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Les langues anciennes ne se laissent pas abattre

© istockphoto-Simone Crespiatico-1306560845

Dossier du mois de la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1510 du 13 février 2026

Dossier coordonné par Cécile DIENER-FROELICHER, responsable nationale SNALC Lettres classiques, avec la contribution de Béatrice BARENNES, secteur SNALC Communication, et Arnaud FABRE, SNALC Créteil.

Sommaire

« LINGUAS MAGISTROSQUE CANO… » *

Alors que pendant longtemps, apprendre les langues et cultures antiques, “faire ses humanités”, était considéré comme le parcours incontournable de tout “honnête homme”, depuis quelques décennies, on voudrait nous faire croire que le latin et le grec sont des “langues mortes”, désuètes, inutiles en somme. Depuis 10 ans en particulier, et les ravages de la réforme du collège 2016, les gouvernements successifs s’acharnent dans leur majorité à essayer de faire disparaître leur enseignement.

Quelle ironie alors que langues et cultures antiques imprègnent plus que jamais notre quotidien et la culture populaire! Entre les romans, adulte ou jeunesse, qui relisent les mythes antiques, le cinéma avec le 2e “Gladiator” (quoi qu’on en pense), l’exploitation de L’Odyssée avec The Return, le retour d’Ulysse de Pasolini en 2025 et le blockbuster annoncé de Nolan, une célèbre marque de voitures française qui rappelle l’origine du nom de sa voiture populaire dans sa dernière campagne publicitaire, et qui a donné un nom grec à un modèle de SUV (cherchez donc le sens de Koléos), ou tout dernièrement la SNCF qui utilise le latin pour baptiser sa classe affaire de luxe, nous baignons dans les références antiques.

Comment alors pourrions-nous nous dispenser d’apprendre aux enfants les racines de notre culture ? Comment pourraient-ils comprendre le monde qui les entoure sans professeurs spécialistes pour leur enseigner les fondements de leur langue et de leur civilisation ?

Alors, oui, le SNALC peut reprendre Virgile pour s’exclamer : “Je chante des langues et des professeurs !”

Des professeurs qui méritent que leurs conditions de travail et de recrutement soient connues de tous, qui méritent d’être soutenus et défendus contre les attaques incessantes venues de tous côtés, qui méritent toute notre reconnaissance pour le savoir indispensable qu’ils continuent à transmettre envers et contre tout.

C’est la mission que s’est donné le secteur Lettres classiques du SNALC à travers ce dossier spécial.


*  D’après Virgile, Énéide

LANGUES ANCIENNES : ÉTAT DES LIEUX 2025-2026 (SONDAGE)

Vous enseignez les langues anciennes ? Votre témoignage nous intéresse. Vous pouvez répondre à notre sondage jusqu’au 15 mars 2026. Merci !

ENSEIGNEMENT DES LCA : HALTE AUX IDÉES REÇUES !

L’enseignement des LCA souffre de nombreux clichés véhiculés dans la société, y compris par certains gouvernements. Le SNALC garde un amer souvenir de la propagande de Najat Vallaud-Belkacem représentant dans une BD indigne un vieux professeur au costume désuet faisant ânonner la première déclinaison à des élèves qui s’ennuyaient ferme. Il s’agissait alors de rendre les LCA “sexy”… en les supprimant, peu ou prou ! Il fallait aussi lutter contre leur prétendu “élitisme”…

C’est bien mal connaître non seulement le dynamisme des enseignants d’une part, et les élèves qui tirent le plus grand bénéfice de cet enseignement d’autre part.

En effet, les professeurs de lettres classiques sont des passionnés qui ont su très tôt s’adapter aux défis et renouveler leur enseignement avec ingéniosité et succès : maîtrise des outils numériques, cours et exercices interactifs, méthodologie innovante, projets, voyages pédagogiques… Les professeurs de LC savent rendre leurs cours passionnants, pour une raison toute simple : pour que les élèves choisissent l’option, il faut la rendre attractive ! Nous sommes donc très loin des clichés sentant la naphtaline qu’il serait bon de jeter aux oubliettes !

Par ailleurs, on entend encore trop souvent dire que les langues anciennes ne sont que pour les bons élèves : il est bien loin le temps où l’on formait des classes “d’élite” en choisissant allemand LV2 et option latin ! Les options LCA, latin et/ou grec, permettent au contraire aux élèves de progresser en français et en langues vivantes par un travail systématique sur l’étymologie, le lexique et la grammaire, mais aussi d’approfondir leur culture générale. La circulaire du 24 janvier 2018 de Jean-Michel Blanquer le résume d’ailleurs fort bien, pour une fois : “Aussi [l’enseignement facultatif de LCA] doit-il être résolument ouvert à tous […], sans considération de leur niveau scolaire dans les autres disciplines.”[1] Et ces bienfaits sont encore plus visibles en Éducation prioritaire !

Cessons donc de brider l’appétit de connaissances des élèves par des préjugés dépassés et faisons confiance aux professeurs pour leur donner le goût d’apprendre : les LCA sont la clé de la réussite du plus grand nombre, et le SNALC les soutiendra toujours !

NON AU BRUSHING CULTUREL !

Comment enseigner le latin et le grec aujourd’hui ? Et surtout, comment exercer sa liberté pédagogique dans nos fonctions de professeurs de lettres classiques ?

A ces questions, certains inspecteurs répètent la même réponse apprise : il faut travailler autrement ! Eh bien, non. Au SNALC, on défend la liberté pédagogique et donc le droit des professeurs à transmettre des connaissances à travers un enseignement qui reflète celui qu’ils ont eux-mêmes reçu.

Rien n’empêche d’innover ou de moderniser un enseignement traditionnel. Mais de là à renoncer à toutes les méthodes anciennes qui fonctionnaient pourtant bien, il n’y a qu’un pas qui souvent nous sépare des tenants de l’innovation à tout prix. Eux expliquent que le problème de l’École, ce sont les notes, les évaluations, le contenu du cours, la manière d’enseigner. Ils traitent de psycho-rigide et de fossoyeur des langues anciennes tout collègue qui n’applique pas à la lettre leurs prétendus conseils : le cours devrait servir les compétences et non les connaissances. Selon eux, il doit être ludique et non appliqué, il doit distraire et non instruire.

Au SNALC, nous sommes contre le brushing culturel. Nos élèves doivent apprendre et mémoriser, savoir utiliser les connaissances et non les survoler. Oui, la langue est essentielle et ne peut être un prétexte à faire toujours de la civilisation. Les élèves sont capables de trouver un sujet et un COD, de retenir qu’on les nomme en latin et en grec nominatif et accusatif, et qu’ils correspondent à une terminaison différente.

Ainsi, nous encourageons les collègues en charge des cours de latin et de grec à ne pas jeter les vieux chaudrons, mais à les mettre au goût du jour, en les scannant avec une belle photo de 2026, et à offrir aux générations qui nous sont confiées les mêmes trésors que ceux que nos maîtres nous ont transmis.

C’est cette transmission ininterrompue depuis près de 2800 ans qui est en jeu et dont nous sommes les chevilles ouvrières. Sans nous, rien n’est possible. C’est là notre formation, c’est là notre mission

OPTIONS LCA EN COLLÈGE ET LYCÉE : UNE ÉDUCATION VRAIMENT NATIONALE ?

Depuis 10 ans, les horaires de LCA au collège n’avaient plus rien de national, puisque l’arrêté du 19 mai 2015 stipulait que cet enseignement pouvait être dispensé « dans la limite d’une heure hebdomadaire en classe de cinquième et de deux heures hebdomadaires pour les classes de quatrième et de troisième ». Cela donnait lieu à de grandes disparités d’un établissement à l’autre. En lycée, c’est la réforme Blanquer de 2018 qui a mis fin aux horaires fléchés de l’option, même s’ils n’étaient déjà pas toujours respectés.

Le SNALC, comme les associations de spécialistes, n’a cessé de se battre pour le rétablissement d’horaires fléchés, ou du moins d’horaires plus décents pour l’enseignement des LCA. L’arrêté du 15 mars 2024 (article 7) a enfin donné un cadre clair et contraignant en dotant les LCA en collège d’un horaire plancher : « Les enseignements facultatifs peuvent porter sur : a) Les langues et cultures de l’Antiquité au cycle 4, à raison d’au moins une heure hebdomadaire et jusqu’à deux heures en classe de cinquième et d’au moins deux heures hebdomadaires et jusqu’à trois heures pour les classes de quatrième et de troisième. »

Le SNALC avait proposé un amendement pour porter obligatoirement à 2 h l’horaire de 5e. Approuvé par toutes les organisations syndicales, il a été rejeté par l’administration.

C’est donc un texte fondamental même s’il est trop souvent transgressé dans les établissements. Les heures attribuées aux LCA dépendant de la marge attribuée pour d’autres dispositifs utiles tels que les dédoublements en sciences ou en langues, il est tentant de rogner une demi-heure par ci par là. N’hésitez pas à contacter votre section SNALC pour signaler tout abus.

Le SNALC demande enfin que les horaires de l’option LCA soient sécurisés au lycée comme au collège, et le retour d’horaires nationaux identiques dans tous les établissements, comme pour les autres options.

BONUS AUX EXAMENS : NÉCESSAIRES PAS SUFFISANTS !

Depuis des décennies, le statut optionnel des langues anciennes s’accompagne d’une valorisation spécifique aux examens. Elle a été peu à peu grignotée. Au brevet, en 2013, les points supérieurs à la moyenne s’ajoutaient à un total de 380 points. À partir de 2018, le total des points a été porté à 800 pour une bonification de 10 points en cas d’atteinte des objectifs. Mathématiquement, la valeur de l’option était donc divisée par deux. Nombre de professeurs ont alors valorisé les élèves investis en leur accordant les 20 points prévus pour un niveau excellent, ce qui finit par revenir au même. Or, la réforme de 2026 entraîne encore une dégradation, notamment pour les très bons élèves puisqu’elle est intégrée à un contrôle continu qui compte lui-même pour 40 % de la note finale.  Le SNALC réclame donc une meilleure valorisation de ce choix exigeant sur l’ensemble du cycle et le cumul possible avec d’autres options.

Au baccalauréat, le scénario est à peu près similaire. Longtemps, les langues anciennes ont bénéficié d’une bonification explicite supérieure aux autres options.  Elle venait légitimement récompenser persévérance et passage d’un oral exigeant. Le nouveau baccalauréat, en intégrant les langues anciennes au contrôle continu, rompt avec cette logique. On peut même imaginer qu’en cas de note inférieure à la moyenne générale, les élèves soient pénalisés ! Heureusement, les professeurs veillent à valoriser l’effort accompli. Et il faut reconnaître que cumulables sans limite avec d’autres options, les langues anciennes bénéficient d’un traitement dérogatoire. Le SNALC réclame cependant une véritable reconnaissance des langues anciennes dans Parcoursup notamment pour intégrer des parcours littéraires d’excellence.

En effet, les bonifications, indispensables pour reconnaître l’engagement des élèves, ne suffisent pas. Car pour le SNALC, le véritable enjeu n’est pas de grappiller quelques points, mais de faire reconnaître ces disciplines comme formatrices en les intégrant pleinement dans les parcours scolaires.

Sinon, un leader de la tech pourra continuer à afficher cyniquement comme à l’automne dernier : « – 25 € sur l’application. Plus utile que l’option latin. »

FCA ET MARE NOSTRUM : « … ET LE COMBAT CESSA FAUTE DE COMBATTANTS » ?

Que reste-t-il du bouillonnement d’initiatives qui avait suivi la publication du rapport « Les Humanités au cœur de l’École » et la première journée européenne des Langues et cultures de l’Antiquité en 2021 ?

Le Conseil supérieur des langues installé en 2022 ne donne pas beaucoup de nouvelles et le terrain ne témoigne pas vraiment d’une éclosion de sections Mare nostrum ou « Français et culture antique » (FCA) en 6e. Le SNALC n’est pas surpris. Dans un contexte déjà difficile pour les options de langues anciennes, il avait exprimé sa crainte que le soufflé ne retombe rapidement en l’absence de moyens supplémentaires dédiés et de textes contraignants (snalc.fr/bis-repetita-placent).

La publication d’un programme et de fiches Eduscol alléchantes ne constituent pas une politique. Pourtant, 2h hebdomadaires de renforcement du français via un détour par le latin et le grec –le lexique notamment- en 6e pour tous les élèves (et non en option) ne seraient pas superflues. Quant à l’heure hebdomadaire prévue pour Mare nostrum, elle relève plutôt de l’atelier transversal entre LCA et langues vivantes ; le SNALC reconnaît son intérêt possible à l’échelon local, mais doute du caractère indispensable d’une généralisation.

Quoi qu’il en soit, à l’heure où les professeurs de lettres classiques peinent déjà à sauvegarder les options de LCA, ces dispositifs n’ont aucune chance d’exister durablement s’ils doivent se financer sur la même marge que les autres options et dédoublements ! Le ministre d’alors avait pourtant affirmé qu’il faudrait « garantir l’offre en langues anciennes ». Quelques années après, force est de constater que les preuves d’amour n’ont pas suivi les déclarations. L’autonomie des établissements a triomphé au détriment d’une offre en langues anciennes accessible à tous. Certes on repère ici et là, des projets Mare nostrum appétissants ou dans tel collège 1h d’option FCA. Mais cela relève davantage du miracle local (fruit de l’investissement d’une personnalité particulièrement combative ?) que d’une stratégie nationale. C’est précisément cette politique ambitieuse, nationale et assumée que le SNALC continue de réclamer.

CAPES DE LETTRES CLASSIQUES : OÙ SONT PASSÉS LES POSTES ?

« Nous partîmes huit mille, et par de longs efforts
Nous nous vîmes cinq cents arrivant presque morts… »[1]

La chute des postes au CAPES de lettres classiques est vertigineuse et témoigne du désengagement massif de l’État dans le recrutement de professeurs spécialisés en langues anciennes au cours des dernières décennies. Ainsi est-on passé de 320 postes offerts en 2000 à 60 en 2025, au bas mot 5 fois moins ! Et c’est dix fois moins si l’on remonte à 1996… Autre chiffre parlant : pour la première fois de son histoire, le CAPES de lettres classiques a offert moins de postes que l’agrégation (61 pour cette dernière qui est restée beaucoup plus stable).

Cette chute du nombre de postes s’est accompagnée d’une baisse impressionnante du nombre de candidats au point qu’à partir de 2011, le nombre de postes est devenu sensiblement supérieur au nombre de présents. Il n’a donc plus été possible de les pourvoir tous malgré un taux de réussite en augmentation. La lecture des rapports de jurys montre la tension entre le souhait de ne pas perdre de postes et la volonté affichée de ne pas (trop) brader les exigences du concours. Les soubresauts conjoncturels des différentes réformes du concours (masterisation, place du concours en M1 ou M2, fusion des concours de lettres classiques et modernes avec options en 2013) ne sauraient en effet masquer les véritables causes de cette désaffection : une perte d’attractivité du métier en général et un abandon total des Humanités en particulier. Les candidats qui se présentent encore à un concours devenu aussi confidentiel que l’agrégation doivent avoir la foi chevillée au corps et l’institution elle-même affiche la couleur. En témoignent les accents de plus en plus lyriques des rapports de jury célébrant les candidats, héros prêts au sacrifice. Tel était déjà l’état d’esprit de Patrick Laudet, président du jury du CAPES 2016 : « Il faut véritablement saluer tous les candidats qui se sont présentés (…) et qui ont envisagé parfois avec une résolution civique admirable et un sens aigu de l’engagement de devenir professeur de lettres. » Voilà qui fait envie !



[1] D’après Corneille, Le Cid

CAPES DE LETTRES CLASSIQUES : OÙ SONT PASSÉES LES LANGUES ANCIENNES ?

Le professeur de lettres classiques est par définition trivalent. Longtemps, l’architecture du concours a très logiquement reflété cette exigence : 3 épreuves d’admission à l’écrit pour chaque champ de connaissance et 3 épreuves orales affectées d’un coefficient équilibré. Las ! Sous l’effet combiné d’une volonté de plus en plus marquée de professionnalisation du concours, et d’un appauvrissement progressif du vivier de candidats, la part des langues anciennes a été peu à peu grignotée au point d’apparaître quasi inexistante dans le CAPES d’aujourd’hui. Que s’est-il donc passé pour que de 50 % de coefficients, la part des langues anciennes soit aujourd’hui de 7 % au point qu’il serait théoriquement possible d’obtenir le concours en ignorant totalement l’une des deux langues ?

Le 1er coup a été porté par l’arrêté de 1991 créant à l’oral, en lieu et place d’une épreuve de langue, la première épreuve de didactique-vérification de conformité du futur fonctionnaire. Mais c’est en 2009, à l’occasion de la masterisation des concours d’enseignement que la structure du CAPES de lettres classiques est profondément modifiée. Deux épreuves disparaissent ; il y a donc désormais une seule épreuve de version dans les deux langues à l’écrit et à l’oral et l’explication de texte en langue ancienne disparaît définitivement au profit d’une étude de dossier pédagogique et de la célèbre épreuve « agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable ».

Le retour d’une 3e épreuve écrite à partir de 2021 n’a pas changé la donne. L’heure est désormais aux épreuves hybrides de réflexions sur corpus de textes traduits ou d’entretiens de conformité, le tout compliqué par un jeu de coefficients de plus en plus subtil. Ce bricolage du concours ne contribue pas à son attractivité, au contraire. Ainsi, pour un nombre de postes comparable désormais, l’agrégation qui a gardé les mêmes exigences attire davantage. En 2025, 126 candidats se sont présentés à l’agrégation contre 65 au CAPES… Quel échec ! Aucune embellie n’est malheureusement prévue en 2026, même avec les deux épreuves prévues (à bac+3 et bac+5)…

MUTATIONS : “HEUREUX QUI, COMME ULYSSE, A FAIT UN BEAU VOYAGE…” (1)

La question des mutations est particulièrement épineuse pour les professeurs de lettres classiques et révèle un paradoxe : on manque d’enseignants de lettres classiques pour pourvoir tous les postes ouverts au mouvement, mais “en même temps”, on bloque la mobilité de ceux qui sont en poste.

En effet, les postes mis au mouvement sont rares chaque année, d’autant plus qu’ils sont de plus en plus souvent transformés en poste de lettres modernes, les LCA étant ensuite assurées par des collègues ayant passé la certification latin/grec. Certaines académies sont devenues quasiment inaccessibles, et ceux qui souhaiteraient revenir “plein[s] d’usage et raison, / Vivre entre [leurs] parents le reste de [leur] âge” se demandent s’ils pourront le faire avant la retraite !

D’autre part, les enseignants restent en général longtemps sur leur poste, ce qui ne libère pas beaucoup de postes. S’y ajoute la difficulté d’obtenir un poste au lycée, d’autant plus pour accéder à des missions spécifiques pour lesquelles l’exercice au lycée est valorisé. 

Face à cette situation, les collègues envisagent de plus en plus un changement de discipline, en lettres modernes, documentation, ou autre. Mais cela ne résout pas le problème, car sans passer par le concours, la procédure (par ailleurs complexe) est soumise à validation de l’inspection. Or, dans de nombreuses académies, celle-ci pose son veto au changement de discipline… puisqu’on manque de professeurs de lettres classiques !

Le SNALC dénonce une forme d’assignation à résidence inacceptable, et étudie des solutions pour que le droit à la mobilité des professeurs de lettres classiques soit respecté.


(1) Joachim du Bellay, Les Regrets

HALTE AUX “HUNGER GAMES” DE LA DGH !

Chaque année, les professeurs de lettres classiques doivent lutter pour conserver leur enseignement de LCA : quand ce ne sont pas les collègues d’autres disciplines qui suggèrent, avec de moins en moins de vergogne, de supprimer purement et simplement les LCA, leur reprochant une “consommation d’heures” qui “nuirait” aux groupes ou à d’autres projets, ce sont des chefs d’établissement qui proposent des réductions drastiques des horaires, parfois même en dessous de l’horaire plancher de 5h, avec des regroupements de niveaux, afin de récupérer des heures pour financer des « attractions » qui n’ont aucun statut d’option pour l’EN et ne devraient donc pas prendre des heures de marge. 

Pour rappel, en collège l’article 7 de l’arrêté du 15 mars 2024 fixe désormais des horaires planchers réglementaires (1h minimum en 5e et jusqu’à 2h, 2h minimum en 4e et 3e et jusqu’à 3h), au lieu des horaires “plafonds” de 2015, et la liste des enseignements facultatifs officiels se limite aux LCA, LCE, LCR et chant choral.

Or, cette concurrence (encouragée par l’administration du fait des faibles dotations attribuées) s’exerce au détriment des élèves : soit ils n’ont pas le nombre d’heures réglementaire, soit l’administration refuse d’ouvrir le nombre de groupes correspondant au nombre d’élèves souhaitant prendre l’option LCA. Que ce soit en collège ou en lycée, beaucoup d’élèves sont empêchés de prendre l’option. Et ne parlons pas de la spécialité LLCA au lycée…

Chaque année, les professeurs de lettres classiques doivent donc trouver des alliés parmi les élus au CA, alerter les parents de la baisse de qualité ou de la suppression de l’enseignement que suivent leurs enfants. Mais, dans ce travail de Sisyphe, leur patience s’épuise, comme leur santé physique et mentale.

Le SNALC appelle à davantage de solidarité entre les disciplines. Il est temps d’ouvrir les yeux : la suppression ou la fragilisation de certaines disciplines n’a jamais apporté une enveloppe plus fournie pour les autres (regardez la technologie en 6e !). Nous devons conserver une vision humaniste de l’École et œuvrer ensemble à fournir aux élèves des enseignements variés et de qualité pour former de futurs citoyens éclairés.

LES VS DE LA COLÈRE : “QUOUSQUE TANDEM ABUTUNTUR PATIENTIA NOSTRA ?”

Jusqu’à quand abuseront-ils de notre patience ? C’est bien la question que se posent aujourd’hui les professeurs de lettres classiques, excédés par les attaques insidieuses et répétées contre leur discipline.

Depuis plus de 3 ans, le SNALC alerte le ministère au sujet de mauvaises saisies des VS de lettres classiques, distinguant un « service en lettres classiques » comprenant uniquement les heures de latin/grec, et un « complément de service en lettres modernes » dans le même établissement pour les heures de français. Ce phénomène parfaitement anormal se produit encore tous les ans, y compris dans l’affichage I-Prof, dans différentes académies, sans qu’il y ait homogénéité, et pour cause : il n’y a aucune base légale à cette saisie. Certaines académies vont même depuis l’an dernier jusqu’à éditer des arrêtés d’affectation distinguant les heures de langues anciennes et les heures de français pour un même établissement !

Pour rappel, déjà en 2021,  la DGRH avait confirmé au SNALC en audience que cette façon de faire n’était absolument pas normale ni réglementaire (https://snalc.fr/ventilations-et-etats-de-service-sur-iprof-en-lettres-classiques-cr-audience-ministerielle/), et le SNALC a établi un protocole pour contester ces formulations incorrectes : https://snalc.fr/ventilations-de-service-erronees-en-lettres-classiques-le-snalc-ne-lache-rien/.

La solution pour pallier la paresse intellectuelle de certaines directions des services des moyens dans leur gestion des besoins en lettres est simple : inscrire noir sur blanc la trivalence des professeurs de lettres classiques dans le Code de l’Éducation, comme c’est le cas pour les professeurs de technologie au collège, puisque “n’est pas considéré comme un complément de service dans une autre discipline au sens de cet article, l’enseignement dans deux disciplines au titre desquelles un enseignant a été recruté.” (circulaire d’application du décret 2014-940 du 20 août 2014)

C’est une des revendications du SNALC auprès du ministère.

NAINE BLANCHE OU SUPERNOVA ? LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL DES PROFESSEURS DE LETTRES CLASSIQUES

Attaqués de toutes parts, les professeurs de lettres classiques souffrent et s’épuisent à faire survivre leurs disciplines de cœur, le latin et le grec. 

Nous l’avons montré dans ce dossier, les raisons sont multiples : horaires rognés car non fléchés, hostilité et pression des collègues d’autres disciplines voulant récupérer les heures de marge, y compris des lettres modernes niant la charge de travail que constitue l’enseignement des langues anciennes, mépris des chefs d’établissement, négation de notre statut trivalent par des rectorats, réformes mettant en danger les options, quasi impossibilité de muter…

Le SNALC, toujours soucieux des conditions de travail des enseignants et défenseur indéfectible des langues anciennes, a consulté les professeurs de lettres classiques et le constat est sans appel : si la majorité résiste encore et toujours, beaucoup d’entre eux, refusant de sacrifier davantage leur santé sans la moindre reconnaissance de leur travail, abandonnent la lutte.

  • Seuls 36 % des collègues interrogés s’épanouissent dans leur travail.
  • 15 % envisagent un changement de discipline pour devenir LM, ce qui est de plus en plus difficilement accordé par l’inspection. Certains s’échappent en passant directement le concours de LM, CAPES ou agrégation.
  • 70 % sont tellement à bout qu’ils souhaitent se reconvertir en dehors de l’Éducation nationale !
  • 60 % des collègues se déclarent ouvertement en souffrance à cause de leurs conditions d’exercice.

On peut donc légitimement se demander si tout n’est pas mis en œuvre pour organiser la mort de l’enseignement des LCA : dégoûter les professeurs en poste, faire fuir les éventuels nouveaux candidats aux concours – jusque dans la nouvelle mouture du CAPES… L’étoile des LCA serait-elle une naine blanche qui s’étiole ou une supernova éclatant de toute l’inventivité des professeurs avant de disparaître ?

Le SNALC a été le premier à alerter la DGRH sur ces problématiques et la rencontrera dès que possible pour continuer à porter la voix des professeurs de Lettres classiques.

LANGUES ANCIENNES : ÉTAT DES LIEUX 2025-2026 (SONDAGE)

Le SNALC suit de près les conditions d’enseignement des langues anciennes et les conditions de travail des professeurs de Lettres classiques, depuis plus de 10 ans.

Le sondage de cette année a une double visée :

  • savoir si les horaires réglementaires sont respectés, en particulier en collège depuis l’arrêté du 15 mars 2024 (article 7) qui fixe des horaires planchers (1h minimum en 5e et jusqu’à 2h, 2h minimum en 4e et 3e et jusqu’à 3h)
  • vérifier si les services des professeurs de lettres classiques sont correctement formulés et dans quelle mesure les problèmes de VS persistent.

Aussi, ce sondage comporte 2 parties :

  1. la première s’adresse à tous les professeurs assurant l’enseignement des langues anciennes
  2. la deuxième spécifiquement aux professeurs de lettres classiques.

Nous vous remercions de bien vouloir compléter le sondage ci-dessous avant le 15 mars 2026.

Consultez également notre pack de survie !

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