu’il s’agit de les soutenir ou de les protéger face à des situations conflictuelles avec des parents. L’accompagnement et la protection fonctionnelle font cruellement défaut.
QUELLES CONSÉQUENCES ?
La rupture de confiance a progressivement creusé un fossé entre l’institution et, plus précisément, les IEN et les PE. Aujourd’hui, pour les professeurs dont l’expertise est sans cesse désavouée, l’IEN de circonscription suscite appréhension, voire méfiance, quand ce n’est pas de la peur. Son autorité est alors perçue à juste titre comme excessive, pour ne pas dire nuisible. En parallèle, les difficultés rencontrées par les PE sont souvent ignorées ou minimisées. Un climat délétère s’est installé compromettant la sérénité nécessaire au bon déroulement des missions éducatives.
L'AVIS DU SNALC
Les défaillances de notre institution dans la protection des professeurs ont favorisé les diffamations, les mensonges, les abus de tous ordres et ont plongé notre École dans une méfiance exacerbée. Force est de constater que notre hiérarchie a la hantise des jugements, des accusations, des complications et surtout de tout ce qui pourrait entraîner une exposition médiatique. De l’aveu même de notre ministre Édouard Geffray, le « Pas de vague » perdure. Les PE finissent par penser que rien n’est fait pour les aider et que rien ne sert finalement de se battre. Cette résignation que le SNALC juge dangereuse témoigne d’un échec profond de l’institution dont le rôle devrait être avant tout de soutenir, aider et protéger ses personnels. L’échec du ministère de l’Éducation nationale en la matière est patent.
POUR LE SNALC, IL FAUT
- Établir une écoute bienveillante des PE par les IEN en cas de tensions et conflits avérés avec des familles ;
- Instaurer la convocation systématique par les IEN des parents incriminant une école, une équipe pédagogique ou un PE ;
- Mettre un terme au « Pas de vague » ;
- Garantir l’accompagnement et le soutien juridique de l’institution aux professeurs rencontrant des difficultés dans l’exercice de leur métier.
Article paru dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1509 – École du 16 janvier 2026 & dans la Quinzaine universitaire n°1516 – École du 4 septembre 2026
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