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Diversité et égalité professionnelle : derrière les labels, le réel

© magnific_ilixe48_1063

Récompensé en 2022 par les deux labels « Égalité » et « Diversité », le ministère de l’Éducation nationale se dépense pour les conserver.

La boîte à outils du Ministère : podcasts, guides, enquêtes, plan national d’action pour l’égalité professionnelle

La newsletter ministérielle bimensuelle « En perspective » s’en fait régulièrement l’écho. Les aficionados auront repéré récemment l’édition d’un « guide des familles et des parentalités » ainsi que la diffusion de trois nouveaux épisodes du podcast « À voix hautes »1 consacrés respectivement à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, à la lutte contre les violences au travail et à la santé des femmes. Certains auront même éventuellement passé dix minutes à répondre à un questionnaire destiné à « faire évoluer concrètement les actions en faveur d’un environnement de travail plus inclusif et équitable ». Le tout dans le cadre du deuxième plan national d’action 2025-20272, ambitieux document en 7 axes, 19 actions et 43 mesures avec un nouveau volet dédié à la santé des femmes. 

Le SNALC ne peut que saluer l’engagement volontariste du Ministère compte tenu des « inégalités persistantes entre les femmes et les hommes, tant dans le déroulement des parcours professionnels qu’en matière de rémunération et de risque de discrimination ».  Promouvoir la constitution de bases de données chiffrées fiables, sensibiliser et outiller les personnels d’encadrement, informer les personnels de leurs droits et des ressources disponibles, autant d’orientations intéressantes certes pour « installer une culture de l’égalité professionnelle ».  Quoi de plus réconfortant en outre qu’un espace balisé de vadémécums, de déploiements de référents, de tableaux de bord d’indicateurs fournis en annexe ou encore de chouettes modules de formation à distance ? Une véritable et constante invitation au bien-être professionnel ! Le SNALC aimerait pouvoir lui aussi se laisser bercer aux rythmes apaisants de cet univers administratif ouaté. Malheureusement, la réalité vient trop souvent percuter le ronronnement managérial des plaquettes institutionnelles.

Revaloriser les métiers de l’éducation : une véritable politique féministe

La santé des femmes y est par exemple présentée comme une priorité. Il faudrait, entre autres, « améliorer la prévention, renforcer le suivi et l’adaptation éventuelle du poste de travail ». Avec 76 médecins de prévention pour 1, 2 M d’agents soit 1 pour 15 790 ?  Compte-t-on sur les quelques dizaines d’infirmiers, psychologues et ergonomes disponibles pour combler ce déficit criant ? Pense-t-on par ailleurs que les « managers de proximité » (autrement dit les chefs d’établissement ou directeurs) sont en mesure de satisfaire toutes les demandes d’aménagements de postes compte tenu des contraintes de plus en plus lourdes pesant sur eux et dans le contexte actuel de crise du recrutement ?

L’accès des femmes à des postes d’encadrement (1,5 % des postes au Ministère) doit être encouragé notamment par le « mentorat » et la « sororité ». Soit. Que dire des 150 000 AESH (12,5 %), corps féminisé à 90 % réduites à envoyer des cartes postales au Ministère pour réclamer un statut et un traitement décent pour leur métier essentiel et très exposé ?

La correction des écarts de rémunération est aussi un objectif ambitieux. Il se heurte principalement à des dispositifs indemnitaires -tels que le Pacte- dont les bénéficiaires sont majoritairement des hommes. Cependant, plutôt que d’envisager une redistribution ciblée de ces primes, ne faudrait-il pas remettre totalement en question leur logique ? Conditionner la rémunération à des missions supplémentaires ne fait qu’alourdir une charge de travail déjà estimée à 41 h par semaine pour les professeurs et interdit de facto à de nombreuses femmes déjà soumises à la « double journée » d’augmenter leur rémunération.

Améliorer les salaires et les conditions de travail de tous constituerait donc déjà en soi une politique féministe. Or, les évolutions récentes n’ont fait que les détériorer : jours de carence, amputation de la rémunération des congés de maladie, menaces sur le nombre de jours d’absence accordés pour enfants malades ou encore réduction progressive au fil des réformes successives des droits acquis au titre des enfants pour la retraite : croit-on vraiment que ces mesures favorisent une meilleure conciliation des vies professionnelle et familiale et valorisent davantage les carrières des femmes ?

73 % des personnels du Ministère sont des femmes. Or, plus un métier devient féminin plus il se dévalorise avec un cercle vicieux bien documenté. Pour favoriser la mixité, l’attractivité des métiers de l’Éducation nationale et l’égalité professionnelle, le SNALC insiste donc sur la nécessité de travailler sur les rémunérations et les conditions de travail réelles de tous les personnels au-delà des plans d’action sur papier glacé et des campagnes de communication lénifiantes.


Article paru dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1513 du 7 mai 2026