L’édito du président

Jean-Rémi GIRARD
Edito de la revue Quinzaine universitaire n°1514 du 5 juin 2026
À l’image du dernier guide ministériel sur la gestion des vagues de chaleur dans l’Éducation nationale, la politique du moment est de tout promettre tant qu’il n’y a pas à mettre la main à la poche. 35 degrés dans votre salle de classe ? Mais il faut baisser les stores ! Comment ça, vous n’avez pas de stores ? Avez-vous dans ce cas pensé à emmener vos élèves dans une salle plus fraîche ? Vraiment, il n’y en a pas ? Alors, n’oubliez pas de vous hydrater ! En espérant avoir pu vous aider depuis notre bureau climatisé ! N’hésitez pas à nous solliciter : nous sommes là pour vous !
Voici, résumée, la gestion réelle de chaque vague de chaleur. Il n’y a aucune solution. Si vous voulez un ventilateur, il faut vous l’acheter, et il n’est pas garanti qu’on vous laisse le brancher. L’architecte a eu la bonne idée d’orienter les salles au sud-est, et il n’y a pas de gardien pour permettre d’ouvrir les fenêtres la nuit sans créer une brèche de sécurité. Climatiser, on n’y pense même pas. Les centres commerciaux le sont, les cinémas le sont, la plupart des bureaux le sont, mais dans une salle où l’on entasse une vingtaine ou une trentaine de personnes pour y assurer une mission indispensable à notre pays, on ne l’a jamais envisagé. Et c’est le retour de l’éternelle partie de tennis de table entre l’État et les collectivités locales. Le premier est certes responsable de nos conditions de travail, de notre santé et de notre sécurité, mais ce sont les secondes qui ont la charge des locaux. À l’arrivée, personne ne fait rien, sinon produire du guide et du vademecum.
Autre dossier, même manière de gérer : l’école inclusive. Il faut apporter davantage à davantage d’élèves, mais pour moins cher, car le budget des AESH, ça commence à faire beaucoup. La solution du moment ? Un nouveau concept : l’accessibilité pédagogique. Avec un parcours m@gistere, une visio et quelques trucs et astuces, vous voilà parés pour faire face à toutes les difficultés de vos élèves. Handicap physique ou psychologique, trouble des apprentissages, difficultés sociales, lacunes scolaires, élèves allophones, élèves « éruptifs » : un coup d’accessibilité pédagogique, et tous vos problèmes sont réglés. Et tant que vous y êtes, n’oubliez pas de vous auto-former aux compétences psycho-sociales. Le tout pour 0 € d’augmentation de salaire. Elle est pas belle, la vie ?
Pour le SNALC, il est inadmissible et contraire à l’intérêt de notre République de traiter l’École par-dessus la jambe. Notre employeur ne peut continuer à nous demander plus en nous donnant moins. La représentation nationale ne peut continuer à valider des budgets qui ne nous permettent pas de travailler, d’enseigner, d’accompagner dans de bonnes conditions. Alors même que tous les signaux d’alertes sont là : disparition de la médecine du travail, enquête bien-être du ministère lui-même, crise des recrutements, contractualisation qui s’accélère année après année. Pour une organisation représentative comme le SNALC, l’École et ses personnels doivent être protégés. Notre syndicat le fait chaque jour. Nous attendons de notre employeur qu’il se mette au niveau.





