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La « pause fraicheur » du ministre : quand une bonne intention entraîne une rupture d’égalité entre candidats.

© freepik

Alors que la canicule a lourdement éprouvé les organismes durant les épreuves du DNB 2026, les réponses improvisées du ministère de l’Éducation nationale ont mis en lumière l’abandon thermique de nos établissements dénoncé par le SNALC depuis plusieurs années[1]. Entre rupture de l’égalité républicaine et épuisement des élèves à besoins particuliers, retour sur un fiasco managérial.

« Des gouttes de sueur me coulaient entre les omoplates. » En lisant cette courte phrase de Blaise Cendrars proposée à l’étude dans le sujet de français du DNB (Diplôme National du Brevet), nous avons eu bien de la peine à étouffer le rire nerveux qui montait inéluctablement du plus profond de notre conscience de professeurs malmenés par l’institution. En effet, les examens sont un moment crucial de l’éducation : nous y préparons nos élèves, nous les surveillons, nous les corrigeons. Mais dans quelles conditions ?

Commençons par la chaleur. Cette année, la canicule aura au moins permis de mettre en évidence les conditions dans lesquelles les élèves passent les examens et celles dans lesquelles nous travaillons habituellement, pas seulement durant les quelques jours de canicule…

 

L’enseignement privé sous-contrat d’association avec l’État : quand le flou juridique sert d’excuse pour ignorer la loi

Tout employeur de droit privé doit, d’après le Code du travail renforcé par le décret du 27 mai 2025, assurer l’aération des locaux[2], mettre à disposition de l’eau fraîche, intégrer le risque thermique dans le DUERP et aménager les conditions de travail, etc.

Dans l’enseignement privé, on sait nous rappeler que nous sommes un établissement sous-contrat d’association avec l’État et donc que ces mesures prévues par le Code du travail ne s’appliquent pas à nous. De plus, les organismes de gestion disent avoir peu de budget pour ces adaptations et donc… fi des obligations de prévention ! Vos directions ont-elles renforcé l’accès à des sources d’eau potable fraîche depuis votre poste de travail ? Ont-elles pu déplacer les salles d’examen et de cours dans des salles plus tempérées ? Ont-elles mis en place le registre obligatoire SST (Santé et Sécurité au Travail)[3] afin que vous puissiez y signaler une situation de travail dangereuse et engager ainsi la responsabilité de votre chef d’établissement ? Curieusement, lorsqu’il s’agit de ce registre SST, on sait cette fois-ci se réclamer de droit privé et rejeter ce dispositif au motif fallacieux qu’il ne concernerait que le public. Le management dans le privé sous-contrat se résume donc encore une fois à « pile je gagne, face tu perds » !

 

Examens nationaux : l’Éducation nationale est-elle en train de saboter ses propres épreuves ?

Sauf que ce ne sont plus seulement les personnels qui en subissent les conséquences, mais aussi nos élèves, et en ce mois de juin, nos candidats aux examens nationaux. Ainsi, tous les élèves n’ont pas été logés à la même enseigne durant les épreuves de français du DNB, selon qu’ils ont pu bénéficier d’une salle fraîche ou qu’ils ont dû composer dans une salle surchauffée. Or, il est démontré[4] que de fortes chaleurs peuvent diminuer les capacités de réflexion, en particulier l’attention, la vitesse de traitement et le calcul mental.

Heureusement, le ministre a eu l’idée d’une pause fraîcheur ! Annoncée d’abord au grand public puis, seulement ensuite, aux personnels, comme d’habitude. Cette pause prétendument fraîche, entre les questions sur le texte et la dictée du brevet, a eu l’inéluctable mérite de briser l’égalité républicaine de l’épreuve de français : certains établissements ont laissé les élèves écrire leur dictée sur la même copie que l’épreuve précédente, puisque c’est l’usage, que c’est écrit sur les sujets et qu’aucune autre consigne n’a été donnée. Ces élèves n’auront pas manqué d’échanger entre eux pendant la pause… et peut-être d’améliorer leur copie ensuite !

Quant aux élèves à besoins particuliers, l’aménagement proposé par l’institution comme le Saint Graal de l’école inclusive est le tiers temps dit pédagogique. Nonobstant le fait que ces élèves font déjà beaucoup d’efforts d’adaptation et s’épuisent plus rapidement que les autres, ce temps supplémentaire a été proposé jusqu’à 13h15, sans compter la pause fraîcheur, c’est-à-dire à la période la plus chaude de la journée. Ça, c’est encore une mesure bien pensée !

Alors que le SNALC avait alerté le ministre[5], ce manque d’anticipation est la signature d’un ministère hors-sol, plus enclin à enchaîner les coups de communication réactifs qu’à se confronter aux réalités matérielles du terrain pour élaborer une politique responsable et pérenne. Derrière la proposition insatisfaisante de cette « pause fraîcheur », la réalité est politique : l’État employeur laisse personnels et candidats s’épuiser au détriment de leur santé et de l’équité des examens. Pour le SNALC, l’urgence n’est plus aux rustines médiatiques, mais à un plan d’urgence massif pour la qualité de l’éducation qui forme les Français de demain.

[1] http://www.snalc-versailles.fr/article/canicule-et-droits-des-personnels & https://www.bfmtv.com/societe/education/video-jean-remi-girard-snalc-on-doit-avoir-un-plan-canicule-a-l-education-nationale-qui-devrait-etre-mis-en-place-depuis-tres-longtemps_VN-202506300275.html

[2] et même « Eviter les élévations exagérées de température, les odeurs désagréables » Article R4222-1. Lorsque vous êtes enfermés avec une trentaine d’adolescents dans une pièce surchauffée, cet article de loi a de quoi vous faire rêver !

[3] https://snalc.fr/registre-sante-et-securite-au-travail/

[4] Cedeño Laurent J.G. et al., Reduced cognitive function during a heat wave among residents of non-air-conditioned buildings, 2018, PLOS Medicine, 15(7): e1002605

 

[5] https://snalc.fr/canicule-on-va-cuire/ & http://www.snalc-versailles.fr/article/alerte-canicule