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Une école à reconstruire : l’échec de la scolarité adaptée

© Freepik.com_mdjaff_30845

Les professeurs des écoles mènent une lutte sans relâche pour répondre aux besoins d’un nombre croissant d’élèves en grande difficulté dans les classes. En raison du temps et de l’énergie que cette situation requiert, assurer un enseignement de qualité adapté pour chaque élève relève presque de l’impossible. Le système est devenu totalement inéquitable.

CONSTAT

La difficulté rencontrée par les PE, responsables de cours doubles ou triples dans les années 1990, est sans commune mesure avec la complexité de gestion des classes aujourd’hui. En effet, le travail de différenciation pédagogique à mettre en œuvre, de nos jours, pour un cours dit « simple » devient ingérable. Le PE doit s’adapter aux différents niveaux des élèves, prendre en compte les inclusions, les élèves en difficulté scolaire, les élèves à besoins éducatifs particuliers, les élèves dit éruptifs ou encore les élèves qui présentent des troubles « dys ». À cela s’ajoute la prise en compte des élèves en situation de souffrance psychologique, des PAI, des élèves régulièrement absents, des élèves allophones, etc.

En 2026, nous constatons que chaque élève a un besoin éducatif particulier. Inutile d’être diplômé de Polytechnique pour comprendre qu’assurer une différenciation pédagogique pour chaque élève d’une classe entière, alors que la majorité d’entre eux fait face à des difficultés scolaires majeures, relève de l’impossible pour un enseignant. D’autant plus que cette mission concerne toutes les disciplines durant 24 heures par semaine, le tout en respectant des programmes surchargés. Et pourtant, chaque enseignant s’investit corps et âme, bien souvent au détriment de sa santé physique et mentale. Les aides disponibles ? Les maîtres spécialisés ? Les psychologues ? … Les membres des RASED – quand ils existent – sont débordés et ne sont pas assez nombreux. Quant aux postes de médecins scolaires, ils restent dramatiquement vacants, faute de candidats.

Entre 2006 et 2024, le pourcentage d’élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire a plus que doublé, sans que les moyens alloués suivent cette évolution. Le système des PIAL a entraîné une mutualisation excessive de l’aide humaine, obligeant les AESH à répartir leur temps entre plusieurs élèves, souvent au détriment de l’accompagnement individualisé. Quant à la mise en place progressive des PAS, elle révèle déjà par endroit une nouvelle aggravation des conditions d’accompagnement.

QUELLES CONSÉQUENCES ?

Pris en étau entre les exigences des programmes, les attentes des familles et la gestion de la classe et des crises comportementales, les enseignants voient souvent la pédagogie reléguée au second plan. La situation, de plus en plus intenable, a des répercussions dévastatrices sur les professeurs des écoles. Surcharge de travail, sentiment d’impuissance, absence de reconnaissance institutionnelle, … Un stress chronique s’installe. C’est toute la classe qui est en souffrance : l’enseignant et l’ensemble des élèves. Cela engendre une montée des tensions au sein de la classe et le professeur pousse ses limites jusqu’à l’épuisement total.

L'AVIS DU SNALC

Le SNALC condamne avec force l’irresponsabilité des politiques récentes. Les coupes budgétaires ne doivent pas se faire au détriment des élèves à besoins particuliers. Sous couvert d’un discours empreint d’hypocrisie et de mauvaise foi, on tente de faire croire que ces mesures sont bénéfiques et humaines. Il s’agit d’un mensonge. Ces décisions relèvent d’un abandon des élèves en difficulté, de l’École et de ses enseignants pour des raisons budgétaires. Pour le SNALC, c’est une faute grave, dont nous mesurerons l’étendue des répercussions à l’avenir. Pour garantir une scolarité adaptée et combattre la difficulté scolaire de manière efficace et durable, l’État doit réinvestir massivement dans ses écoles.

POUR LE SNALC, IL FAUT

1- Réinvestir massivement dans les postes de RASED et les établissements spécialisés.

2- Stopper les fermetures de postes.

3- Profiter de la baisse démographique pour alléger les classes.

4- Mettre en place de toute urgence une inclusion raisonnée.


Article paru dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1510 – École du 13 février 2026