Alors que la France bat des records de chaleur avec des températures dépassant les 40°C, Sébastien Vieille, professeur d’anglais au collège et secrétaire national du SNALC, a accordé une interview en anglais à une radio américano-canadienne. Preuve que nos voisins d’outre-Atlantique s’intéressent à notre situation : un témoignage sans langue de bois sur des établissements scolaires devenus des fournaises, et un gouvernement qui reste sourd aux appels des enseignants.
Sébastien Vieille, secrétaire national du SNALC chargé de la pédagogie est l’invité d’une radio américano-canadienne le 25 juin 2026
Présentateur : Sébastien, what kind of heat are you feeling today where you are?
Sébastien Vieille : Well, in the east of France where I live, the temperatures are about 40, which is quite hot.
Présentateur : Have you ever experienced heat like this at this point so early in the summer?
Sébastien Vieille : No, never in my life, yeah. And I’m about 50 years old.
Présentateur : What does it feel like?
Sébastien Vieille : Well, you feel extremely tired all day long. And it’s, well, you have to make efforts doing the slightest thing.
Présentateur : I’ve experienced it in summers elsewhere, but it is new for a lot of people. It can also make you lethargic, but it can also be very dangerous, especially for children. Your students are older. They’re in their exam period right now. They have to come in for tests. How is that going, given the heat?
Sébastien Vieille : Yeah, it’s, well, we have had a few of them feeling sick. It’s difficult conditions. Well, we are lucky the government decided that the exams would be in the morning. But for some orals, they could not do that. So we are quite worried for the day of the oral exams, yeah.
Présentateur : And are there any sorts of measures inside the schools — fans, air conditioning? How are you coping?
Sébastien Vieille : Air conditioning is out of question. We do not have that in our schools. We try to use some ventilators. But we don’t have that. Everybody’s trying to do their best, but we don’t have the means to do what we should do.
Présentateur : Do you think that in the future, air conditioning or things like that would be considered or possible?
Sébastien Vieille : We hope so, but it requires money. And I don’t think our government is inclined to do that.
Présentateur : What are you hearing from other teachers who are teaching younger students, elementary age students? What are they experiencing?
Sébastien Vieille : The conditions are really difficult. What they do is they advise the families to keep the children at home in the afternoons. Because after 10 a.m., it’s really, really difficult and it could be dangerous. In some schools, where the students are about 10 to 14, there have been some sicknesses and some kids fainting, which is horrible, really.
Présentateur : For a lot of parents, though, they may not have childcare, they may work. What are you hearing from parents about what they can and cannot do?
Sébastien Vieille : Well, parents are calling the grandparents to try to help, but some can’t. So the teachers in the primary schools, they use strategies to take care of the kids, like games with water, things like that. But it’s not teaching anymore. It’s trying to do our best with the situation.
Présentateur : You and other unions put out this joint statement. You’ve said the government is not prepared for heat. You’ve talked about the lack of funding. Were there warnings of this kind of thing as summers have gotten hotter? What kinds of things do you think officials should have done?
Sébastien Vieille : Well, we have been through that sort of situations for a few years now, and we still don’t see anything coming. There should be decisions like air conditioning, which could be one thing. But there is also the use of trees, greening the schools, which could be something, better insulation. But once again, it requires money and we don’t see money coming for that, which is really a shame.
Présentateur : I spoke with a life-saving official in France yesterday about the heat and the drowning deaths. He said the country really needs to completely rethink things, specifically the way it deals with these kinds of temperatures. Are you getting a sense that this might be the year that changes things?
Sébastien Vieille : Well, we will see. We are waiting for changes. I don’t know what will come of the elections next year. Let’s hope the future government will take care of the situation. But, you know, when you have a minister of education who said recently on TV that he didn’t have air conditioning in his own office because he wants to be in solidarity with the colleagues — I mean, except communication, we don’t see anything coming, which is really a shame.
Présentateur : Do you have a sense yet if teachers across France are heeding this call and that they might strike as you’ve suggested?
Sébastien Vieille : It’s not a question of suggesting a strike. It’s a question of giving them the means of protecting themselves. Because there is the strike, that’s true, but we are also calling them to fill in a register which exists in France when they are in danger. When a teacher is in danger, he can fill in this register and give a signal to the hierarchy. And we hope that many signals will be given so that the hierarchy will take care of the situation.
Présentateur : You want to have the data. You want to have a record of how teachers are dealing with it.
Sébastien Vieille : Yes, that’s it.
Présentateur : Sébastien, I’m glad we could speak. Thank you for this. Please take care.
Sébastien Vieille : Yeah, I will. Thank you very much for caring for us.
Présentateur : Sébastien, quelle chaleur ressentez-vous aujourd’hui là où vous êtes ?
Sébastien Vieille : Eh bien, dans l’est de la France où j’habite, les températures avoisinent les 40 degrés, ce qui est vraiment chaud.
Présentateur : Avez-vous déjà connu une telle chaleur aussi tôt dans l’été ?
Sébastien Vieille : Non, jamais de ma vie. Et j’ai la cinquantaine.
Présentateur : Qu’est-ce que ça fait ?
Sébastien Vieille : Eh bien, on se sent extrêmement fatigué toute la journée. Et il faut faire des efforts pour la moindre chose.
Présentateur : Je l’ai vécu lors d’étés passés ailleurs, mais c’est nouveau pour beaucoup de personnes. Cela peut rendre léthargique, mais aussi être très dangereux, surtout pour les enfants. Vos élèves sont plus âgés. Ils sont en période d’examens en ce moment et doivent se déplacer pour passer leurs épreuves. Comment ça se passe, avec cette chaleur ?
Sébastien Vieille : Eh bien, nous avons eu quelques élèves qui se sont sentis mal. Les conditions sont difficiles. Nous avons de la chance que le gouvernement ait décidé que les examens se tiendraient le matin. Mais pour certains oraux, ce n’était pas possible. Nous sommes donc assez inquiets pour le jour des épreuves orales.
Présentateur : Y a-t-il des mesures à l’intérieur des établissements — des ventilateurs, la climatisation ? Comment vous en sortez-vous ?
Sébastien Vieille : La climatisation, c’est hors de question. Nous n’en avons pas dans nos établissements. Nous essayons d’utiliser des ventilateurs, mais nous n’en avons pas suffisamment. Tout le monde fait de son mieux, mais nous n’avons pas les moyens de faire ce que nous devrions faire.
Présentateur : Pensez-vous qu’à l’avenir, la climatisation ou des dispositifs similaires pourraient être envisagés ?
Sébastien Vieille : Nous l’espérons, mais cela nécessite des moyens financiers. Et je ne pense pas que notre gouvernement soit enclin à les dégager.
Présentateur : Qu’entendez-vous de la part des enseignants qui travaillent avec des élèves plus jeunes, en primaire ? Que vivent-ils ?
Sébastien Vieille : Les conditions sont vraiment difficiles. Ce qu’ils font, c’est conseiller aux familles de garder les enfants à la maison l’après-midi. Parce qu’après 10 heures du matin, c’est vraiment très difficile et cela peut devenir dangereux. Dans certains établissements, avec des élèves de 10 à 14 ans, il y a eu des malaises et des enfants qui ont perdu connaissance, ce qui est vraiment horrible.
Présentateur : Mais pour beaucoup de parents, ils n’ont pas forcément de solution de garde, ils travaillent. Qu’entendez-vous de leur part sur ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire ?
Sébastien Vieille : Eh bien, les parents appellent les grands-parents pour essayer d’obtenir de l’aide, mais certains ne peuvent pas. Alors les enseignants des écoles primaires utilisent des stratégies pour s’occuper des enfants — des jeux avec de l’eau, ce genre de choses. Mais ce n’est plus de l’enseignement. C’est faire de notre mieux avec la situation.
Présentateur : Vous et d’autres syndicats avez publié ce communiqué commun. Vous avez dit que le gouvernement n’est pas préparé à la chaleur, vous avez évoqué le manque de moyens. Y avait-il eu des avertissements en ce sens, alors que les étés devenaient plus chauds ? Que pensez-vous que les autorités auraient dû faire ?
Sébastien Vieille : Eh bien, nous traversons ce genre de situation depuis quelques années maintenant, et nous ne voyons toujours rien venir. Il devrait y avoir des décisions, comme la climatisation, qui pourrait être une solution. Mais il y a aussi la plantation d’arbres, la végétalisation des établissements, ce qui pourrait aider, ainsi qu’une meilleure isolation. Mais là encore, cela nécessite de l’argent et nous ne voyons pas cet argent arriver, ce qui est vraiment dommage.
Présentateur : J’ai parlé hier avec un responsable de la sécurité civile en France au sujet de la chaleur et des noyades. Il a dit que le pays avait vraiment besoin de repenser en profondeur sa façon de gérer ces températures. Avez-vous le sentiment que cette année pourrait être celle qui change les choses ?
Sébastien Vieille : Nous verrons bien. Nous attendons des changements. Je ne sais pas ce qui sortira des élections l’année prochaine. Espérons que le futur gouvernement prendra la situation en main. Mais, vous savez, quand on a un ministre de l’Éducation qui a déclaré récemment à la télévision qu’il n’avait pas la climatisation dans son propre bureau pour être solidaire avec ses collègues — à part la communication, nous ne voyons rien venir, ce qui est vraiment, vraiment dommage.
Présentateur : Avez-vous le sentiment que les enseignants à travers la France suivent cet appel et qu’ils pourraient faire grève comme vous le suggérez ?
Sébastien Vieille : Ce n’est pas une question de suggérer une grève. C’est une question de leur donner les moyens de se protéger. Parce qu’il y a bien la grève, c’est vrai, mais nous les appelons aussi à renseigner un registre qui existe en France lorsqu’ils se trouvent en danger. Quand un enseignant est en danger, il peut renseigner ce registre et adresser un signal à sa hiérarchie. Et nous espérons que de nombreux signaux seront envoyés afin que la hiérarchie prenne la situation en main.
Présentateur : Vous voulez disposer de données. Vous voulez avoir une trace de ce que vivent les enseignants.
Sébastien Vieille : Oui, c’est exactement ça.
Présentateur : Sébastien, je suis ravi que nous ayons pu échanger. Merci pour tout cela. Prenez soin de vous.
Sébastien Vieille : Oui, je le ferai. Merci beaucoup de vous intéresser à nous.





