L’agressivité qui monte à l’École n’est pas une fatalité, mais le signe d’un système relationnel défaillant. Le SNALC le rappelle : on ne réglera rien en culpabilisant les enseignants, mais en regardant l’ensemble du dispositif, de la classe jusqu’aux politiques publiques.
Il faut d’abord tracer une frontière nette entre agressivité et violence. Pour Laurent Combalbert[1], l’agressivité est une colère qui se dégrade : quand l’enfant ne sait pas contenir son émotion, elle déborde en cris, gestes brusques et paroles blessantes. C’est une tentative maladroite de dire une frustration, que l’École peut canaliser lorsqu’on lui en donne les moyens.
La violence, elle, change de registre, avec un usage délibéré de la force physique ou psychologique pour blesser, dominer, humilier. À l’École, coups, injures, rumeurs, cyberharcèlement installent l’idée que faire mal est un moyen normal d’obtenir ce que l’on veut. À ce stade, il n’y a pas de « petite violence ». Le SNALC est sans ambiguïté : qu’elle vienne d’élèves, de parents ou de quiconque, cette violence est intolérable.
L’approche systémique de l’école de Palo Alto éclaire ce qui se joue : un élève provoque, le professeur répond sèchement, la classe rit, l’élève surenchérit pensant « perdre la face » et la boucle relationnelle s’envenime. Dans cette logique, l’effet Thorndike joue à plein : un comportement qui « marche » a tendance à se répéter. Si frapper, insulter, menacer permet d’obtenir un avantage, le système légitime la violence.
La position du SNALC est claire : il faut protéger les personnels, restaurer une autorité lisible, sécuriser le cadre. L’enseignant n’a pas à compenser seul les failles d’un système qui doit se remettre en question et travailler sur les interactions qui alimentent l’escalade : impunité des actes graves, silence administratif, disqualification de la parole des enseignants.
S’attaquer à la violence scolaire, c’est donc reconfigurer le système : des règles claires, appliquées et soutenues par la hiérarchie, des protocoles solides et validés de prise en charge des élèves violents. L’École doit redevenir un lieu où l’on accueille les émotions sans jamais tolérer la violence.





