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Enseignement supérieur, traitements inférieurs

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Dossier du mois de la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1517 du 2 octobre 2026

Sommaire

Enseignement supérieur, traitements inférieurs

Le 11 juillet 2026, à la clôture de la phase principale de Parcoursup, 163 372 candidats — soit près de 18 % des 908 974 inscrits — restaient sans solution dans l’enseignement supérieur (dont 57 024 bacheliers, 46 216 étudiants en réorientation, 23 412 candidats scolarisés à l’étranger et 36 720 partis de la plateforme avant d’avoir obtenu de réponse¹).

Le Ministère préfère mettre en avant que « près de 9 lycéens sur 10 » avaient déjà une réponse à cette date — un chiffre exact, mais qui ne concerne que les lycéens, la catégorie la mieux lotie : rapporté à l’ensemble des candidats, tous publics confondus, c’est près d’un candidat sur cinq qui restait sans solution. La procédure, officiellement close le 10 septembre, a pourtant battu tous les records d’inscriptions cette année, avec plus d’un million de candidats au total² — un afflux que le système n’a pas su absorber complètement.

C’est le symptôme d’un enseignement supérieur sous-financé — un manque de moyens qui ne compromet pas seulement l’accès des étudiants, mais aussi la capacité de la France à retenir ses meilleurs chercheurs.

Le classement de Shanghai, publié le 15 août, l’illustre à sa manière. Le Ministère s’est félicité de voir la France grimper au 10e rang mondial par le nombre d’établissements classés³. Une progression réelle, mais qui masque une fragilité de fond : parmi ses critères, le classement recense notamment le nombre de prix Nobel et de médaillés Fields parmi les anciens élèves et le personnel des établissements. Or, la France a pris la fâcheuse habitude de former des chercheurs de très haut niveau pour les voir partir vers des pays capables de mieux les rémunérer⁴.

On ne retient pas les meilleurs chercheurs du monde avec des salaires qui peinent à suivre l’inflation : recruter et fidéliser un vivier scientifique de premier plan suppose des rémunérations compétitives à l’échelle internationale, précisément ce que l’enseignement supérieur français n’offre plus depuis bien longtemps.

Autre actualité à suivre : le projet de loi de régulation de l’enseignement supérieur privé, sur lequel nous revenions déjà en détail dans un précédent article5, a été adopté par le Sénat le 1er juin et transmis à l’Assemblée nationale le 2 juin — sans qu’aucune date d’examen n’ait, à ce jour, été fixée6. Nous continuerons à suivre ce dossier de près.

Dans les pages qui suivent, le SNALC revient sur la question du RIPEC C3, sur les chaires de professeur junior ainsi que sur la situation des vacataires et des contractuels du supérieur — autant de terrains sur lesquels nous portons des revendications précises. Les conditions de travail et de rémunération dans l’enseignement supérieur sont trop souvent indignes d’un grand pays comme la France. Les PRAG et PRCE qui y assurent un enseignement de qualité en reviennent parfois désenchantés : le SNALC fait le point sur les évolutions de carrière qui s’offrent à eux.

Ces revendications se joueront aussi dans les urnes : du 3 au 10 décembre 2026 se tiendront les élections professionnelles, qui renouvelleront les représentants du personnel dans les CSA, les CAPN et les CCP. Le SNALC s’engage à y porter votre voix.


(1) L’Étudiant, “Parcoursup 2026 : la phase principale s’achève, voici ce qu’il vous reste à faire”, 15 juillet 2026, d’après le tableau de bord officiel Parcoursup.
(2) 75 Secondes, “14 millions de vœux et embouteillage géant : ce que cache le bilan choc de Parcoursup 2026”.
(3) Ministère de l’Enseignement supérieur, communiqué du 15 août 2026.
(4) L’Étudiant/Educpros, “Chercheurs français partis à l’étranger : mobilité ou fuite des cerveaux ?”, 24 janvier 2024.
(5) https://snalc.fr/enseignement-superieur-prive-reguler-vraiment/
(6) Dossier législatif, Assemblée nationale, projet de loi n°2860.

Chaires de professeur junior : la carrière accélérée qui inquiète

Créées par la loi n° 2020- 1674 de programmation de la recherche, les chaires de professeur junior (CPJ) offrent aux titulaires d’un doctorat une voie de recrutement inédite pour les établissements du supérieur et les organismes nationaux de recherche : inspiré des tenure tracks américains, ce dispositif propose un contrat de pré-titularisation d’au moins trois ans.  À l’issue d’une période de trois à six ans, il garantit quasiment l’accès au corps de professeur des universités ou de directeur de recherche sans passer par la case maître de conférences ni par le concours classique de recrutement des PU. Le financement est assuré par l’Agence nationale de la recherche à hauteur de 200 000 € par chaire, et la rémunération minimale est fixée à 43 416 € brut annuel (indice majoré 735) ¹.

Présenté comme un outil d’attractivité internationale pour capter de jeunes chercheurs de haut niveau, il s’est progressivement généralisé même si la campagne de 2026 marque un ralentissement2 : 113 nouveaux supports de CPJ ont été ouverts en 2026 contre 194 en 2025, soit son plus bas niveau depuis 2022.

Ainsi, cinq ans après sa création, la question de sa place dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche se pose-t-elle avec acuité. Si l’association Udice qui réunit de grandes universités de recherche françaises « réaffirme son attachement fort au dispositif CPJ qui constitue aujourd’hui un levier essentiel de l’attractivité scientifique internationale de la France », elle souligne également qu’il ne doit pas se « substituer aux emplois pérennes »3. Un point qui prend une importance particulière dans un contexte budgétaire contraint alors que le recours aux CPJ pourrait désormais s’accompagner de la non-reconduction de certains postes d’enseignants chercheurs.  Une circulaire de la DGESIP datée du 28 avril 20264 imposerait en effet désormais que toute CPJ pourvue en 2026 soit compensée par le non-remplacement d’un départ d’enseignant-chercheur classique.

Une bascule qui modifie bien l’objectif affiché au départ : de levier d’attractivité supplémentaire, la CPJ deviendrait un mécanisme de substitution aux postes pérennes existants, dans un contexte de restrictions budgétaires généralisées de l’ESR.

La communauté scientifique majoritairement hostile dès l’origine à cette voie de recrutement calquée sur un modèle anglo-saxon, formule d’autres critiques : insuffisante représentation des femmes, forte concentration disciplinaire dans les sciences dures, part très importante de chercheurs internationaux, tensions dans les équipes induites par la multiplication de différents statuts, contournement des instances de concertation… Bref, de nombreux points méritent assurément réflexion.

Le SNALC ne remet pas en cause le mérite des collègues qui ont bénéficié, ou bénéficient encore, d’une chaire de professeur junior : ce sont des chercheurs de qualité, recrutés sur projet, qui ont légitimement saisi une opportunité de carrière ouverte par les textes. Mais nous dénonçons, le choix politique qui sous-tend le dispositif lui-même. Plutôt que de revaloriser l’ensemble de la carrière d’enseignant-chercheur — et, a fortiori, celle des PRAG/PRCE qui en restent structurellement exclus —, l’État choisit de concentrer des moyens rares sur une poignée de postes d’exception, financés hors des enveloppes ordinaires. Si l’attractivité de la recherche française est un enjeu légitime, elle ne peut reposer durablement sur un dispositif dérogatoire, potentiellement gagé sur la suppression d’autres postes statutaires au détriment de l’ensemble de la profession.


(1) Portail Galaxie, “Chaire de professeur junior (CPJ)”, enseignementsup-recherche.gouv.fr ; décret n°2021-1710 du 17 décembre 2021.
(2) https://www.cdefi.fr/fr/actualites/chaires-de-professeur-junior-une-campagne-2026-en-net-recul
(3) https://www.udice.org/actualite/les-universites-udice-appellent-a-maintenir-lambition-du-dispositif-des-cpj/
(4) Selon AEF info, dépêche n°751057

Comment candidater dans le supérieur ?

Vous enseignez en primaire ou en secondaire et le supérieur vous attire ? Le SNALC a publié un guide complet pour préparer votre dossier et candidater via Galaxie-VEGA.

Vacataires de l’enseignement supérieur : une précarité qui persiste

Chargés de cours vacataires, souvent doctorants ou jeunes docteurs sans poste, ils assurent une part significative des heures de travaux dirigés dans les universités. Leur situation vient de connaître un développement judiciaire rare : par une ordonnance de référé-provision du 30 juin 2026 (n°2427497), le juge des référés du tribunal administratif de Paris a condamné plusieurs universités parisiennes à verser des provisions à des enseignants vacataires victimes de retards de paiement. Dans un cas, un retard de neuf mois a été jugé suffisamment caractérisé pour justifier une provision de 3 000 €, en attendant le jugement sur le fond.

Cette décision met en lumière une anomalie administrative documentée depuis près d’une décennie, mais jamais réellement résolue. Une circulaire ministérielle d’avril 2017 qualifiait déjà de “non acceptables” des délais de paiement “dépassant parfois les six mois”1. La loi de programmation de la recherche de 2020 est allée plus loin en imposant, à son article 11, la mensualisation du paiement de tous les vacataires au plus tard le 1er septembre 2022.  Or, quatre ans après cette échéance, la mensualisation n’est toujours pas effective dans tous les établissements, le Ministère invoquant la complexité des systèmes d’information et de certification du service fait.

Au-delà des délais, c’est le niveau de rémunération lui-même qui interroge. Le taux horaire fixé à 43,50 € brut par heure équivalent TD est gelé depuis le 1er juillet 2023 — soit plus de trois ans sans revalorisation, alors que l’inflation continue d’éroder ce montant. Ce tarif ne couvre en outre ni la préparation, ni les corrections : ramené au temps de travail réel, le taux horaire effectif tombe fréquemment sous le SMIC. Les vacataires n’ont par ailleurs accès à aucun des dispositifs censés protéger la rémunération des agents publics. La GIPA, par exemple, leur reste structurellement fermée : son éligibilité suppose un contrat indexé sur un indice de la fonction publique, alors que la rémunération des vacataires, forfaitaire et à l’acte, y échappe par construction — une exclusion qui perdurera même si le dispositif, suspendu depuis 2024 pour l’ensemble des agents publics, venait à être un jour réactivé.

Un rapport de l’IGÉSR2 publié en juin 2025 confirme l’ampleur du phénomène : en 2022-2023, 158 464 vacataires ont assuré plus de 5,2 millions d’heures d’enseignement, soit près d’un cours sur cinq à l’université. Le rapport conteste l’idée d’une explosion récente du recours à ce statut — la proportion serait stable, voire en légère baisse, depuis sept ans — mais il souligne que ces besoins sont le plus souvent “structurels et pérennes”, et pointe une charge de gestion administrative lourde pour les établissements eux-mêmes.

Le paradoxe est là : un dispositif présenté comme ponctuel et complémentaire couvre en réalité un cours sur cinq, sans que sa rémunération ni ses délais de paiement aient suivi. Un jugement isolé ne réglera pas ce problème structurel, mais il envoie un signal clair : les universités ne peuvent plus compter sur l’absence de conséquences juridiques pour continuer à différer indéfiniment le paiement de leurs vacataires. Le SNALC se félicite donc de cette décision et se tient à la disposition de tous les collègues pour les aider à faire respecter leurs droits.


(1) Circulaire 2017-078 du 25 avril 2017 parue au BO n°17 du 27 avril 2017.
(2) https://www.education.gouv.fr/igesr/les-charges-d-enseignement-vacataires-dans-les-etablissements-du-superieur-465621

CDIsation des contractuels : l'échéance approche

Le SNALC vous en parlait dès l’été 2025 : la décision du Conseil constitutionnel du 30 juillet 2025 impose de mieux compter certains contrats dans les 6 ans ouvrant droit au CDI. Cette règle transitoire expire au plus tard le 1er octobre 2026 — sans qu’aucune loi de remplacement n’ait, à ce jour, été votée pour la pérenniser.

PRAG/PRCE dans le supérieur : 5 pistes pour faire évoluer votre carrière

Être enseignant (PRAG/PRCE) dans le supérieur n’est pas une voie sans issue ! Si vous souhaitez changer d’environnement de travail, revenir à d’anciennes amours ou au contraire changer de voie, le SNALC recense les possibilités qui s’offrent à vous.

1 - Retourner dans le secondaire

Participez aux opérations du mouvement du second degré (inter ou intra-académique), selon le calendrier de votre académie. Si vous êtes déjà affecté dans le supérieur de l’académie visée, vous pouvez participer uniquement au mouvement intra-académique.

Informez le plus tôt possible le responsable de votre établissement actuel : c’est lui qui doit signaler votre poste comme libéré, pour qu’il soit republié à la campagne suivante

2 - Quitter la fonction publique

La rupture conventionnelle est désormais pérenne (loi de finances 2026, article 173), après une expérimentation menée de 2020 à 2025.

Vous et votre établissement fixez ensemble les modalités de la rupture, contre une indemnité spécifique.

Depuis les décrets n°2026-745 et n°2026-746 du 6 août 2026, vous pouvez vous faire accompagner aux entretiens par un représentant syndical de votre choix — même s’il n’est pas représentatif dans votre établissement.

Attention : le montant de l’indemnité dépend de votre ancienneté.

3 - Rejoindre un autre corps ou le secteur privé

Le détachement est possible, sous réserve de l’accord de votre établissement d’origine. Un préavis est à respecter, pour ne pas fragiliser les enseignements en cours d’année universitaire.

Ainsi vous restez fonctionnaire, avec un droit à réintégration dans votre corps d’origine. Attention cependant : la réintégration ne signifie pas nécessairement le retour sur votre ancien poste. Vous êtes prioritaire sur le poste occupé avant votre départ s’il est encore vacant ; sinon un poste correspondant à votre grade doit vous être proposé.

4 - Faire une pause, sans quitter votre statut.

La disponibilité (convenance personnelle, création d’entreprise, suivi de conjoint…) suit les règles communes à toute la fonction publique d’État. À la différence du détachement, elle ne garantit pas une réintégration immédiate dans votre corps. Votre retour dépend d’une vacance de poste, et peut donc prendre plus de temps.

5 - S’orienter vers la recherche

Vous pouvez enfin préparer un doctorat, tout en étant en poste dans le supérieur : demandez un aménagement de service auprès de votre établissement, au titre du décret n°2000-552 du 16 juin 2000. La demande suit généralement la voie hiérarchique en passant par votre chef de département ou d’établissement. Concrètement, votre service de référence (384 HETD) peut être allégé d’une décharge comprise entre 128 h (un tiers de service) et 192 h (la moitié du service).

Attention : le taux exact accordé n’est pas fixé nationalement dans cette fourchette — chaque établissement l’arbitre dossier par dossier, en conseil d’administration. Et cette décharge est incompatible avec le versement d’heures complémentaires sur la même période : vous ne pourrez pas cumuler les deux.

Une fois le doctorat obtenu, faites-vous qualifier par une section du CNU (renouvelable tous les 4 ans) avant de candidater sur un poste de MCF.

Bon à savoir : l’article 26, 2° du décret n°84-431 du 6 juin 1984 ouvre un concours réservé aux enseignants titulaires du second degré, docteurs, en poste dans le supérieur depuis au moins 3 ans.

Attention : l’ouverture de ce type de poste relève de chaque université — ce n’est pas un droit automatique, et le nombre de postes concernés reste limité chaque année.

RIPEC C3 : une prime qui reste hors d'accès pour les PRAG/PRCE

Le régime indemnitaire des enseignants-chercheurs (RIPEC) comprend une composante C3, versée sur dossier en reconnaissance de missions ou responsabilités particulières. Réservée aux enseignants-chercheurs, elle illustre l’écart persistant avec les PRAG/PRCE, qui n’ont accès à aucune prime nationale équivalente pour un investissement souvent comparable. Face à ce vide, certaines universités (Rennes, Strasbourg, Sorbonne Université…) ont mis en place des “primes maison” pour combler partiellement l’écart — une solution jugée insatisfaisante par les intéressés eux-mêmes, tant elle dépend du bon vouloir de chaque établissement plutôt que d’un cadre national équitable.