Depuis quelques semaines, à la suite du grand débat sur le temps de l’enfant, le ministre Édouard Geffray communique sur son souhait de faire commencer la journée d’école à 9 h. Dans quelle mesure cette évolution, à la fois en elle-même et au regard des changements induits, peut-elle poser problème ?
Selon les chronobiologistes cités dans le rapport de la convention sur le temps de l’enfant, il serait effectivement préférable de débuter à 9 h, tout en réduisant la durée des journées de classe. Par ailleurs, ils dénoncent la coupure du mercredi, qu’ils jugent néfaste car le système actuel priverait en réalité les élèves de sommeil. Toutefois, les avis divergent quant au choix du jour supplémentaire de classe : pour certains, il s’agirait du mercredi, alors que d’autres penchent pour le samedi, estimant qu’un week-end trop long nuit à la concentration du lundi.
Au SNALC, nous n’avons pas la prétention de rivaliser avec les chronobiologistes ni de remettre en cause les études qui montrent, par exemple, que le pic de concentration se situe peu avant 11 h. Ces recherches, centrées sur les mécanismes cognitifs, sont d’ailleurs très instructives. Ainsi, il est démontré qu’un élève réussit mieux dans diverses activités à 8h40 qu’à 13h40 —et pourtant, personne n’a proposé de revoir la durée de la pause méridienne…
En revanche, ces études ne s’interrogent jamais sur la faisabilité sociale d’une telle modification du calendrier : est-il envisageable de bouleverser le rythme de la société, des entreprises, des familles ? Beaucoup de parents commencent leur journée bien avant 9 h ; dès lors, l’effet bénéfique attendu sur la fatigue des élèves risque d’être limité, voire inversé, si une entrée plus tardive à l’école s’accompagne d’un coucher repoussé.
En définitive, un changement de l’horaire de début des cours s’accompagnerait inévitablement de contraintes concrètes : moins d’heures de cours par jour, une demi-journée supplémentaire par semaine, et des vacances estivales raccourcies. Cette question complexe revient régulièrement, comme si l’Éducation nationale évoluait en vase clos, à l’écart des réalités de la société civile. Mais celle-ci ne s’adaptera pas, et il ne faut pas se leurrer : les résultats globaux différeront des quelques expérimentations menées en conditions idéales. L’exemple de la semaine de 4,5 jours l’a déjà démontré.
Article paru dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1513 du 7 mai 2026





