Alors que le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray présentait sa feuille de route pour l’année 2026-2027, Maxime Reppert, vice-président du SNALC, dénonce sur Punchline (CNEWS) un exercice de communication déconnecté d’une réalité qu’il juge catastrophique : budget mal géré, conditions de travail dégradées et incohérences autour de l’interdiction du téléphone portable au lycée.
Maxime Reppert, vice-président du SNALC, est l’invité de Punchline sur CNEWS le 25 août 2026
Une feuille de route jugée insincère
Journaliste (Punchline, CNEWS)
Instruire, protéger, unir. Est-ce que ça va suffire à relever l’école de nos enfants ? On en parlera avec Maxime Reppert, du syndicat du SNALC, le syndicat des personnels de l’Éducation nationale, qui sera avec nous dans quelques secondes, dans la suite de Punchline sur CNEWS et sur Europe 1.
De retour pour la suite de Punchline en direct sur CNEWS. Vous aurez certainement un regard à apporter à cette nouvelle feuille de route présentée aujourd’hui par Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, pour l’année scolaire 2026-2027. Il entend concentrer l’école sur trois missions : instruire, protéger, unir, avec notamment un accent sur les savoirs fondamentaux et le climat scolaire. Voilà les mots du ministre. Il assume également une rentrée sans nouvelle « grande réforme structurelle », en privilégiant la consolidation des mesures déjà engagées. Nous sommes avec Maxime Reppert, du SNALC, le syndicat national des personnels de l’Éducation nationale. Bonsoir, merci d’être en direct sur CNEWS et sur Europe 1, Maxime. Vous avez suivi les différentes annonces du ministre aujourd’hui. Qu’en avez-vous pensé ?
Maxime Reppert – SNALC
Pas grand-chose, pas grand-chose. C’était plus un exercice de communication qu’une feuille de route sincère. Les différents thèmes évoqués reviennent en fait chaque année : on parle de climat scolaire, de protéger les personnels, de restaurer l’autorité des professionnels que nous sommes censés être. C’est plus une liste, une redite chaque année, qu’une déclaration que j’aurais aimé accueillir avec une certaine bienveillance, un certain optimisme. Mais tous ces discours de notre ministre, comme de ses prédécesseurs, sont là juste pour masquer une réalité qui devient de plus en plus insoutenable.
Un système miné par des choix budgétaires et pédagogiques
Journaliste
[…] Maxime Reppert, comment expliquez-vous que le niveau se soit autant dégradé ?
Maxime Reppert – SNALC
C’est très simple. Déjà, on n’investit pas dans l’école. Alors oui, je sais, pendant des années, l’Éducation nationale a représenté le premier budget de France. Mais ce budget, je suis désolé, il a toujours été très mal géré. On a dépensé des sommes folles dans des projets qui parfois n’ont jamais vu le jour.
Journaliste
Et c’est toujours le cas, il me semble.
Maxime Reppert – SNALC
Ce n’était pas le cas l’an dernier, en tout cas. Mais si vous regardez un peu, en fait, on avance dans une direction : on fait trois pas en avant, cinq pas en arrière. Et c’est comme ça tout le temps. On n’arrive pas à avoir un cap clairement défini. Ça, c’est le premier point. Le deuxième, c’est qu’on a laissé les conditions de travail des personnels, notamment des enseignants, se dégrader. Il y a une paupérisation du métier d’enseignant, à tel point qu’en termes de pouvoir d’achat, un enseignant aujourd’hui a un pouvoir d’achat bien moindre qu’un enseignant des années 80 ou 90. Et puis, il y a aussi autre chose : on a supprimé des heures dans certaines disciplines, je pense notamment au français. Et dans l’école, on a de plus en plus cherché à inclure ce que j’appelle, moi, de « l’éducation à » : éducation à l’écologie, éducation numérique, éducation à ceci, éducation à cela. Bien sûr, l’école est un lieu propice à ce type d’éducation. Mais on l’a fait au détriment d’autre chose. Et du coup, forcément, aujourd’hui, nous ne sommes pas surpris des résultats des élèves dans des matières comme les mathématiques ou l’orthographe. C’est quelque chose d’assez logique, parce que pour ces « éducations à », on n’a pas donné de moyens supplémentaires, ni humains ni autres. Et puis, dernier point qui me semble extrêmement important : on entre de plus en plus dans une forme de consommation de l’école. Vous avez de plus en plus de missions qui, pour moi, devraient être plutôt confiées aux parents, mais que l’on confie de plus en plus à l’école. Je rappelle que la première cellule d’apprentissage d’un enfant, ce n’est pas l’école, c’est la famille. Et de plus en plus, on demande à l’école de se substituer aux parents. Du coup, on a du mal à identifier quel est le rôle et quelles sont les missions de l’école, et quel est le rôle et les missions des parents. Parce que dans tous les cas, on a des droits, des devoirs et des responsabilités. Et ce flou est aujourd’hui tel que l’Éducation nationale, c’est devenu la première entreprise de bricolage de France.
Téléphone portable : une interdiction favorable, mais incohérente
Journaliste
Hier, Maxime Reppert, on évoquait la question du téléphone portable à l’école. Emmanuel Macron souhaite l’interdire dès la rentrée. Écoutez ce que disait à ce sujet, aujourd’hui, le ministre de l’Éducation nationale.
Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale (extrait diffusé)
Lorsqu’un enfant entre dans une école et lorsque ses parents le déposent à la grille, il entre dans un lieu qui, normalement, le met à l’abri des tourments du monde. Et nous avons pour devoir absolu de protéger son innocence contre la violence sexuelle, de protéger sa santé physique et mentale contre le harcèlement, mais aussi de protéger sa construction sociale et cognitive, avec l’interdiction du téléphone portable au lycée et la limitation des écrans.
Journaliste
Maxime Reppert, évidemment, on partage tous ce souhait, les motivations sont bonnes. Mais est-ce réellement cohérent, compte tenu du virage numérique qu’a pris l’école depuis plusieurs années, du fait que presque tout se fait aujourd’hui en ligne sur les applications mobiles — École directe, ProNote, pour les agendas comme pour les devoirs scolaires ? Comment, du jour au lendemain, interdire le téléphone portable à l’école ?
Maxime Reppert
Écoutez, je pense qu’il faut dire avant tout que l’Éducation nationale a complètement raté son virage vers le numérique. On l’a vu, par exemple, au moment du Covid, lorsqu’il était question de continuité pédagogique : premier jour, le système ne marchait déjà plus. Jean-Michel Blanquer avait parlé d’une attaque russe. Quand on voit les logiciels utilisés au sein de l’Éducation nationale, l’état du parc informatique, son entretien laborieux, ce qu’on essaie de mettre en place — encore une fois, c’est du bricolage. C’est un numérique au rabais que l’on essaie de mettre en place au sein de l’Éducation nationale ; il ne faut pas être surpris de la situation.
Quant à la question du téléphone portable, je vais vous le dire très clairement : nous, au SNALC, sur le fond, nous sommes favorables à cette interdiction, parce que nous estimons qu’il y a trop de dérives dans l’usage du téléphone portable dans les lycées, que ce soit sur la question des réseaux sociaux, de la triche, ou du fait de prendre des photos ou des vidéos d’élèves ou de personnels sans leur consentement. Donc bien sûr que le téléphone portable n’est pas un outil pédagogique et n’a pas sa place, sauf dans certains cas, au sein de l’école. Pour autant, on utilise de plus en plus des logiciels comme ProNote, qui permettent de voir les devoirs, les notes, de suivre les informations. Donc il y a une forme d’incohérence.
Mais surtout, ce que j’aimerais dire sur votre antenne, c’est que le ministre essaie de mettre les élèves dans une bulle. On ne peut pas les mettre dans une bulle.
Je rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, le sang a coulé dans les écoles : des élèves ont été blessés, des personnels ont été blessés, ont été tués. On ne peut donc pas dire que l’école est responsable de tout, parce qu’on ne vit pas 24 heures sur 24 avec l’élève. Ce n’est pas l’école qui va payer un téléphone portable à un enfant de 6 ou 7 ans, par exemple. Ce n’est pas l’école qui va financer tel ou tel achat d’un élève. Vous voyez ce que je veux dire : quelque part, on fait un constat qu’on partage tous ici, mais j’ai l’impression qu’on demande à l’école de résoudre le problème.
Journaliste
[…] Merci beaucoup, Maxime Reppert, merci d’avoir été avec nous, du SNALC, le syndicat des personnels de l’Éducation nationale.




