L’édito du président

Jean-Rémi GIRARD
Edito de la revue Quinzaine universitaire n°1507 du 28 novembre 2025
Les enseignants fonctionnaires ont une part de primes deux fois inférieure à celle des autres fonctionnaires de catégorie A. Il faut qu’un professeur certifié attende 22 ans pour sortir du premier quartile (le plus bas, donc) en termes de rémunération pour un catégorie A, alors même que le métier est à niveau bac +5, soit plus élevé que la norme.
En catégorie A, la sélectivité oscille autour de 2,7 candidats présents pour un admis aux concours de professeur des écoles, de professeur certifié et de professeur de lycée professionnel, mais elle approche 20 présents pour un admis dans le corps des ingénieurs d’études du ministère chargé de l’enseignement supérieur. Dit autrement : les concours enseignants sont aujourd’hui les moins sélectifs, car les moins attractifs.
Les professions de l’enseignement du secondaire présentent les scores de bien-être psychologique les plus faibles. Le ministère de l’Éducation nationale présente le plus faible nombre de jours de formation par agent de tous les ministères, et il faut voir ce qu’on ose appeler « formation » à l’Éducation nationale. Huit ruptures conventionnelles sur dix concernent des agents au sein des ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, alors que ces ministères ne représentent que les deux tiers des agents.
Toutes ces affirmations sont vraies. Elles ne figurent pas uniquement dans cet éditorial, mais aussi dans le dernier rapport annuel sur l’État de la fonction publique. Bien entendu, ce dédain est transposable à la quasi-totalité des personnels du ministère, à commencer par les AESH, mais aussi par exemple les personnels sociaux et de santé. Le premier employeur du pays met volontairement 140 000 personnes en situation de précarité, alors même que l’école inclusive est au bord de l’implosion.
Face à ce constat que nul ne conteste, aucun élément d’attractivité n’est prévu dans le projet de budget 2026. L’État a laissé se dégrader et pourrir les choses. Le plus beau métier du monde est aujourd’hui, dans la fonction publique, le métier le plus maltraité du monde. Jusqu’où va-t-on aller ? Jusqu’à quel pourcentage de contractuels pour boucher les trous laissés par ces concours non attractifs ? Jusqu’à quel degré de cynisme ? Jusqu’à quel niveau de souffrance au travail ? Jusqu’à quelle dilution des moyens de l’école inclusive ?
Le SNALC a toujours mis au premier plan la question de la rémunération et des conditions de travail. Car on ne peut parler pédagogie ou « rythmes de l’enfant » sans avoir d’abord veillé à ce que l’École soit un lieu où les personnels sont bien traités. C’est pour ça qu’inlassablement, auprès de la représentation nationale comme des médias, le SNALC n’a qu’une boussole : un meilleur traitement.





