La violence en milieu scolaire progresse de manière préoccupante. Longtemps considérée comme un phénomène marginal ou circonscrit à certains établissements, elle s’impose désormais comme une réalité quotidienne. L’enquête SIVIS de la DEPP, publiée en mai 2025, a rappelé que les écoles ne sont pas épargnées et que les incidents graves y sont en augmentation.
Les raisons de la dégradation du climat scolaire sont multiples. Elles renvoient d’abord aux tensions qui traversent aujourd’hui les familles évoluant souvent dans un contexte marqué par la précarité, l’instabilité économique et un climat international anxiogène. À cela s’ajoute l’influence continue d’un environnement médiatique et numérique malsain. Les enfants grandissent au contact permanent d’images et de contenus qui banalisent l’agressivité, valorisent l’affrontement et contestent toute forme d’autorité. Les réseaux sociaux, en particulier, encouragent l’immédiateté des réactions et installent souvent un rapport dégradé à la règle, à la frustration et à la parole de l’adulte.
Cependant, on ne peut pas pour autant dédouaner l’institution scolaire. Si la société a abîmé l’École, l’École s’est aussi affaiblie elle-même au fil des années. Elle a perdu une part de sa lisibilité, de sa rigueur et de sa crédibilité. À force de réformes successives, l’Institution a contribué à brouiller ses propres repères. Nous sommes ainsi passés, en quelques décennies, d’une École fondée sur l’exigence, la transmission et le sens du devoir à une institution bien plus permissive et ouverte où les droits individuels ont progressivement pris le pas sur tout le reste. Les personnels ont pourtant régulièrement alerté sur les conséquences de certaines orientations ministérielles et sur la montée de la violence scolaire sans qu’il y ait de réponse en retour. Trop souvent, ces avertissements ont été ignorés. Ce mépris répété de la parole du terrain a nourri un sentiment d’abandon qui s’apparente, à bien des égards, à une forme de violence institutionnelle.
Pour le SNALC, une institution ne peut remplir sa mission sans cadre clair, sans règles stables et sans une autorité reconnue. Autorité de l’École n’est pas incompatible avec tolérance et “vivre-ensemble.”
Les conséquences de cette situation sont lourdes. Depuis plusieurs années, les témoignages se multiplient : menaces, agressions, atteintes verbales ou physiques. Le sentiment d’insécurité s’intensifie dans les écoles. Le secteur premier degré du SNALC avait d’ailleurs rendu publics, il y a un an, les résultats alarmants de son enquête sur la sécurité dans les écoles. Un an plus tard, la multiplication des faits de violence dans les établissements parle d’elle-même.
Malgré la gravité de la situation, le sujet peine encore à trouver la place qu’il mérite dans le débat public. La violence scolaire ne suscite qu’une attention intermittente, souvent liée à l’émotion provoquée par un drame ou à la médiatisation ponctuelle d’un cas emblématique. Le traitement médiatique reste trop souvent superficiel, éclipsé par des sujets futiles jugés plus rentables en termes d’audience.
La question des violences scolaires a récemment retrouvé une place dans les médias, ceci en grande partie en raison du Festival de Cannes et du film consacré à Samuel Paty. Si ce film peut contribuer à une prise de conscience, le SNALC espère que l’assassinat de Samuel Paty ne sera pas réduit, dans les esprits, à un épisode de simple fiction. Pour nous, professeurs, ce drame est bien réel. Un de nos collègues a été sauvagement assassiné.
Il est urgent que notre système scolaire sorte du déni, des réponses fragmentaires et des déclarations de circonstance. La violence en milieu scolaire appelle une réponse collective, ferme et cohérente. Cela suppose de restaurer l’autorité légitime de l’École, de soutenir réellement ses personnels, de redonner du sens aux règles communes et de replacer la transmission au cœur du projet scolaire.
Article publié dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1514-École du 5 juin 2026





