La valeur n’attend point le nombre des années.
Pierre Corneille
Décidément l’Éducation nationale est parfois bien embarrassée avec l’âge de ses élèves. On se souvient de Mme Borne qui préconisait de les faire réfléchir à leur orientation dès la maternelle. Pour M. le ministre Geffray, c’est l’inverse. Qu’un élève de dix ans soit candidat au baccalauréat lui « pose une difficulté »[1]. Passer son bac si jeune, quelle horreur ! Cet enfant, assurément un peu forcé au bachotage, que tant de savoir ferait souffrir, ne devrait-il pas de préférence s’adonner aux plaisirs de son âge comme, je ne sais pas, moi, jouer au foot, ou regarder des films, par exemple L’âge de glace ? Car le ministre aura eu tôt fait de refroidir ses ardeurs intellectuelles. Il envisage en effet de fixer un âge « plancher » pour passer le bac.
Âgisme pas plus que jeunisme ne fondent un tel raisonnement : il faut juste avoir un certain âge. Mais lequel ? On l’ignore, si ce n’est qu’il doit être adapté à « un examen national qui suppose une forme de maturité » dont le jeune aspirant est a priori dépourvu.
En attendant, que propose l’Institution pour assouvir la soif de savoir de ces rares élèves, leur offrir des perspectives et favoriser leur épanouissement ? Un âge plancher. En revanche, que de très nombreux élèves passent systématiquement en classe supérieure sans avoir le niveau pour pouvoir suivre ne semble pas poser de difficulté à l’Institution. Nul doute que ceux-là se sentent pleinement épanouis, l’âge leur conférant le « niveau de maturité » nécessaire à l’obtention de ce diplôme délivré à environ 90 % des candidats. Exigence oblige.
Qu’importe ! Après tout, Pascal a rédigé son Essai pour les coniques à 16 ans, Rimbaud a versifié en latin à 13 ans, Mozart a composé dès ses 5 ans… et ils n’ont même pas eu besoin de passer le bac ! Mon vieux !
Article publié dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1515 du 10 juillet 2026





