Après l’agression au couteau d’une enseignante en plein cours, Maxime Reppert, vice-président du SNALC, dénonce une banalisation de la violence scolaire, l’omerta institutionnelle et l’absence de moyens pour protéger les enseignants, appelant à un renforcement des personnels d’encadrement et à une prise en charge de la santé mentale des élèves.
Maxime Reppert, vice-président du SNALC, est l’invité de LCI Direct le 3 février 2026.
LCI Direct
Vous parliez de l’émoi, de la peur de certains professeurs. Nous sommes justement en direct avec Maxime Reppert, vice-président du syndicat enseignant SNALC. Merci d’être avec nous en direct sur LCI. On a appris ce drame : une professeure d’art plastique poignardée par l’un de ses élèves en plein cours. Son pronostic vital est engagé, elle a été transférée à l’hôpital. Votre réaction à ce qui s’est passé il y a seulement quelques heures ?
SNALC – Maxime Reppert
Ma première pensée va bien évidemment à cette collègue qui a été poignardée.
Et puis, au-delà de l’émotion, c’est aussi la stupeur, c’est l’effroi. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que cela arrive. Là encore, une affaire d’agression : une collègue poignardée, maintenant hospitalisée. C’est à chaque fois — ce n’est pas la première fois, mais c’est toujours aussi déchirant de constater que, parce qu’on enseigne, on peut être pris pour cible, on peut être blessé, on peut être victime d’une tentative d’homicide. Donc voilà : beaucoup d’émotions, beaucoup de colère, beaucoup d’effroi… et malheureusement, pas de surprise.
LCI Direct
Pas de surprise, beaucoup de colère — qu’est-ce que ça veut dire ?
SNALC – Maxime Reppert
Écoutez, je veux dire qu’on le voit depuis plusieurs années, sur votre chaîne comme ailleurs : des agressions, de façon régulière, qui sont médiatisées. Ce sont des agressions physiques, des agressions verbales, des menaces de mort sur les réseaux. Si l’on examine ces dernières années, on observe une multiplication de ces incidents, qui montrent aujourd’hui une banalisation de ce type d’actes. Et cette banalisation interroge — parce que derrière, il y a la question de la violence chez les jeunes. Il y a aussi, bien sûr, la question d’autres problèmes annexes, notamment celle des réseaux sociaux. Et puis il y a aussi la question de l’éducation. Nous avons aujourd’hui affaire à des jeunes qui se montrent de plus en plus violents, qui bafouent de plus en plus l’autorité des enseignants, l’autorité des professionnels que nous sommes. Et aujourd’hui, nous sommes démunis face à cette situation, face à ce phénomène de société — puisqu’on demande de plus en plus à l’école de tout faire, de résoudre tous les problèmes de société, et en même temps, on ne donne pas les moyens au personnel de l’Éducation nationale de faire face à ce type de situation.
Et derrière — je suis désolé de le dire — il y a aussi le rôle et la responsabilité des parents. La première cellule d’apprentissage d’un enfant, ce n’est pas l’école, c’est la famille. Et quand on voit des jeunes de plus en plus violents, on peut effectivement s’interroger sur ce qui se passe au sein de la sphère privée — sphère dans laquelle, malheureusement, nous n’avons aucune prise.
LCI Direct
Maxime Reppert, est-ce que vous pensez qu’au niveau de l’école, il y a des mesures à prendre, des changements à faire ? On sait que beaucoup de professeurs considèrent qu’ils ne sont pas assez entendus dès qu’ils émettent un signalement sur un élève — que ce soit pour des raisons d’emprise religieuse, que ce soit pour des problèmes de comportement.
SNALC – Maxime Reppert
Il y a une omerta — une véritable omerta — dans l’Éducation nationale aujourd’hui. Il y a ce fameux « pas de vague » que l’on évoquait beaucoup ces dernières années. Et ce « pas de vague » existe toujours. Il y a toujours cette tentation de répondre aux moindres besoins des parents — des parents comme des élèves, qui deviennent de plus en plus des consommateurs — et un soutien de la hiérarchie qui n’est pas systématique, et qui, dans bien des situations, fait défaut. Donc, nous, ce que nous demandons au niveau du SNALC, c’est très simple : nous demandons déjà davantage de moyens humains — c’est-à-dire plus d’enseignants, certes, mais plus largement plus de personnel d’encadrement. Ça, c’est le premier point, parce qu’effectivement, ça permettrait de mieux gérer le flux d’élèves et d’améliorer le climat scolaire.
Ensuite, le deuxième point, c’est la question de la santé mentale. J’ai entendu sur votre antenne la question des portiques — mais je suis désolé : les portiques ne résoudront pas le problème de la violence chez les jeunes, parce que derrière le couteau, il y a celui qui tient le couteau. Et là, on est dans le cadre du comportement des jeunes. Et pour faire face à ce comportement — pour faire face à la question de la santé mentale des jeunes — il faut des personnels de santé, il faut des personnels formés. Et aujourd’hui, il n’y a rien de tout ça. Quand on parle de santé mentale dans l’Éducation nationale, ce n’est ni plus ni moins qu’un no man’s land.
LCI Direct
On entend votre colère et vos avertissements. Merci, Maxime Reppert, vice-président du syndicat SNALC, d’avoir été avec nous en direct sur LCI.




