L’édito du président

Jean-Rémi GIRARD
Edito de la revue Quinzaine universitaire n°1513 du 7 mai 2026
L’étude des différents programmes dans l’Éducation nationale est pleine d’enseignements. Tout d’abord, la question du rythme de publications : les programmes changent de plus en plus fréquemment. Et il ne s’agit pas ici de s’adapter aux évolutions de la science ou de la société — des ajustements suffiraient — ou de rattraper de graves erreurs du passé : les changements de programmes semblent relever de l’occupationnel du ministère. On n’a pas d’argent ? Changeons le programme !
Or, derrière un changement de programme, c’est toute une vision du système éducatif qui transparaît. Les précédents programmes de l’école et du collège fonctionnaient par cycles de 3 ans afin de forcer la réalisation de la liaison école/collège, de rattacher le collège à l’école plutôt qu’au lycée dans le projet d’une école du socle commun. Et peu importe l’impossibilité matérielle de ce projet, la complexité de gérer une répartition entre un collège et de nombreuses écoles rattachées, entre public et privé, ou la nécessité a posteriori de reconstruire des programmes annuels pour pouvoir tout simplement enseigner.
Les nouveaux programmes, qu’ils soient déjà publiés ou encore en cours d’examen, reviennent à des rythmes annuels. En revanche, ils dessinent une nouvelle image du professeur, considéré comme un abruti. « Exemples de réussites », « points de vigilance », tableaux de ce qu’il faut faire chaque jour ou chaque semaine : le parti pris est que le professeur de 2026 ne sait pas faire son métier.
Pour le SNALC, c’est une réponse catastrophique à des problèmes que notre institution a elle-même créés. La désaffection du métier, la baisse continue du pouvoir d’achat, la gestion au rabais d’une école inclusive qui échappe de plus en plus à tout cadrage et à tout contrôle : tout cela pousse de plus en plus d’étudiants à chercher d’autres carrières, et les rectorats à recruter qui ils peuvent, avec pour mission de rendre ces collègues de fortune bons pour le service en 48 h chrono. Quoi de mieux qu’un programme corseté, s’occupant parfois davantage de la manière de transmettre que du contenu ? Des compétences psychosociales que de la grammaire ou de la phonologie en langue vivante ? Avec l’étape suivante, toujours dans les tiroirs : la labellisation des manuels scolaires. Vous n’avez plus besoin de savoir : vous n’avez plus qu’à suivre ceux qui savent à votre place.
Le SNALC défend une autre École, une École où les professeurs ont un bagage disciplinaire, des connaissances, un esprit critique, et où tous ces éléments leur permettent d’utiliser au mieux leur liberté pédagogique. Une École de concepteurs, et non d’exécutants. Et cela passe par un bon salaire, par des conditions de travail de qualité, par un soutien sans faille de la hiérarchie, par des AESH eux aussi valorisés pour accompagner les élèves et leur permettre d’accéder au savoir. Il ne s’agit pas juste de faire passer la consigne d’être plus exigeant sur l’orthographe aux examens : il s’agit surtout d’avoir une École qui fasse acquérir des savoirs de qualité en valorisant celles et ceux qui y travaillent. Le programme est essentiel pour y parvenir, car il doit garantir la même École peu importe où l’on habite. Mais il gagnera alors à être beaucoup plus concis, car on aura confiance dans les personnes qui l’enseignent pour le faire bien.