Jean-Rémi Girard, président du SNALC, est l’invité de L’Étudiant le 21 avril 2026.
Le bac de français sera-t-il bientôt plus difficile ? En tout cas, c’est un “grand chambardement” qui se prépare. À en croire les propos de Jean-Michel Le Baut, professeur de lettres en lycée et membre de l’AFEF [1], le travail que mène actuellement le ministère de l’Éducation nationale sur l’épreuve anticipée de français pourrait bien aboutir à une véritable révolution.
Car c’est bien une réforme en profondeur du bac de français qui est en train d’être étudiée. Un travail déjà bien avancé puisque des propositions ont été présentées par l’inspection générale aux syndicats et associations de professeurs au mois de mars. Elles pourraient modifier à la fois l’épreuve écrite en voie technologique et l’épreuve orale pour tous les élèves.
Fin du commentaire de texte en voie techno
À l’écrit, la réforme concerne la voie technologique. Aujourd’hui, deux types d’exercices sont proposés le jour du bac : un commentaire de texte et un exercice de contraction et d’essai.
Le commentaire de texte pourrait disparaître au profit d’un corpus de textes portant sur l’objet d’étude “La littérature d’idées”, accompagné de plusieurs exercices : deux questions de compréhension, un sujet à développer en s’appuyant sur le corpus, un résumé d’un passage et un exercice de titraille du corpus avec justification.
Quant à la contraction-essai, elle pourrait laisser place à un essai littéraire qui porterait sur un autre objet d’étude (“le roman et le récit”, “le théâtre” ou “la poésie”), en lien avec les œuvres étudiées en classe, mais qui encouragerait la réflexion personnelle.
En voie générale, aucune modification n’est prévue à l’écrit. Seule évolution possible : l’élargissement de la période étudiée dans l’objet d’étude “La littérature d’idées” qui s’étalerait jusqu’au XXIe siècle et non plus jusqu’au XVIIIe, ouvrant ainsi le champ des possibles quant aux œuvres étudiées en cours.
L'oral largement remanié
Que ce soit en voie générale ou technologique, c’est surtout l’oral qui ferait l’objet d’une réforme en profondeur.
L’explication de texte serait ainsi totalement repensée : vous ne seriez plus évalué sur une liste d’extraits étudiés en classe mais sur une liste d’œuvres. C’est l’examinateur qui vous proposerait de travailler sur un extrait qu’il aura lui-même déterminé. Pour cela vous disposeriez d’une heure de préparation, contre 30 minutes actuellement.
Enfin la question de grammaire et l’entretien ne feraient plus l’objet que d’un échange avec l’examinateur.
Un niveau digne “de l’agrégation” ?
Le principal changement, c’est que vous serez amené à plancher sur un extrait que vous n’aurez pas nécessairement travaillé en cours.
Une évolution jugée ambitieuse par les enseignants. Là où Jean-Rémi Girard, président du SNALC parle d’un niveau digne “de l’agrégation”, Jean-Michel Le Baut y voit, lui, l’occasion de donner plus d’intérêt à l’épreuve. “Jusque-là, on évaluait surtout la capacité de l’élève à réciter l’explication de texte donné par le professeur.”
Au SNALC, on craint les inégalités entre élèves : entre ceux qui auront la chance de plancher sur un extrait étudié en cours et les autres mais aussi selon les œuvres choisies. “Avec des œuvres denses comme Manon Lescaut de l’abbé Prévost, il est possible que l’élève ne sache même pas à quel moment de l’œuvre se situe l’extrait”, craint Jean-Rémi Girard. Même chose avec Mes forêts le recueil de poèmes d’Hélène Dorion. “Improviser sur un extrait, même avec une heure de préparation, me paraît compliqué voire quasi impossible.”
Des propositions qui divisent
Face aux propositions, les avis sont donc contrastés. Pour Jean-Michel Le Baut, les propositions du ministère vont dans le bon sens : “Il y a un vrai besoin de renouveau dans l’enseignement du français, souvent vécu comme répétitif et ennuyeux par les professeurs et les élèves”.
Jean-Rémi Girard, de son côté, se montre plus réservé. Il s’inquiète de la complexité des nouvelles modalités. “Ça part dans tous les sens”, estime-t-il à propos de l’épreuve écrite en voie technologique. Il redoute aussi une surcharge de travail pour les enseignants et les examinateurs, déjà fortement sollicités.
Il déplore également des échanges avec le ministère qui arrivent trop tardivement. “Nous avons été consultés dans la dernière ligne droite”, regrette-t-il, alors que les grandes orientations étaient déjà esquissées.
Réforme encore incertaine
À l’Afef on s’inquiète de la réelle mise en œuvre de la réforme. “Depuis la consultation, il semble que ça patauge voire que ça régresse”, craint Jean-Michel Le Baut. Sans compter que dans une interview accordée à l’AFEF le 14 avril dernier, Edouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a annoncé qu’il n’y aura “aucune grande réforme à la rentrée prochaine”.
Pour l’heure, les textes officiels sont attendus pour le printemps et la réforme est prévue pour la session 2029 du baccalauréat. Cela signifie que l’épreuve anticipée, nouvelle formule, aurait lieu en 2028. Session que les élèves devront commencer à préparer dès leur rentrée en 2de, en septembre 2026.
[1] ALEF : L’association française des enseignants de français





