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CNEWS – Interdiction du portable au lycée : encore du bricolage

« On bricole, on bricole, mais on ne construit pas. »
Maxime Reppert
Vice-président du SNALC

À dix jours de la rentrée, l’interdiction du téléphone portable au lycée, censée entrer en vigueur le 1er septembre, suscite déjà des doutes. Sur CNEWS, Maxime Reppert, vice-président du SNALC, pointe une mesure décidée dans la précipitation, sans concertation ni moyens suffisants pour l’appliquer sur le terrain.

Maxime Reppert, vice-président du SNALC, est l’invité de La Matinale Été sur CNEWS le 23 août 2026.

« La peur, la solitude. Voilà, c'est vraiment un film qui, je pense, mériterait d'être visionné dans les salles de classe et d'être montré aux élèves notamment. Parce que Samuel Paty, ce n'est pas simplement la question de la liberté d'expression. C'est aussi montrer le danger des réseaux sociaux. »
Maxime Reppert
Vice-président du SNALC

Journaliste CNEWS
Merci beaucoup Karine. Dans le reste de l’actualité, l’interdiction des portables au lycée doit être mise en place à la rentrée, dès le 1er septembre prochain. Mais le souci, c’est que de nombreux lycées ne sont pas prêts à appliquer cette mesure. Nous sommes en direct avec Maxime Reppert, vice-président du SNALC. Merci beaucoup d’être avec nous. Quels sont aujourd’hui les freins à l’application de cette mesure ?

Maxime Reppert
Ces freins sont multiples. Tout d’abord, encore une fois, et c’est une habitude dans l’Éducation nationale, tout est fait dans la précipitation. C’est du bricolage : on bricole, on bricole, mais on ne construit pas. La façon dont le ministère veut mettre ça en place est totalement irréaliste. Il n’y a pas de concertation. On ne laisse pas assez de temps aux chefs d’établissement pour mettre ça en place dans les lycées. On n’a pas non plus assez de personnel pour faire appliquer cette interdiction. Donc, in fine, c’est un énième effet d’annonce de la part du ministre, un effet d’annonce qui risque de faire flop, comme ses propos sur l’orthographe et le bac. Donc voilà, on est encore dans des déclarations un peu lunaires, qui inquiètent les chefs d’établissement, il faut bien le dire. Et surtout, le risque, c’est qu’en mettant en place cette interdiction de cette façon au lycée, on retrouve ce qui se passe actuellement au collège : cette incapacité à faire appliquer de façon efficace et durable l’interdiction du téléphone portable.

Journaliste CNEWS
Alors justement, cette décision d’interdire le téléphone intervient dans le cadre de la lutte contre le harcèlement. Dans l’absolu, y êtes-vous favorable ?

Maxime Reppert
Oui, oui, tout à fait, puisque sur le terrain, on se rend bien compte que le téléphone portable n’est pas toujours utilisé à des fins pédagogiques dans les lycées. Maintenant, il faut aussi prendre conscience qu’il y a une numérisation croissante des pratiques dans les lycées. Par exemple, les élèves utilisent leur téléphone portable pour aller sur ProNote, pour consulter leur cahier de texte, pour voir leurs notes, etc. Mais, hormis cela, on constate des usages qui sont, à mon sens, totalement prohibés, ou qui devraient l’être : l’utilisation des réseaux sociaux, le fait de filmer ou de prendre en photo des personnels ou des élèves à leur insu. Donc oui, effectivement, hormis certaines situations, le téléphone portable n’a pas sa place dans un établissement scolaire.

Journaliste CNEWS
Madame Hintermann, une réaction peut-être ? On vient d’entendre Maxime Reppert : effectivement, cela a été fait dans la précipitation. Il y a les délais, le fait d’installer des casiers pour mettre à l’abri les téléphones lorsque les élèves sont en cours. Tout cela est compliqué à mettre en place. En revanche, sur la mesure elle-même, y êtes-vous favorable ?

Mémona Hintermann – Grand reporter
Oui, je suis favorable à l’interdiction des téléphones portables dans les établissements scolaires. Je ne le dis pas de façon abstraite : il m’arrive d’aller dans des établissements scolaires, des lycées en particulier, notamment celui qui porte encore mon nom à La Réunion. Je parle donc en connaissance de cause. En fait, c’est très compliqué pour les chefs d’établissement d’imposer une mesure comme celle-là, qui pourrait pourtant être simple dans l’absolu : on dépose son téléphone à l’entrée, comme cela a été fait dans certains ministères, par exemple. La difficulté, c’est qu’on a souvent affaire à des élèves qui n’obéissent pas. Alors comment voulez-vous instaurer un rapport de force chaque matin en arrivant à l’école, avant même de commencer le programme scolaire, en livrant bataille ? C’est infaisable.

Journaliste CNEWS
Maxime Reppert, vous vouliez réagir.

Maxime Reppert – SNALC
Effectivement, ce que je viens d’entendre est très important. Le problème, ce n’est pas simplement la règle, ni même le fait de faire appliquer une mesure comme l’interdiction du portable : c’est aussi le comportement des élèves et celui des parents. Vous savez, la question du téléphone portable, et plus largement celle des réseaux sociaux, ne doit pas se traiter uniquement à l’école. Je rappelle que la première cellule d’apprentissage d’un enfant, c’est la famille, pas l’école. Et quand on voit que, depuis 2020, le portable est interdit au collège, on se dit qu’on a mis beaucoup de choses en place, y compris en allouant des moyens — des millions d’euros — pour construire des casiers et y ranger les téléphones. Alors que si les familles tenaient, auprès de leurs enfants, un discours expliquant pourquoi le téléphone portable peut poser problème, si ce levier-là était actionné, je pense que cette mesure au collège aurait été bien plus efficace, et qu’elle le serait très certainement au lycée. Le problème, c’est qu’on a des élèves extrêmement récalcitrants. On le voit dans les médias : des élèves qui agressent physiquement des professeurs dès que leur téléphone est confisqué. Mais on a aussi des parents qui prennent le parti de ces enfants et refusent cette interdiction. Donc, en fait, l’école ne peut pas se battre seule : elle ne peut pas se battre contre la famille, contre les parents, contre les élèves. Il faut un soutien systématique du ministère et des autorités, et il faut faire passer ce message auprès des familles. Parce que les familles n’ont pas que des droits : elles ont aussi des devoirs en matière d’éducation.

Journaliste CNEWS 
Et vous avez raison de le rappeler, Maxime Reppert. Merci beaucoup d’avoir été avec nous.
On reparlera évidemment de ce sujet à la rentrée, dans une petite dizaine de jours. Merci à tous les deux d’avoir été avec nous. Autre sujet à présent : nous allons parler de Mohamed Ben Salman.

 

« L'école ne peut pas se battre seule : elle ne peut pas se battre contre la famille, contre les parents, contre les élèves. »
Maxime Reppert
Vice-président du SNALC