Le thème de cet article porte sur une revendication « historique » puisque, depuis les années 1990, le SNALC réclame l’intégration des professeurs d’EPS (P.EPS), dans le corps des professeurs certifiés.
Rappelons que les P.EPS ne sont pas des professeurs certifiés. S’ils partagent la même grille indiciaire, le CAPEPS n’est pas un CAPES d’EPS. Les P.EPS appartiennent à un corps différent soumis à une gestion particulière. Concernant leur mouvement et leur avancement, les CAPN et CAPA des P.EPS étaient spécifiques jusqu’en 2019 où la loi de transformation de la fonction publique a supprimé ces instances.
En termes de traitement, il y a aussi des différences. La rémunération des heures supplémentaires, HSA ou HSE, des P. EPS est inférieure. Pour les HSA, le calcul de ce taux est fondé sur le traitement moyen, divisé par le temps d’enseignement, multiplié par 9/13. Ainsi, plus le temps d’enseignement est important, plus le montant d’une HS est réduit, double peine !
Enfin, à la dernière différence, la plus évidente, concerne le temps passé devant élèves, supérieur de deux heures.
Pourquoi remettre en question ce statut ? Cette revendication est-elle légitime ?
De multiples raisons donnent sens et crédit à cette demande d’intégration des P.EPS dans le corps des professeurs certifiés.
■ Ce nouveau statut achèverait une lente réintégration initiée depuis 1981, lorsque le corps de P.EPS a quitté le Ministère de la jeunesse et des sports pour rejoindre celui de l’Éducation nationale.
■ Des croyances persistantes entretiennent depuis trop longtemps la justification d’horaires différents entre l’EPS et les autres disciplines. Les temps de préparation des leçons et de correction des évaluations, estimés plus courts seraient compensés par un temps d’enseignement plus long ! Il est temps de tordre le cou à ces idées reçues
La préparation des leçons
La préparation des leçons est un temps tout aussi conséquent en EPS que dans n’importe quelle autre matière.
Remarquons à ce propos que les P.EPS ne possèdent aucun manuel de référence pour préparer leurs cours. Les programmes de l’EPS, bien vides en la matière, ne fixent que de grandes lignes.
La transposition didactique est un temps long et préalable à toute intervention pédagogique. C’est un travail souvent méconnu qui, pour l’expliquer simplement, vise à extraire des pratiques physiques et sportives, matière culturelle de référence, les éléments les plus fondamentaux et les plus éducatifs, pour les reconstruire en contenus d’enseignement, adaptés à une population scolaire très hétérogène. Un P.EPS est ainsi à même de traiter une trentaine d’activités physiques et sportives, sur 3 à 4 niveaux d’enseignement, tout en prévoyant des contenus pour des profils très différents.
Chaque P.EPS décline du projet d’établissement et du projet EPS, qu’il a contribué à définir collectivement, des projets d’activité, des projets de cycle et des projets de classe pour chacune de ses classes et des activités enseignées. Chaque leçon doit ensuite entrer en cohérence avec ces projets, faire preuve de continuité, de progressivité et de différenciation, articulant tâches, critères de réalisation, de réussite et remédiations, tout en visant des objectifs très divers, tant moteurs (technique, tactique…) que cognitifs (informations, connaissances…) et affectifs (attitudes, comportements…) et en intégrant dorénavant des attentes éducatives transversales (socle commun) … Je le redis, sans manuel.
La correction des évaluations
La correction des évaluations, sans être équivalente à celle de certaines disciplines est tout à fait comparable à d’autres. Les recueils de données individualisées sont nombreux aujourd’hui en EPS et demandent des traitements a posteriori consommateurs de temps. L’utilisation des TICE, de la vidéo, les évaluations des projets d’élèves ne font qu’accroitre les temps de correction, rapprochant singulièrement les P.EPS de leurs autres collègues.
Plus rien ne justifie aujourd’hui le maintien de ces différences d’horaire et de statut !
■ Cet homomorphisme disciplinaire clairement voulu et institutionnalisé depuis la « mission du professeur » (1998) et renforcé par le « référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation (2013) s’observe dans les pratiques. Professeurs principaux, membres de tous les conseils, qu’ils soient de classe, pédagogiques, d’enseignement, d’administration, d’éducation à la santé et à la sécurité, d’éducation à l’orientation … les P.EPS exercent également les mêmes missions que leurs quasi homologues.
Au contraire d’autres éléments trop rarement pris en considération renforcent cette revendication
■ Le service de 20h des P.EPS intègre un forfait de 3h relatif à la gestion et à l’animation de l’association sportive (AS), qui n’est pas un club de loisir dilettante. Ces 3h sont un minimum dû chaque semaine.
Je sais qu’il y a des controverses et des disparités à ce sujet, des « cultures » locales particulières. Cependant comme le démontrent les résultats de notre questionnaire, corroboré par d’autres études, la très grande majorité des P.EPS a très à cœur le bon fonctionnement de son AS et de l’UNSS. Si quelques-uns s’en passeraient volontiers, la plupart ne comptent pas leurs heures. Les forfaits nourris de multiples entraînements, de déplacements longs et réguliers, de nécessités annexes de gestion, de financement, etc. sont bien souvent dépassés. Les P.EPS effectuent ainsi plus près des 22h effectives que les 20h statutaires. En plus d’être chronophage, l’AS est aussi très « énergivore », à tel point que, usés en cours de carrière, de nombreux collègues demandent l’abandon de ce forfait au profit de 3h classiques d’enseignement, ce qui leur est rarement accordé.
■ Suite à l’analyse d’une très sérieuse étude réalisée en 2009 par la DEPP du MEN portant sur les P.EPS (cf mémorandum santé et souffrance au travail SNALC) nous savons combien les P.EPS constituent un corps particulièrement en difficulté et en souffrance, très tôt dans leur carrière, très largement au-delà de 20 années d’exercice ou de l’âge de 50 ans et a fortiori pour les femmes.
Ces résultats plaident encore pour une diminution et un alignement des horaires d’enseignement des P.EPS, qui travaillent dans des conditions souvent rudes et éprouvantes.
■ L’écart de 2h, entre les services des P. EPS et ceux des certifiés, représente sur l’ensemble de leur carrière une différence de 3000h d’enseignement. Sachant que les professeurs certifiés réalisent 666h de cours annuellement, les professeurs d’EPS effectuent donc 4,5 années d’enseignement supplémentaires, durant leurs 40 années de service. Tout se passe comme s’ils travaillaient finalement jusqu’à l’âge de 66 ans, surajoutant à leurs difficultés. On mesure à quel point, tout comme l’aménagement de leur fin de carrière, leur intégration est importante et urgente. Elle permettrait de ménager et de préserver le premier de leurs outils de travail : leur corps
Quelle forme prendrait ce nouveau statut ?
Tout d’abord remarquons que vous avez été 84% à plébisciter cette revendication. Dans notre questionnaire, nous vous avons proposé trois possibilités d’organisation du service des P.EPS. Celle qui remporte le plus grand nombre d’adhésions concerne la modalité avec 15h d’enseignement et le maintien du forfait d’AS de 3h pour un total de 18h. C’est la modalité qui a aussi été retenue par les participants aux Assises. C’est donc ce service, organisé en 15+3h, qui va devenir un des éléments centraux de nos revendications.
Il va de soi que ce qui est valable pour les P.EPS l’est aussi pour les Agrégés pour lesquels nous demandons un service réparti en 12+3h, comme leurs homologues des autres disciplines.
Quels seraient les obstacles à cette intégration ?
Les usages et les croyances décrits précédemment sont des obstacles que l’argumentation ici développée devrait permettre de lever.
Le second obstacle, moins subjectif, est le coût. L’intégration des P.EPS et leur passage à 18h nécessiterait la création de 3300 postes. Nous ferons deux remarques à ce sujet :
– Premièrement l’offre de débouchés supplémentaires pour la filière STAPS, saturée, serait une vraie opportunité pour une jeunesse en mal d’emploi.
– Deuxièmement, en regard des arguments exposés, si le maintien du statut actuel des P.EPS n’est pas juste, alors l’établissement de l’équité ne peut être une question de prix. Il devient une question de droit pour les professeurs et de devoir pour l’institution.
Enfin, remarquons au passage que le syndicat ultra majoritaire en EPS n’a jamais proposé cette intégration. Bien au contraire, et pour cause ! L’intégration des P.EPS dans le corps des certifiés, c’était la disparition d’un corps spécifique géré par ce syndicat, au genre unique, qui perdrait toute existence légitime et ses avantages associés.
Or, rien n’est impossible. Rappelons que les services en Arts plastiques et en Éducation musicale, étaient antérieurement identiques à ceux de l’EPS. En 2002, leurs temps d’enseignement sont passés de 20h à 19h, puis ramenés à 18h en 2003.
L’EPS est bien une discipline à part entière mais laissée entièrement à part. Elle reste la seule discipline dont les horaires ne sont pas alignés sur ceux des autres matières. Aussi, à défaut de changement de corps, l’alignement des horaires d’enseignement en EPS sur ceux des autres disciplines serait la moindre des choses. Il permettrait à notre discipline d’achever son intégration, de rétablir une égalité de traitement et de préserver sur leur carrière la santé de ses enseignants.





