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Températures extrêmes dans les classes

© Freepik.com_Real Photo-23106

Du fait du dérèglement climatique, les enseignants se posent des questions en cas de températures extrêmes dans les écoles, enjeu majeur, tant pour le confort des élèves et des professeurs des écoles que pour leur santé. Le SNALC fait le point.

Le cadre législatif

Depuis le 2 juin 2025, les articles R4223-13,14 et 15 du Code du travail précisent que les locaux affectés au travail doivent « être en toute saison, maintenus à une température adaptée ».

De même, l’article R241-26 du Code de l’énergie prévoit que les limites supérieures de température de chauffage soient fixées en moyenne à 19° C et l’arrêté du 25 juillet 1977 précise à 22° C pour les locaux hébergeant des enfants en bas âge. Oui : limite supérieure. À des fins d’économie et non pas de confort.

L’article R241-27 du Code de l’énergie précise que pendant les périodes d’inoccupation des écoles d’une durée égale ou supérieure à 24 heures consécutives et inférieure à 48 heures, les limites de température moyenne de chauffage sont fixées à 16° C et à 8° C lorsque la durée d’inoccupation est égale ou supérieure à 48 heures. Suite aux vacances scolaires, il faudrait que le chauffage soit effectif à la reprise des cours car selon l’Organisation mondiale de la santé (1), des risques d’atteintes à la santé sont réels lorsque les températures dans les locaux sont inférieures à 14 °C ou supérieures à 30 °C.

De manière plus générale, l’article L4121-1 précise que « l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé » via des actions de prévention des risques professionnels (dont les températures extrêmes), des actions d’information et de formation et la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés. Il doit veiller « à l’adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l’amélioration des situations existantes ».

Dans les faits

S’il n’existe pas de seuil réglementaire de température, maximale ou minimale, imposant l’interruption d’une activité scolaire ou la fermeture d’un établissement, les professeurs sont amenés à faire preuve de bon sens.

  • Obligation de sécurité

L’institution scolaire et la hiérarchie ont le devoir de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité des personnels comme des élèves, dès lors que la chaleur dans une salle devient dangereuse ou manifestement insupportable. C’est ce que l’on appelle l’obligation de sécurité. Cette obligation ne suffit cependant pas toujours, il arrive que la température d’une classe devienne intenable et que l’enseignant doive réagir sur le moment.

Avant toute décision, l’enseignant doit mettre en œuvre l’ensemble des solutions à sa disposition pour améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage, et limiter l’exposition de la classe à des températures extrêmes. Aérer la salle, fermer les volets, changer de lieu, donner accès à l’eau ou alléger les efforts physiques sont autant de mesures à privilégier en premier lieu.

  • Droit de retrait

Le plan ministériel et le courrier envoyé le 21 juin 2026 aux personnels précisent qu’une “attention particulière devra être portée aux personnes vulnérables. Il appartient aux chefs de service, aux directeurs d’école et aux chefs d’établissement de recenser ces personnes, en liaison avec le service de médecine de prévention. Au regard des conditions de travail (nature et lieu de réalisation des activités, température, etc.) et de l’état de santé de l’agent, le responsable hiérarchique adapte les mesures de prévention (horaires adaptés ou réduits, télétravail lorsqu’il est possible, équipements spécifiques, etc.) en vue d’assurer la protection de la santé de ces personnels.”

Nul doute que cette annonce très ambigüe posera problème dans bon nombre d’écoles : la vulnérabilité des personnels n’a pas à être systématiquement déclarée ni au directeur d’école (secret médical, raison personnelle…) ni à la médecine de prévention, d’autant plus que cette dernière est quasi-inexistante. Qui plus est, ce texte laisse sous-entendre que sans cette déclaration, il sera impossible d’obtenir des aménagements.

Par ailleurs, les mesures de prévention évoquées sont clairement inadaptées au premier degré.

Lorsque la santé du professeur est mise en danger, a fortiori en raison d’une pathologie avérée (maladie cardio respiratoire, trouble neurologique ou autre), que plus aucune solution ne permet de se protéger de températures extrêmes (supérieures à 30 °C) et que la situation devient intenable, le professeur des écoles peut exercer son droit de retrait.

Ce droit reste réservé aux situations véritablement susceptibles de mettre réellement l’enseignant en danger. Il ne saurait être toléré s’il est invoqué par un enseignant qui « estime » simplement qu’il fait trop chaud dès 25 degrés.

  • État de nécessité

Lorsque c’est la santé des élèves qui est menacée et qu’aucune solution ne permet de faire baisser la température de la classe, le professeur des écoles doit faire preuve de bon sens et peut invoquer l’état de nécessité. La sortie des élèves de la salle de classe se justifie alors par l’existence d’un danger immédiat pour leur santé ou leur sécurité.

 

Anticiper les situations climatiques extrêmes

Dès que la température ressentie dans une classe commence à sembler trop basse ou trop élevée pour y enseigner dans de bonnes conditions, le professeur des écoles concerné doit en référer au directeur d’école qui pourra alerter les services techniques de la mairie afin de procéder aux réparations nécessaires du chauffage, de la ventilation etc.

Si les réponses de la mairie se font attendre, l’équipe enseignante peut alerter la FSSSCT pour faire évoluer la situation et le SNALC fera office de catalyseur et la guidera dans sa procédure. N’oublions pas que si les températures représentent un danger pour la santé des enseignants et des élèves, le directeur d’école « prévient les autorités, applique les consignes spécifiques et prend toutes dispositions visant à assurer la protection de tous » (1).

Face aux canicules et suite aux remontées de terrain des professeurs dans leur salle de classe, des mesures ont été mises en place pour assurer la santé des usagers, comme cela a été expérimenté à Montélimar. En 2024, trois écoles de la ville ont testé un nouvel aménagement des horaires pour s’adapter aux fortes chaleurs. Ce dispositif consistait à avancer l’heure de début des cours et à raccourcir la pause de midi afin de profiter des températures plus fraîches du matin. Cette initiative fait partie d’une série de solutions temporaires, comme les salles fraîcheur, pour réduire l’exposition des élèves et des enseignants à la chaleur. 

Les obligations de santé et de sécurité applicables aux personnels ainsi que les exigences de protection des élèves conduisent à adapter les conditions d’enseignement lorsqu’elles présentent un risque pour leur santé ou leur sécurité. En cas de températures particulièrement élevées, des ajustements peuvent être décidés pour garantir leur bien-être, notamment par la modification des horaires de classe ou, dans certaines situations, l’interruption de l’enseignement.

Si les ajustements horaires restent temporaires et doivent être réévalués chaque année en fonction des conditions climatiques, des travaux sur le bâti font encore défaut la plupart du temps. Les horaires jouent en termes de chaleur, mais concernant le froid, il semble évident que l’isolation et la mise aux normes du système de chauffage sont aussi coûteux qu’inévitables.

Des préconisations à défaut d’un cadre

Par peur de réactions abusives sur le terrain en cas de températures extrêmes, et surtout par peur d’une situation chaotique quiimposerait la fermeture d’une grande majorité des écoles pendant un temps donné, le Ministère se refuse à poser un cadre clair permettant de mettre à l’abri les personnels. Il préfère une fois de plus que les professeurs des écoles servent de variable d’ajustement. Il a fourni en mai 2026 des préconisations via un communiqué de presse ainsi que des recommandations à l’égard des directeurs.

Pour le SNALC, ces recommandations donnent surtout l’impression d’un catalogue de « bons gestes » sans réponse concrète au problème majeur des locaux scolaires inadaptés aux fortes chaleurs.

Enfin, le maintien des activités « dans la mesure du possible » montre que la continuité administrative prime encore trop souvent sur la santé des élèves et des personnels. Le SNALC appelle de ses vœux la réelle avancée que fournirait un cadre à même d’enjoindre les collectivités locales à agir.

Un plan ministériel qui ne répond pas aux inquiétudes des professeurs

Le nouveau plan ministériel de gestion des vagues de chaleur, publié le 28 mai 2026, constitue une base utile, car il reconnaît enfin que les vagues de chaleur deviennent un enjeu durable pour l’Éducation nationale avec des températures seuil clairement mentionnées (28, 30 et 33 degrés). 

Cependant, il reste insuffisant puisqu’il fait toujours reposer une grande partie de la gestion de crise sur les équipes de terrain. Le plan préconise de demander aux établissements de réorganiser les activités en réduisant par exemple leur intensité (sic), de privilégier les espaces les moins exposés et de créer des « espaces refuges » ou d’adapter les emplois du temps. En bref, cela revient souvent à laisser les personnels gérer seuls des situations impossibles dans des locaux inadaptés. Se mettre à l’ombre et au frais, ça ne fait pas tout et ce n’est pas toujours possible, par exemple s’il y a un « espace refuge » pouvant accueillir 30 enfants et qu’il y en a 150 dans l’école : roulement fraîcheur ?

S’il est précisé que « l’accès à l’établissement peut être fermé temporairement à l’issue d’un dialogue entre le préfet, les autorités académiques et le maire », en réalité, cette mesure doit rester « exceptionnelle et proportionnelle pour préserver la continuité du service et la continuité pédagogique. ». Dans les faits, on attend que les élèves fassent un malaise pour prendre une réelle décision.

Le SNALC dénonce ainsi un transfert de responsabilité vers les enseignants et la direction, sans réponses concrètes sur d’éventuels seuils de fermeture, les moyens matériels immédiats ou un véritable plan national de rénovation thermique des bâtiments scolaires.