Dossier du mois de la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1518 du 30 octobre 2026
Sommaire
LES FONDAMENTAUX DU SNALC
Plusieurs échéances majeures se profilent. Au niveau ministériel, les élections professionnelles doivent permettre au SNALC de conforter voire de renforcer sa place dans les groupes de travail et dans les instances afin de défendre sa conception de l’École au bénéfice des personnels comme de l’avenir des élèves.
Au niveau national, si le SNALC se tient à l’écart du jeu politique, il ne méconnaît pas l’influence que les élections présidentielle et législative exerceront nécessairement sur l’institution. Nous n’irons pas négocier avec les candidats quels qu’ils soient ; ce n’est ni notre rôle ni notre conception du syndicalisme. En revanche, nous veillerons à ce que chacun connaisse nos positions et les orientations que nous défendons pour l’Éducation nationale.
Nos revendications sont claires : revalorisation salariale, amélioration des conditions de travail de tous les agents, reconnaissance et respect de chaque corps et de chaque métier de notre institution. Ce dossier détaille plus particulièrement notre vision de l’enseignement et de la pédagogie.
Pour le SNALC, il faut placer la connaissance et la transmission de la culture au centre de l’École ce qui suppose de réhabiliter des notions aujourd’hui tombées en désuétude voire vouées aux gémonies, comme l’effort et l’autorité. Il s’agit également de former des professeurs à la hauteur de leurs missions et de leur permettre d’exercer pleinement leur liberté pédagogique dans des conditions d’enseignement décentes au service des élèves.
Ces revendications visent d’abord à redonner du sens au métier de professeur, mais aussi à aider les élèves à grandir, à mieux se comprendre et à mieux comprendre le monde qui les entoure. En somme, le SNALC défend une Éducation nationale qui forme des citoyens lucides et libres.
DEVENIR ÉLÈVE ET AIMER LE SAVOIR
C’est presque une évidence : les premières années de la scolarité sont déterminantes. On ne naît pas élève, on le devient. Pour le SNALC, l’enfant qui entre en maternelle n’est pas encore un élève. Il doit le devenir en découvrant progressivement qu’il rejoint un collectif où il prendra sa place aux côtés de ses camarades. Il comprend alors que cette vie commune repose sur des règles, des droits et des devoirs comme dans toute société. L’autre a peut-être d’autres besoins, mais il bénéficie exactement des mêmes droits et est soumis aux mêmes devoirs.

Cet apprentissage n’est pas une discipline à part entière et doit s’accompagner d’une autre découverte : au-delà de son rôle dans l’apprentissage de la vie collective, l’École est le lieu de la transmission du savoir. Je la quitte à 16h30 plus savant que le matin en me levant. Chaque jour, j’acquiers des notions qui me permettent de mieux comprendre le monde qui m’entoure et je le dois à un adulte qui sait, qui transmet et fait autorité dans les domaines qu’il maîtrise.
L’élève doit prendre conscience que les lettres qu’il apprend à tracer, les mots qu’il commence à lire, simples formes noires sur la page blanche au départ, sont autant de portes qui s’ouvrent et le font grandir. C’est ainsi que la connaissance et le goût de la découverte lui permettront de devenir véritablement élève : une personne dont le savoir s’accroît et dont la conscience de lui-même, des autres et de son environnement se développe.
Encore faut-il que ses premières années de scolarité lui apprennent la différence entre une information et un savoir. L’information est un élément qui m’est transmis et que je ne m’approprie pas nécessairement. Au contraire, le savoir suppose un effort, de l’apprentissage, des manipulations et un travail de mémorisation si je veux le retenir. À ce titre, la notion d’effort ne doit plus être un tabou ni un gros mot aux relents de naphtaline. Sans lui, le sens de l’École se perd et avec lui celui des discours qui y sont prononcés et dont l’élève ne perçoit pas forcément l’utilité. L’École devient alors le lieu où l’élève trompe son ennui en retrouvant quelques camarades qu’il apprécie et en côtoyant d’autres qu’il faut bien supporter. L’enfant risque alors de rester cantonné à sa condition d’enfant sans jamais accéder au statut d’adulte capable de comprendre les ressorts et les enjeux de la société dans laquelle il évolue.
LE SENS DE L’AUTORITÉ
Voilà un autre terme que beaucoup, au sein de l’Éducation nationale, ont choisi d’abandonner parce que ses connotations font peur et dérangent. Et pourtant…
Dans la Rome antique, l’auctoritas désignait ce qui conférait sa pleine validité à une décision. En français, les premières occurrences du mot renvoient à l’authenticité des textes et au caractère incontestable des témoignages. Au fil du temps, le terme a évolué pour signifier le pouvoir légitime, le crédit moral et la capacité à se faire respecter sans recourir à la force brute.
C’est en ce sens que l’École et les professeurs ne doivent plus craindre d’incarner une figure d’autorité. Au sein de sa classe, le professeur fait le lien entre l’élève et la culture : les mots des grands auteurs, la pensée des philosophes, les découvertes des mathématiciens, physiciens, biologistes, géologues, mais aussi l’art et les inventions techniques. Il est celui qui guide l’élève dans l’univers du savoir.
Certains éprouvent le besoin d’accoler au terme autorité des adjectifs censés l’adoucir pour mieux le distinguer de l’autoritarisme. C’est ainsi qu’est apparue l’expression «autorité bienveillante» par exemple. Pour le SNALC, c’est inutile et relève même du pléonasme : transmettre ce qui est vrai et valide est par essence bienveillant. À l’inverse, laisser l’élève enfermé dans ses lacunes constituerait la pire des malveillances.
Cette conception suppose néanmoins deux évolutions majeures. D’abord, la frontière entre professeur et éducateur doit être plus nette. Bien sûr, le professeur a un rôle éducatif ; mais il doit être considéré comme la finalité de l’enseignement acquis grâce aux connaissances transmises plutôt que son objectif premier reléguant le savoir au second plan.
Ensuite, pour reprendre les mots d’une inspectrice d’anglais avec laquelle j’eus le plaisir d’échanger durant mon année de formation à l’IUFM –oui cela arrive- « le stylo du professeur doit être d’or. » Le SNALC peut reprendre cette formule à son compte. Non pour ériger le professeur en être supérieur surhumain et infaillible, mais pour rappeler ce qui fonde sa légitimité : une expertise professionnelle solide et l’exercice d’une profession intellectuelle tournée vers la transmission.
RÉVOLUTIONNER LA FORMATION
Si l’on excepte le pouvoir d’achat et les conditions de travail – deux sujets difficiles à sortir de l’équation ! – la formation est le domaine qui aura été le plus massacré ces dernières années.
Une grande réforme de la formation initiale a bien eu lieu, mais le Ministère n’a pas su en faire une réussite. Il fallait garantir le maintien d’une solide maîtrise disciplinaire, mais aucun travail sur les licences n’est prévu et le master post-concours est bien trop léger sur les savoirs scientifiques au profit de la didactique, la pédagogie et la formation de bons fonctionnaires. Il fallait une entrée dans le métier plus attractive : une rémunération est certes accordée dès la période d’observation, mais le master imposé enferme les étudiants dans un cursus qui entrave toute poursuite de recherche disciplinaire et complique l’accès à l’agrégation. S’y ajoute la fausse bonne idée de l’obligation quadriennale dans une filière qui peine déjà à recruter.
Le SNALC défend toujours une formation initiale permettant aux futurs professeurs d’être des spécialistes de leur discipline capables d’acquérir des compétences pédagogiques nécessaires à l’exercice d’un métier intellectuel et non d’une fonction d’exécutant.
Dans cette même logique, nous ne pouvons que déplorer l’état de la formation continue. Le Ministère avance des chiffres pour montrer qu’elle existe encore, mais en y regardant de plus près, l’offre porte surtout sur les « éducations à » et l’appropriation des nouveaux programmes. La laïcité, l’EVARS, l’éducation aux médias sont des sujets légitimes ; l’accompagnement des professeurs face aux évolutions des programmes l’est tout autant. Mais ces formations visent avant tout à mettre en œuvre les orientations de la hiérarchie au détriment de l’actualisation et de l’approfondissement des connaissances disciplinaires. D’une part parce que l’offre se concentre sur les besoins de l’institution. D’autre part, parce que les autorisations de partir en stage sont remplacées par des convocations adressées à des publics désignés.
Ajoutons que la nouvelle contrainte de suivi des formations en dehors des heures de service ou conditionnées à la possibilité de s’auto-remplacer, a pu contribuer à une forme de désaffection dans un contexte d’alourdissement continu de la charge de travail.
Pour le SNALC, il est urgent de recueillir les besoins des professeurs notamment en mettant en place sur la page des PAF et des PRAF un outil dédié permettant aux collègues de s’exprimer.
FAIRE VIVRE LA LIBERTÉ PÉDAGOGIQUE
Si le SNALC insiste tant sur la formation des professeurs et la maîtrise des contenus disciplinaires, c’est parce qu’elles conditionnent l’exercice plein et entier de la liberté pédagogique. Le Ministère qui a rogné sur la formation et généralisé le recours à des contractuels peu préparés l’a bien compris : les injonctions pédagogiques n’ont jamais autant pesé sur les programmes. Nos dirigeants ne perçoivent pas le problème et semblent considérer l’opposition du SNALC comme une simple posture. Ils se trompent.
La liberté pédagogique distingue d’abord un simple exécutant d’un intellectuel. Là où le premier reste enfermé dans des pratiques conçues par d’autres, le second sait s’en écarter pour construire sa propre manière d’enseigner à partir de ses connaissances scientifiques et des différentes approches pédagogiques qu’il maîtrise. Ne nous y trompons pas : pouvoir s’appuyer sur ses propres méthodes ou sur des pratiques expérimentées et éprouvées constitue forcément un atout pour les élèves.
Un professeur à l’aise dans sa pédagogie comme dans les contenus à transmettre peut exercer son métier avec plaisir. Or, cette dimension n’est pas anodine dans une profession où la relation humaine occupe une place centrale. Enseigner dans les conditions actuelles relève souvent du défi ; réussir à y trouver du plaisir peut contribuer à mieux transmettre. Plus encore, un professeur qui exerce sa liberté pédagogique comprend mieux ses classes et sait adapter son enseignement aux besoins et aux appétences qu’il a identifiés. C’est sans doute ce qui fait le sel de notre métier.
Notre système scolaire est en crise depuis des années. C’est pourquoi le SNALC se bat pour des programmes de qualité, clairs sur les contenus et qui laissent aux enseignants la liberté de construire leurs cours en s’appuyant sur des manuels, sur des ressources institutionnelles comme Eduscol ou sur des références beaucoup plus personnelles.
ENSEIGNER ENFIN DANS DE BONNES CONDITIONS
Si les dédoublements en éducation prioritaire ont des effets relativement modestes, l’impact des effectifs sur la qualité de l’enseignement est largement documenté. Le premier bénéfice observé est l’amélioration du climat scolaire : la gestion de classe est évidemment plus efficace lorsque les élèves sont moins nombreux. Dans une ambiance plus sereine et avec des effectifs allégés, il devient aussi moins difficile d’accorder du temps à chaque élève. À cela s’ajoute l’allègement des paquets de copies, facteur de bien-être qui permet de passer moins de temps à corriger et davantage à réfléchir à sa pédagogie. Les conditions de travail dans la classe sont donc un chantier à ouvrir. Le SNALC n’a cessé le rappeler : la baisse de la démographie scolaire devrait être l’occasion d’investir et d’agir sur la variable des effectifs.
Cette baisse nécessaire des effectifs ne suffira toutefois pas à résoudre tous les problèmes. À travers ses enquêtes, le SNALC a recueilli la parole des professeurs. Telle qu’elle est aujourd’hui conduite, l’inclusion combinée à la trop grande hétérogénéité des profils rend l’acte d’enseigner presque impossible selon de nombreux collègues. Ils décrivent des classes de plus de vingt-cinq élèves où cohabitent cinq ou six élèves dyslexiques –forme de norme désormais-, deux élèves atteints de troubles du spectre autistique, u ou deux élèves souffrant de handicap moteur et deux élèves potentiellement violents. Dans de telles conditions, il est impossible de faire progresser les élèves. Cette situation met tous les élèves, inclus ou non, ainsi que les professeurs dans une grande souffrance. Pour ces derniers, l’impossibilité de remplir correctement leur mission et la double contrainte qu’ils subissent constituent une source majeure de souffrance
C’est pourquoi le SNALC défend une inclusion mieux gérée dans laquelle l’École ne sert pas à pallier le manque, voire la suppression, de places dans l’enseignement spécialisé.
Car, pour le SNALC, c’est en créant les bonnes conditions au sein de la classe, avec des professeurs formés et reconnus dans leur expertise, que nous pourrons sortir notre système scolaire de la crise qu’il traverse.
REDONNER DU SENS
Chaque année le SNALC voit fleurir les dispositifs : devoirs faits, stages de réussite, vacances apprenantes, évaluations nationales standardisées, tests de positionnement en seconde, plan avenir, stages d’observation en seconde, groupes de niveaux, de besoins, puis de rien du tout… La liste n’est pas exhaustive et les « éducations à » se sont aussi multipliées. Tout n’est évidemment pas à rejeter, mais le SNALC déplore que la plupart de ces dispositifs se substituent aux heures de cours au lieu de les compléter. Nous avons assisté à une inflation des moyens consacrés à la remédiation de la difficulté scolaire, mais aussi de maux sociaux et sociétaux.
Le SNALC entend lutter contre la difficulté scolaire et permettre à tous les élèves de réussir dans la mesure de leurs possibilités. Nous voulons former des esprits critiques capables de se repérer dans un monde saturé de désinformation parfois qualifié d’ère de la post-vérité, mais aussi capables d’accepter l’autre et de faire preuve d’empathie.
Pour le SNALC, cela passe d’abord par la culture. Le meilleur moyen de faire progresser les élèves consiste à investir dans les cours et à replacer la connaissance au centre pour qu’aucun élève ne quitte la classe sans avoir compris ce qu’il vient d’apprendre.
La littérature, l’histoire, la géographie, les langues vivantes ou la philosophie sont des pans de culture qui développent par nature l’empathie et l’acceptation de l’autre. L’élève y apprend même parfois que « je est un autre ». Quant à l’esprit critique, il se forge avant tout grâce aux connaissances transmises par l’ensemble des disciplines.
En effet, plus on dispose de mots, plus la réflexion se complexifie. Plus on connaît de systèmes linguistiques, plus la perception du monde se diversifie. Plus la culture scientifique, au sens large, s’enrichit, plus on est en mesure d’adopter un point de vue objectif. Ces finalités de nos enseignements ne sont pas toujours verbalisées : elles se construisent en filigrane, au fil de la scolarité.
C’est cette vision que défend le SNALC, et c’est pourquoi il demande avant tout que l’Éducation nationale recentre son action sur les disciplines et la transmission.





