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RMC – Rentrée scolaire : l’école tenue « à bout de bras »

« On est un peu là à tenir l'école à bout de bras, et on ne nous aide pas vraiment à le faire dans des conditions qui se dégradent. »
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC

À la veille de la rentrée scolaire, Jean-Rémi Girard, professeur de français en lycée et président du SNALC, était l’invité de RMC. S’il aborde cette rentrée avec une certaine impatience personnelle, après dix ans dans le même établissement à Asnières-sur-Seine, le syndicaliste dresse un tableau nettement plus sombre de l’état de l’Éducation nationale : des promesses de revalorisation salariale « déjà entendues » en 2017 et en 2022, un pouvoir d’achat des enseignants rongé par l’inflation depuis trente ans, des classes toujours parmi les plus chargées d’Europe et une crise structurelle du remplacement des professeurs absents. Il revient aussi sur les conséquences très concrètes de la cyberattaque qui a visé l’Éducation nationale fin juillet, toujours sensibles à la rentrée dans les académies de Nantes et de Toulouse, ainsi que sur le flou entourant la nouvelle interdiction du téléphone portable dans les lycées.

Jean-Rémi Girard, président du SNALC, est l’invité de RMC Anaïs matin le 30 août 2026.

« Il y a même une certaine impatience, finalement, à retrouver mes collègues, à découvrir mes élèves. Mais néanmoins, ça se passe dans un contexte où l'Éducation nationale n'est pas, elle, très en forme.»
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC

Un état d’esprit personnel serein, un contexte national dégradé

Anaïs Castagna : Mon invité ce matin, c’est Jean-Rémi Girard, professeur de français en lycée et président du SNALC, un syndicat qui représente tous les personnels de l’éducation. Bonjour.

Jean-Rémi Girard : Bonjour.

Anaïs Castagna : Et merci d’être ce matin sur RMC, à l’avant-veille de la rentrée. Et à la veille de la rentrée des profs, votre rentrée à vous ? Moi, la question est simple, j’ai envie de savoir comment vous vous sentez avant cette rentrée.

Jean-Rémi Girard : Alors, moi, ça va. Je suis dans ce lycée depuis dix ans. Je connais les lieux, je connais bien mes collègues. Je suis à Asnières-sur-Seine. Donc il y a même une certaine impatience, finalement, à retrouver mes collègues, à découvrir mes élèves. Mais néanmoins, ça se passe dans un contexte où l’Éducation nationale n’est pas, elle, très en forme. Et donc, voilà, en tant que représentant syndical, on le voit, ça.

Anaïs Castagna : Ça veut dire, oui, impatience évidemment de retrouver les élèves, de faire son boulot, mais de l’angoisse évidemment à l’idée de revivre une année compliquée, difficile ?

Jean-Rémi Girard : L’année, elle va être compliquée, puisqu’elles le sont toutes maintenant, depuis pas mal de temps. C’est effectivement beaucoup d’abattement chez les personnels de l’Éducation nationale. On est un peu là à tenir l’école à bout de bras, et on ne nous aide pas vraiment à le faire dans des conditions qui se dégradent.

Anaïs Castagna : Je vous pose la question d’autant qu’il y a quelques jours sur RMC, nous avons révélé les résultats du dernier baromètre UNSA Éducation, qui montre que les trois quarts du personnel éducatif sont inquiets pour l’avenir du système éducatif. Je trouve que c’est énorme. Est-ce que cette rentrée, vous avez l’impression qu’elle est encore plus dure que les autres ?

Jean-Rémi Girard : De toute façon, ça se dégrade lentement. J’allais dire, si, d’un seul coup, on s’était rendu compte que l’école était en train de se casser la figure, il aurait fallu faire quelque chose. Mais en fait, c’est petit à petit. Tout le monde nous dit, tous les politiques nous disent : « Ah, l’école, c’est super important, les professeurs, là, tout le monde veut nous augmenter. »

« ...on est payé 900 euros net par mois de moins que les autres agents de la fonction publique de même niveau.»
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC

Rémunération : des promesses répétées, un pouvoir d’achat en baisse

Anaïs Castagna : Ah, ben justement, on y va direct, puisqu’en ce moment, en effet, c’est le moment des grandes promesses sur la rémunération des profs. Gabriel Attal s’engage à ce que le traitement des enseignants soit revalorisé de 200 euros net par mois, jusqu’à 500 euros de hausse pour les milieux de carrière. Édouard Philippe, fils de prof, propose d’augmenter de 20 % en 5 ans la rémunération des enseignants. Qu’est-ce qu’elles vous inspirent, ces propositions ?

Jean-Rémi Girard : En fait, on les a déjà entendues en 2022. On les a déjà entendues en 2017. C’est tout le temps cette idée que, ah oui, il faut revaloriser les profs, et puis, au moment où il faut revaloriser les professeurs, ah mais le budget, vous comprenez, la France, il faut faire des choix, etc. Mais bon, allez, on va augmenter un petit peu les débuts de carrière pour donner un peu d’attractivité, et puis les gens qui ont 40-50 ans, eh bien on va les laisser tranquillement sur leur plateau, là. Et notre pouvoir d’achat, en 30 ans, il s’est considérablement dégradé, on est en train d’être rattrapés par le SMIC.

Anaïs Castagna : C’est sur la question de la rémunération. Le ministère de l’Éducation a publié il y a quelques jours une étude qui montre que le salaire moyen des enseignants atteint, c’est ce que montre cette étude, 3 090 euros net par mois en 2024, en hausse de 4,3 %.

Jean-Rémi Girard : Oui, alors, ce que cette étude montre, ce n’est pas qu’on est mieux payé, c’est qu’on est plus nombreux à être plus vieux. La pyramide des âges de l’Éducation nationale, elle est essentiellement composée aujourd’hui de cinquantenaires, 55 ans. La fonction publique, plus on est âgé, plus on est monté dans les grilles. Donc, en réalité, c’est juste qu’on vieillit. C’est une rémunération tout compris. C’est avec les heures sup, les missions complémentaires, la direction d’école, etc. Donc ce n’est pas comme dans une entreprise où on vous dit le salaire, c’est ça. Là, c’est : vous faites deux heures sup de plus, vous êtes professeur principal, vous avez une indemnité pour une mission complémentaire. Cette rémunération, c’est ça. On a mélangé tout le monde au passage, y compris ceux qui travaillent en classe préparatoire. En revanche, on a oublié les 8 % de professeurs contractuels, qui sont les moins bien payés, dans ce chiffre. Donc ce chiffre, il ne veut rien dire. Une moyenne, déjà, ça ne veut rien dire. On est enseignant, on sait expliquer ça aux élèves. Quand on donne une moyenne, en fait, on n’a rien dit sur la situation. Nous, en tant que syndicat, on fait des études sur le pouvoir d’achat, sur le traitement indiciaire, sur le fixe. Et le fixe, en termes de pouvoir d’achat, depuis 30 ans, il baisse. On est bouffés par l’inflation. On a eu une année de revalorisation pour tout le monde, ce qui fait qu’on a eu globalement 34 années où il n’y a pas eu ça. Voilà, enfin, en réalité, on en est là, et on est payé 900 euros net par mois de moins que les autres agents de la fonction publique de même niveau. Je voudrais qu’on s’en rende compte quand même, on a Bac+5, on est niveau Bac+5, 900 euros de moins par mois, alors qu’on a un métier qui est dans l’actualité, parce que maintenant, on se fait poignarder.

« ...on est dans les classes qui sont parmi les plus chargées d'Europe. Dans mon lycée, les secondes, elles sont à 35.»
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC

Des classes toujours surchargées

Anaïs Castagna : Il y a la question de votre rémunération, et puis il y a aussi les conditions dans lesquelles vous travaillez aussi.

Jean-Rémi Girard : Oui, on est dans les classes qui sont parmi les plus chargées d’Europe. Dans mon lycée, les secondes, elles sont à 35.

Anaïs Castagna : Là aussi, il y a des engagements de la part des candidats à la présidentielle à réduire le nombre d’élèves par classe, en primaire en tout cas.

Jean-Rémi Girard : Je suis ravi de l’apprendre, je suis en lycée. Mais accessoirement, on a un quart des classes de primaire qui sont à plus de 25 élèves, toujours, aujourd’hui. Et finalement, c’est un engagement qui est un peu facile à faire maintenant qu’on a une baisse démographique qui va s’accélérer et s’intensifier.

Anaïs Castagna : Oui, mais on l’a entendu cette année : il y a baisse démographique, et on nous dit : on supprime des classes.

Jean-Rémi Girard : Et puis, quand le nombre d’élèves augmentait, on supprimait déjà des postes. Il faut quand même s’en rendre compte qu’on a fait monter le nombre d’élèves par classe. Alors, maintenant, c’est bien beau de dire on va le faire redescendre, allez, peut-être qu’au lieu de 28 vous aurez 27 en CP. Waouh !

« Non, il n'y aura pas un prof devant chaque classe, ça n'est jamais le cas à la rentrée.»
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC

Le remplacement des professeurs absents, une « crise structurelle »

Anaïs Castagna : Est-ce qu’il y aura un prof devant chaque classe ?

Jean-Rémi Girard : Non, il n’y aura pas un prof devant chaque classe, ça n’est jamais le cas à la rentrée. Il y a toujours des gens qui manquent. Toujours des stagiaires qui ne viennent pas, des contractuels qui s’en vont, des gens qui ne sont pas remplacés au jour J parce qu’il y a un arrêt maladie, parce qu’il y a un congé maternité. On le sait très bien, généralement, il y a plus d’un établissement sur deux, plus d’un collège ou lycée sur deux où il manque au moins une personne à la rentrée.

Anaïs Castagna : Et est-ce que vous dites d’ores et déjà aux parents qui nous écoutent que ce sera encore compliqué de remplacer les profs absents cette année ?

Jean-Rémi Girard : Oui, ça va encore être compliqué. Les concours ont un peu mieux marché parce qu’on a fait une réforme du concours, donc on est dans des années de transition où on a finalement un vivier de candidats qui est beaucoup plus important. Même là, on n’a quand même pas tout rempli. Mais effectivement, on a une crise structurelle de remplaçants. Il faut de toute façon faire appel à des professeurs contractuels, des gens qui n’ont pas le concours, qui peuvent dire non s’ils n’ont pas envie. Et puis on a de plus en plus de mal aussi à en trouver parce que le métier n’attire quand même pas tant que ça. Je rappelle l’enquête bien-être du ministère de l’Éducation nationale lui-même : « Pensez-vous que votre métier est valorisé dans la société ? » 2,6 sur 10, d’après les enseignants. On est les premiers à constater la dégradation, non seulement de notre rémunération, de nos conditions de travail, mais de l’image même de notre métier.

« ...la rentrée va être extrêmement dégradée à Nantes, va être extrêmement dégradée à Toulouse.»
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC

Cyberattaque : deux académies toujours désorganisées

Anaïs Castagna : Je voudrais vous entendre aussi sur le piratage informatique qui a visé l’Éducation nationale fin juillet. Quelles conséquences ça a, notamment sur la rentrée ?

Jean-Rémi Girard : Ça a des conséquences extrêmement concrètes sur au moins deux académies, sur les académies de Nantes et de Toulouse, où, à Toulouse, on n’est toujours pas en capacité de communiquer, j’allais dire, via les applications, qui ne vont pas être rouvertes à la rentrée.

Anaïs Castagna : Parce que les outils numériques avaient été suspendus.

Jean-Rémi Girard : Oui, ils le sont toujours à Toulouse. Aux dernières nouvelles, les messageries professionnelles ne sont toujours pas accessibles. Donc la rentrée va être extrêmement dégradée à Nantes, va être extrêmement dégradée à Toulouse. On n’est pas sûr qu’on puisse faire remonter les nombres d’élèves. Enfin, on est sur un point où on a indiqué, il y a une permanence dans les directions académiques où vous pouvez venir pour aller nous indiquer, pour aller nous dire si vous manque quelqu’un, vos dernières remontées d’élèves. Enfin, on demande même au personnel d’aller prendre leur voiture pour aller se déplacer, afin de transmettre les informations tellement on n’a pas de moyens de communication.

« Ils seront interdits, sauf là où ils seront autorisés, c'est toujours comme ça avec la loi sur les téléphones portables. »
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC

Téléphones portables interdits au lycée : un flou persistant

Anaïs Castagna : Une rentrée sans téléphone dans les lycées, vous y croyez ?

Jean-Rémi Girard : Alors, ça reste à voir.

Anaïs Castagna : Ils seront interdits, mais qu’est-ce qu’il en sera réellement ?

Jean-Rémi Girard : Ils seront interdits, sauf là où ils seront autorisés, c’est toujours comme ça avec la loi sur les téléphones portables. Alors moi, je suis en lycée en plus, donc je sais qu’on va en discuter. On a prévu d’ailleurs, voilà, parce qu’il faut faire changer tous les règlements intérieurs de tous les lycées, puisqu’ils sont adaptés à l’ancienne loi, pas à la nouvelle. Donc chaque lycée va discuter pour savoir est-ce qu’il y a des endroits ou des situations où le téléphone portable est autorisé. Et puis, de toute façon, deux vraies questions se posent derrière. Un, comment on vérifie au sein de l’établissement ? Les lycées sont des endroits assez gigantesques, souvent avec très, très peu d’assistants d’éducation, de surveillants. Et puis deux, les lycées, ce n’est pas comme les collèges. Pendant la récréation, pendant la pause de midi, le lycéen, il peut sortir. Donc le téléphone est interdit dans le couloir, ce n’est pas grave. Il sort, il va devant le lycée, il le rallume, s’il l’avait éteint, et on risque en plus de créer des attroupements finalement de lycéens.

Anaïs Castagna : Donc tout ça n’est pas très clair. 

Jean-Rémi Girard : On va en discuter dans chaque lycée, on va essayer de trouver les meilleures solutions. Enfin, moi, j’ai l’impression que c’est la cinquième loi sur le téléphone portable. Le problème, il est aussi hors de l’école.

Anaïs Castagna : Merci beaucoup, Jean-Rémi Girard, professeur de français en lycée et président du SNALC, d’avoir été ce matin sur RMC.

« ...j'ai l'impression que c'est la cinquième loi sur le téléphone portable. Le problème, il est aussi hors de l'école. »
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC