Après trois à cinq années d’études et un concours sélectif, les jeunes professeurs des écoles, tout juste titularisés, déchantent très vite. Au bout de quelques mois, ils réalisent que la prime d’attractivité va en réalité figer leur salaire jusqu’au milieu de carrière et que la rémunération du métier de professeur ne reflète ni les efforts fournis ni les responsabilités assumées.
CONSTAT
En 2024, le SNALC a calculé que le salaire des professeurs devrait être revalorisé de 1 000 euros par mois pour pouvoir compenser la perte de pouvoir d’achat subie ces dernières années et aligner le salaire des professeurs sur le niveau de rémunération des autres fonctionnaires de catégorie A. En 2025, l’OCDE, dans son rapport Regards sur l’éducation, a confirmé que les professeurs des écoles sont non seulement moins bien rémunérés que les autres fonctionnaires de catégorie A, mais aussi moins bien payés que la moyenne de leurs homologues dans les pays de l’OCDE. En moyenne, le salaire effectif des enseignants du primaire représente 83 % du revenu des actifs diplômés de l’enseignement supérieur travaillant à temps plein toute l’année, contre seulement 74 % en France.
Dans les faits, pour atteindre un niveau de vie simplement correct, un PE doit généralement attendre l’accès à la hors-classe (après plus de 20 ans de carrière,) puis attendre le 3e échelon de la classe exceptionnelle (à condition d’y accéder un jour) pour bénéficier d’un niveau de vie juste confortable. Pour un jeune couple d’enseignants, devenir propriétaire et faire face sereinement aux dépenses liées aux enfants relève désormais souvent du défi.
Pour gagner plus, pas vraiment de solution. Pas de prime de professeur principal, pas d’HSE, pas d’HSA, et au mieux des pactes en nombres limités et le plus souvent peu avantageux. Ultime solution : accepter une direction d’école avec toutes les contraintes que cela suppose ou exercer en REP+.
Les professeurs des écoles comptent parmi les fonctionnaires les plus touchés par la stagnation du point d’indice depuis près de vingt ans. En effet, si les grilles indiciaires d’autres fonctionnaires sont comparables aux leurs, elles ne tiennent pas compte des primes et indemnités, qui pèsent fortement dans la rémunération globale. À titre d’exemple, le RIFSEEP (Régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel) peut permettre aux personnels administratifs de percevoir jusqu’à 1000 euros supplémentaires par mois.
QUELLES CONSÉQUENCES ?
Nous avons tous le souvenir de ce qui faisait autrefois la force de ce métier, à savoir l’implication du maître d’école qui donnait sans compter. Cet état d’esprit a laissé place à la désillusion et, surtout, à un profond sentiment de désolation qui gagne les enseignants.
Aujourd’hui, en l’absence de reconnaissance salariale et sociétale, l’envie n’y est plus. Cet état de fait alimente la démotivation, dégrade l’attractivité du métier et finit inévitablement par nuire à la qualité de l’enseignement.
L'AVIS DU SNALC
L’École est le réceptacle de tous les problèmes que la société ne sait pas, ou ne veut pas, résoudre. Prévention du harcèlement scolaire, des incivilités, de l’obésité infantile, des risques numériques, des addictions, éducation à la sécurité routière, à la vie affective et relationnelle, premiers secours : la liste des « missions éducatives » confiées aux enseignants ne cesse de s’allonger.
À chaque nouveau plan national, son lot de missions, de formations, de dispositifs ou d’évaluations. Une solution pratique, qui permet à l’État de donner l’illusion de prendre les choses en main, bien entendu à moindre coût. Pour les PE, cela engendre inévitablement des heures supplémentaires de travail invisible non négligeables.
Dans bien d’autres métiers, une charge de travail additionnelle ouvre droit à une compensation financière ou à des heures compensatoires. À l’Éducation nationale, on en appelle à notre « sens du service public » ou à notre « engagement professionnel ».
Un rattrapage salarial s’impose.
POUR LE SNALC, IL FAUT
- 1 000 euros net d’augmentation par mois pour tous les professeurs.
Article publié dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1516-École du 4 septembre 2026





