La cellule investigation de Radio France a révélé début mai (1) qu’une stratégie nationale « eSport 2026-2030 », validée par Matignon le 8 avril, prévoit d’intégrer le jeu vidéo compétitif dans les parcours scolaires, contre l’avis explicite du ministère de la Santé et de la Mildeca (2).
Devant le tollé, le cabinet du Premier ministre a tenté un rétropédalage maladroit, affirmant que la stratégie « n’était pas arrêtée ». Trop tard : le signal était envoyé, et il est mauvais.
Le SNALC le dit clairement : on ne remplace pas une pratique motrice par un écran. L’eSport est une pratique compétitive institutionnalisée, organisée en ligues, sans engagement corporel significatif ni dépense énergétique musculaire notable.
Instaurer une confusion possible avec l’EPS, via l’utilisation du terme « sport », n’a pas de sens : nos élèves ont besoin de courir, sauter, de s’engager physiquement, pas d’accumuler des heures supplémentaires devant un écran dans un cadre scolaire qui cautionnerait la sédentarité.
Ce qui choque davantage encore, c’est le contexte : la santé mentale a été décrétée Grande cause nationale en 2025 et 2026, l’Assemblée a voté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, et les alertes sur la dégradation du potentiel physique des jeunes se multiplient. Des collectifs de médecins spécialistes des addictions ont lancé des pétitions pour dénoncer ce projet.
L’enquête de Radio France montre que l’objectif premier n’est pas pédagogique mais économique : il s’agit de capter une part d’un marché mondial de plusieurs milliards d’euros en s’appuyant sur le vivier que représentent les élèves.
Le SNALC dénonce ce nouveau cheval de Troie commercial. La circulaire de rentrée 2026 d’É. Geffray n’accorde pas un mot à l’EPS, ni à la dimension physique de l’éducation, et c’est dans ce silence que s’infiltrent les mirages du tout-numérique. La vraie priorité, c’est 3h d’EPS au lycée, des installations dignes et une pleine reconnaissance de la discipline. Pas un programme « eSport et éducation » piloté main dans la main avec des acteurs privés du jeu vidéo.
L’Ecole ce n’est ni la foire, ni un marché.
« Les jeux vidéo intégrés au parcours scolaire : les dessous d’un arbitrage de Matignon qui pose question », https://www.franceinfo.fr/enquetes-franceinfo/les-jeux-video-integres-au-parcours-scolaire-les-dessous-d-un-arbitrage-de-matignon-qui-pose-question_7987550.html
Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives





