Surveillance, corrections, réunions et tâches administratives… En cette fin d’année, les professeurs sont sur tous les fronts, souvent au même instant et sous des températures étouffantes. Jusqu’où l’institution va-t-elle multiplier ces exigences déraisonnables et quand va-t-elle enfin traiter ses personnels avec dignité et bon sens ?
Un bon sens affiché dans les médias…
Nous sommes rassurés : le 24 juin, notre ministre a prévu des points de suivi de la canicule sous forme d’un micro tendu au ministère[1]. Et ses éléments de langage, qui s’articulent autour du « ce n’est pas possible » pour annoncer « On ne peut plus se permettre d’avoir des épreuves aujourd’hui en mai ou en juin, (…) entre 14 h à 18 h » [2]et proposer des « pauses fraîcheur », ont de quoi rasséréner les citoyens. La fiche 2 « Protéger les personnels » de son plan de gestion des vagues de chaleur propose aussi des mesures de bon sens, bien lisibles et compréhensibles grâce aux infographies[3]. Les mesures proposées semblent toutes empreintes de bon sens : identifier et cartographier les établissements à risque, intégrer le risque chaleur dans démarche d’évaluation des risques et donc dans le DUERP, mettre en place des mesures de prévention, assurer la continuité pédagogique et la tenue des examens…
… mais une gestion des examens sens dessus dessous !
Les enseignants aimeraient retrouver ce bon sens et cette gestion de bon père de famille dans l’organisation des convocations aux examens. Nous lancions déjà l’alerte l’année dernière dans l’article « Convocation aux examens : un coup de massue pour trop de collègues ! » [4]. A la rentrée, lors de la réunion sur le calendrier des examens, le SNALC s’est efforcé de travailler pour les correcteurs à partir des propositions du ministère[5].
Pourtant, la fin d’année ressemble toujours pour les professeurs aux douze travaux d’Hercule…. en simultané ! Dans le privé sous contrat, beaucoup d’enseignants sont à cheval (ou peut-être même sur les inquiétantes juments mangeuses d’hommes de Diomède ?!) entre collège et lycée. Ainsi, pendant qu’ils surveillent ou corrigent les épreuves du baccalauréat, ils continuent d’assumer leurs cours – souvent jusqu’au DNB – et les autres obligations, comme les bulletins, les conseils de classe, les rendez-vous avec les parents, les réunions pédagogiques…
Des « pauses fraîcheur » pour les candidats, la surchauffe pour les correcteurs
Ensuite, si le ministre a bien prévu des « pauses fraicheur » pour les élèves, personne au ministère ne semble se soucier des conditions de travail des professeurs qui corrigent. On leur demande aujourd’hui de tout faire : corriger les copies, surveiller les candidats, faire passer les oraux, jouer les appariteurs en faisant entrer les candidats suivants et même assurer des tâches de secrétariat en saisissant les notes dans Cyclades. Cette accumulation de missions, toujours sur les mêmes personnels, et parfois de manière simultanée, n’est plus tenable. Lorsqu’un professeur assure simultanément la passation des épreuves orales, la surveillance des candidats qui préparent et la logistique (gérer l’entrée et la sortie des candidats, contrôler leur identité, remplir les bordereaux, saisir les notes dans Cyclades…), décider de faire une « pause fraîcheur » (ou une « pause pipi ») de 5 minutes revient à perdre une demi-heure. N’hésitez pas à regarder l’exemple des épreuves de l’oral du baccalauréat de français à la fin de cet article.
Éloignement et fins de non-recevoir : le mépris administratif en point d’orgue
Et que dire du manque de bon sens dans certaines convocations ? Est-il normal d’avoir si peu de recours, de faire face à si peu d’empathie, lorsqu’un professeur est envoyé dans un établissement très éloigné ? Où se situe le seuil de l’acceptable pour le SIEC, les chefs de centre, les inspecteurs : trois heures de transport par jour ? Quatre heures ? Certainement plus, puisqu’un collègue n’a obtenu qu’une fin de non-recevoir accompagnée de menaces après avoir demandé à être changé de jury pour éviter cinq heures de transport par jour. Certes, c’est la résidence administrative qui est prise en compte, mais les circulaires d’organisation précisent bien, parmi les impératifs déterminant la convocation des enseignants : « Répartir les charges de correction ou d’interrogation en tenant compte des critères disciplinaire et, dans la mesure du possible, géographique. »[6]
Certains se plaignent d’être convoqués systématiquement, voire sur des convocations multiples, tandis que d’autres ne le seraient que peu ou pas du tout. Si le chef d’établissement met à jour la liste des enseignants convocables chaque année, ce sont l’autorité académique (services du rectorat) et les inspecteurs qui encadrent la constitution des jurys. En Île-de-France, cette tâche est déléguée au SIEC (Service Interacadémique des Examens et Concours).
Sous couvert du chef d’établissement : ce que dit (vraiment) le Bulletin Officiel
Prenons enfin un peu de recul sur le sujet du mode de convocation des professeurs. Nos chefs d’établissement nous rappellent vertement qu’il nous appartient de vérifier chaque jour notre boite mail académique pour savoir si nous sommes convoqués. Or nombre d’entre eux ont organisé notre travail avec des adresses mails propres à l’établissement. De plus, le BO stipule bien que « les convocations sont envoyées dans un délai suffisant par rapport à la date de la première épreuve concernée ou des premières corrections et sous-couvert du chef d’établissement »[7]. Il leur appartient bien de nous transmettre eux-mêmes ces convocations, si nécessaire par l’adresse électronique qu’ils ont choisi de créer. Cela nous éviterait la charge mentale et la culpabilité d’avoir oublié, un matin, de consulter notre courriel académique.
Les examens ne peuvent rester un angle mort des conditions de travail : il y a urgence à agir. Derrière chaque convocation, ce sont des conditions bien réelles qui se jouent : chaleur excessive, absence de pauses, sur-sollicitation, déplacements déraisonnables… la santé des personnels est dans le feu de l’organisation, pas seulement de la canicule.
Exemple de l’oral du baccalauréat de français :
sept candidats sont convoqués le matin pour trente minutes de préparation et vingt minutes d’oral. Voici deux tableaux, un sans pause, un avec pause.
Tableau sans pause
candidat | heure début de préparation | heure début de passage | Heure de fin de passage |
1 | 9h00 | 9h30 | 9h50 |
2 | 9h30 | 10h | 10h20 |
3 | 10h | 10h30 | 10h50 |
4 | 10h30 | 11h | 11h20 |
5 | 11h | 11h30 | 11h50 |
6 | 11h30 | 12h | 12h20 |
7 | 12h | 12h30 | 12h50 |
Ici, le professeur travaille de 9 h à 13 h sans aucune pause, ce qui lui laisse 60 minutes pour déjeuner avant la reprise à 14 h.
Tableau avec pause
candidat | heure début de préparation | heure début de passage | Heure de fin de passage |
1 | 9h00 | 9h30 | 9h50 |
2 | 9h30 | 10h | 10h20 |
3 | 10h | 10h30 | 10h50 |
PAUSE |
|
|
|
4 | 11h | 11h30 | 11h50 |
5 | 11h30 | 12h | 12h20 |
6 | 12h | 12h30 | 12h50 |
7 | 12h30 | 13h | 13h20 |
Avec une pause, le professeur termine à 13 h 20, ce qui ne lui laisse plus que 40 minutes pour déjeuner. Finalement, heureusement que nos bas salaires nous laissent peu de marge pour déjeuner au restaurant : nous n’aurons aucun regret de ne pas pouvoir tester la pizzeria du coin de la rue…
[1] https://www.education.gouv.fr/canicule-nouveau-point-de-situation-d-edouard-geffray-505100 & https://www.education.gouv.fr/point-de-situation-par-edouard-geffray-505052
[2] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/baccalaureat-le-ministre-de-l-education-ne-veut-plus-d-epreuves-l-apres-midi-en-raison-de-la-chaleur-20260614
[3] https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/document/plan-ministeriel-de-gestion-des-vagues-de-chaleur-516767.pdf
[4] https://snalc.fr/convocation-aux-examens-un-coup-de-massue-pour-trop-de-collegues/
[5] https://snalc.fr/calendrier-des-examens-le-snalc-evoque-les-conditions-de-travail/
[6] SIEC – Maison des examens https://siec.education.fr › docutheque › download : « ciculaire des 3recteurs-4.pdf »
[7] https://www.education.gouv.fr/bo/17/Hebdo13/MENE1708505C.htm





