L’édito du président

Jean-Rémi GIRARD
Edito de la revue Quinzaine universitaire n°1512 du 10 avril 2026
L’École inclusive s’est transformée en véritable fuite en avant.
Aujourd’hui, les conditions de mise en œuvre remettent en cause les contours, mais aussi le principe même de l’École inclusive. On ne sait plus où elle s’arrête, ni même si elle s’arrête, s’il existera à terme des enfants « non inclus ». Les PAP peuvent désormais être décidés sans avis médical, à la demande, et l’on met en place des adaptations qui ne reposent sur rien d’autre que l’observation d’un comportement ou l’acharnement de la famille à les obtenir. Ce n’est pas seulement le SNALC qui le dit : c’est le ministre lui-même qui l’a reconnu lors de notre dernière rencontre.
C’est ce même fonctionnement qui est supposé régir les PAS (l’École inclusive adore les sigles) : dans leur version deux fois repoussée par la représentation nationale, les quotités d’accompagnement seraient décidées par l’Éducation nationale elle-même, qui ne pourrait donner que ce qu’elle a, et non forcément ce dont l’élève a besoin. Peu importe que les successeurs des PIAL ne soient toujours pas dans la loi : leur « expérimentation » est désormais une généralisation en marche, à grands coups de 1000 PAS par an, sans que le bilan des quatre premiers ait été partagé avec le SNALC et les autres organisations représentatives.
La fuite en avant de l’École inclusive, ce sont aussi ces milliers d’enfants notifiés pour un institut médico-éducatif mais qui ne peuvent y aller, faute de place. Car une prise en charge à hauteur des besoins, ça coûte cher, et notre pays n’hésite pas à faire des économies sur le dos des enfants en situation de handicap. Le tout le cœur sur la main, sans trembler des genoux, rappelant les beaux principes tout en refusant de voir qu’ils ne sont pas appliqués.
Mais la fuite en avant de l’École inclusive se mesure surtout par son impact sur nous. Professeurs, AESH, personnels de vie scolaire, de santé et sociaux, mais aussi personnels administratifs et de direction : nous sommes la variable d’ajustement de l’École inclusive. Nous recevons des documents remplis de croix, on nous demande d’adapter pour chacun, sans que nos conditions de travail le permettent, et sans aucune reconnaissance. Le SNALC l’a toujours dénoncé : l’inclusion s’est faite sans jamais interroger son impact sur les collègues. Sur notre temps de travail. Sur notre capacité réelle à mettre en œuvre tout ce qui nous est demandé dans des classes toujours aussi chargées. Ce fonctionnement est bien pratique : mis devant l’impossibilité d’appliquer ce qui nous est demandé, nous voilà livrés à la vindicte populaire et à celle des familles. Haro sur le personnel de l’Éducation nationale, « ce pelé, ce galeux d’où venait tout leur mal ». Et peu importe si les collègues, en réalité, souffrent autant que les élèves, car nous voulons bien faire mais ne le pouvons pas.
Le SNALC refuse de se résigner. Il avertit depuis longtemps sur les dérives d’une inclusion au rabais, et est de plus en plus entendu. Il siège désormais au comité de suivi de l’École inclusive et y portera la voix des collègues. Il travaille d’arrache-pied pour faire avancer l’obtention d’un statut de la fonction publique par les AESH. Il est là pour vous réinstaurer dans votre professionnalité et pour vous protéger des parents qui vous hurlent dessus car vous êtes leur seul interlocuteur, alors que vous n’êtes responsable de rien et coupable de rien. Il est là pour rappeler qu’à l’impossible nul n’est tenu, et qu’à force de faire l’inclusion sans les collègues, il finira par n’y avoir plus de collègues, et donc plus d’inclusion.





