Pendant des années, les enseignants ont été sommés de tout accepter : les contestations de leur pédagogie, les remises en cause de leur parole professionnelle, les courriels agressifs, les intimidations, parfois les insultes et les menaces. Et lorsque les limites étaient franchies, on leur expliquait encore qu’il fallait « dialoguer », « apaiser » et « maintenir le lien avec les familles ».
Mais qui en revanche les protégeait, eux ?
Le décret publié au Journal officiel le 29 juillet 2026 apporte enfin une réponse à certaines des situations les plus graves: lorsque le comportement d’un membre de la famille d’un élève fait peser un risque caractérisé sur la sécurité ou la santé d’un membre de la communauté éducative, ou compromet gravement le fonctionnement de l’établissement, le changement d’école ou d’établissement de l’élève peut désormais être envisagé.
Il était temps. Le SNALC ne peut que saluer ce principe qui, l’actualité récente le montre, n’a pas tardé à être appliqué suite à l’agression subie par une enseignante à Toulouse le 4 septembre dernier.[1] Le SNALC est le seul syndicat lors du Conseil supérieur de l’Education du 9 juillet 2026 à avoir voté en faveur de ce décret.
Le SNALC souligne des évidences : non, un enseignant n’est pas un punching-ball ni un réceptacle à insulteset menaces ; oui, être parent d’élève ne confère aucun droit à agresser un professeur.
On peut contester une décision, on peut demander des explications. On peut être en désaccord avec une appréciation, une sanction ou une orientation. Mais on ne menace pas un enseignant. On ne l’insulte pas. On ne l’intimide pas. L’École a une limite. Et cette limite, c’est la sécurité de ses personnels.
L’objection qui ne manque pas d’être formulée est que l’enfant n’y est pour rien. Mais alors, que propose-t-on à l’enseignant, à part la dégradation de la situation, l’attente de nouvelles menaces et agressions ? Faudra-t-il encore attendre qu’un drame survienne pour reconnaître que le danger était réel ? Faire de la prévention comme le SNALC l’entend souvent semble ridicule car personne ne peut prévenir l’envie qu’un individu peut avoir de menacer de mort un enseignant.
Le changement d’établissement n’est pas une punition infligée à l’enfant. C’est une mesure prise parce qu’une situation devenue anormale et dangereuse ne peut plus être maintenue dans les mêmes conditions. Et le décret prévoit précisément un accompagnement de l’élève dans son nouvel établissement. Il ne s’agit donc pas de jeter l’enfant hors des murs mais simplement de réorganiser sa scolarité pour mettre fin à une situation devenue incompatible avec le fonctionnement normal de l’École.
Le mérite principal de ce décret est peut-être là : il permet de ne plus attendre que la situation devienne irréparable. Le SNALC le répète depuis longtemps : l’autorité ne peut pas être à sens unique. On demande aux enseignants de faire respecter les règles aux élèves, on leur demande d’assumer leurs responsabilités. Il est donc parfaitement logique que l’institution assume, elle aussi, la sienne lorsque des adultes franchissent les limites. Protéger les enseignants n’est pas une faveur mais le minimum dû à ceux auxquels la République confie ses enfants.
Ce décret envoie donc un signal fort que le SNALC considère comme essentiel.
[1] « Enseignante menacée de mort en Haute-Garonne : un parent d’élève condamné à six mois de prison ferme », Le Monde, 11 septembre 2026





