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Une école à reconstruire – La mobilité interdépartementale

© Freepik.com_mdjaff_30845

À une époque où le métier souffre d’un manque d’attractivité, la mobilité géographique interdépartementale est une problématique cruciale.

CONSTAT

Maëva, vingt-neuf ans, originaire du Pas-de-Calais, pacsée et sans enfant, exerce dans ce département depuis sa réussite au concours. Après cinq années d’ancienneté seulement, et dès sa première demande, elle a obtenu cette année sa mutation vers les Alpes-Maritimes, malgré un barème modeste. Sa motivation : se rapprocher des paysages où elle avait passé les vacances de son enfance.

Julie, trente-neuf ans, mariée et mère de trois enfants, totalise un barème de 597 points. Pour autant, elle n’a toujours pas obtenu de mutation dans les Alpes-Maritimes, département qu’elle sollicite pour la neuvième année consécutive. La situation professionnelle de son mari, contraint de travailler dans ce département, oblige la famille à vivre séparée depuis des années. Leur aîné a ainsi grandi, de cinq à quatorze ans, loin de la présence quotidienne de son père.

Le contraste avec la situation de Maëva est frappant : malgré un barème nettement supérieur, Julie n’arrive toujours pas à obtenir satisfaction. Pourquoi ? Parce que Julie a passé le CRPE en Seine-Saint-Denis, département déficitaire.

Cette situation n’a rien d’un cas isolé. Le faible taux de mutations interdépartementales dans le premier degré (autour de 20 %) engendre des difficultés scolaires et sociales pour les enfants des enseignants, une fatigue importante des PE liée aux déplacements, des charges financières lourdes et une dégradation progressive de la vie familiale et conjugale. Au regard de la situation de Maëva et Julie, peut-on parler d’égalité et d’équité ?

QUELLES CONSÉQUENCES ?

Face à l’impossibilité d’obtenir une mutation, des professeurs des écoles se tournent vers des alternatives : disponibilité, temps partiel, détachement… Ces situations finissent parfois par s’installer dans la durée, alors même que ces dispositifs deviennent de plus en plus difficiles à obtenir. Beaucoup, à terme, renoncent et quittent l’Éducation nationale, à l’image de Julie qui a pris cette décision en cette fin d’année scolaire.

Certains collègues désespérés finissent par tomber dans la dépression, quand ils n’en viennent pas à l’abandon de poste… C’est le cas notamment de nombreux collègues qui souffrent de ne pouvoir se rapprocher de leurs parents vieillissants.

Pour l’institution, la perte de personnels engagés constitue une aberration autant qu’un paradoxe, à l’heure où l’attractivité de la profession fait défaut.

L'AVIS DU SNALC

Depuis 2015, année de la mise en place d’un concours supplémentaire dans certaines académies déficitaires, le système des mutations est pratiquement bloqué. Les barèmes requis ont atteint des niveaux extrêmement élevés. Résultat, les académies peu attractives le demeurent et il est désormais presque impossible d’en sortir. Ainsi, des collègues qui aspirent à quitter leur département depuis plus de quinze ans risquent de ne jamais obtenir satisfaction.

Cette situation semble immuable : certains départements demeureront toujours plus attractifs que d’autres, et il restera mathématiquement impossible de satisfaire l’ensemble des demandes de mutation.

Pour le SNALC, plusieurs pistes méritent d’être envisagées. De la même manière que l’on a su rendre attractives certaines missions, telles que la direction d’école, ou certains postes, comme ceux en REP et REP+, il serait pertinent de valoriser l’exercice des PE affectés dans les départements déficitaires. Il conviendrait également de donner plus de poids à la reconduction du vœu préférentiel. Aucun professeur des écoles ne devrait rester bloqué plus de cinq ans dans un département.

POUR LE SNALC, IL FAUT

  • Valoriser l’exercice des PE affectés dans les départements qui rencontrent des difficultés de recrutement
  • Considérer de manière plus conséquente l’ancienneté d’affectation dans un département déficitaire
  • Donner davantage de valeur au vœu préférentiel, à chaque reconduction annuelle de la demande
  • Prendre en compte la perte d’autonomie des ascendants lors de la phase complémentaire
  • Accorder à la résidence privée la même considération qu’à la résidence professionnelle dans le cadre du rapprochement de conjoints

Article publié dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1515-École  du 10 juillet 2026