Le 3 février 2026, Jean-Rémi Girard, président du SNALC, a appelé à une prise de conscience collective face à la montée de la violence scolaire, après l’agression au couteau d’une enseignante à Sanary-sur-Mer. Il a dénoncé les réponses institutionnelles insuffisantes et réclamé un renforcement des accompagnements psychologiques et sociaux dans les établissements.
Jean-Rémi Girard, président du SNALC, est l’invité de France 2 – Télématin le 3 février 2026.
France 2 – Télématin
L’émotion est immense après l’agression au couteau d’une enseignante par un élève de 14 ans, hier en plein cours à Sanary-sur-Mer. La victime a été opérée hier soir. Elle est dans un état stable, mais le pronostic vital était encore engagé dans la soirée. Cette attaque interroge évidemment.
Bonjour, Jean-Rémi Girard. Vous êtes professeur de français et président du SNALC, le syndicat de tous les personnels de l’Éducation nationale. Quelle est votre réaction ce matin ? J’ai dit que l’émotion est immense — et j’imagine qu’elle est forte aussi parmi vos collègues…
SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui, l’émotion est évidemment très forte. C’est un acte absolument atroce, et nous sommes tous en train d’espérer que notre collègue s’en sorte.
France 2 – Télématin
Que vous disent vos collègues, vos adhérents, face à ces attaques à l’arme blanche qui se répètent ces derniers mois ? Est-ce que vous aussi, par exemple, allez travailler avec la peur ? Y pensez-vous ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Nous ne travaillerons pas avec la peur, car si nous le faisions, nous ne nous lèverions pas le matin, et il n’y aurait plus de professeurs en France. En revanche, nous savons que cela existe, et que cela se produit de plus en plus fréquemment. Donc, ces situations peuvent parfois nous traverser l’esprit — notamment lorsqu’un élève ne respecte pas notre autorité, ou commence à monter un peu dans les tours. Nous nous disons : « Oui, il s’est déjà passé un certain nombre de choses extrêmement graves, qui ne se produisaient pas auparavant. »
France 2 – Télématin
Oui, c’est cela. Car nous ne devons pas, évidemment, anticiper ce qui s’est passé hier à Sanary — l’enquête vient à peine de commencer, le suspect est en cours d’interrogatoire. Mais ce que nous observons, c’est qu’un adolescent de 14 ans a commis une attaque au couteau à l’intérieur de son établissement. Et ce scénario, malheureusement, commence à nous être familier.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui. Nous avons eu Agnès Lassalle, Mélanie Grapinet, juste devant le collège. Nous avons aussi eu une collègue dans le Bas-Rhin, à cette rentrée, qui a survécu. Ce sont des situations que nous ne connaissions pas auparavant — où la violence vient non seulement de nos élèves, mais se produit à l’intérieur ou juste devant l’établissement scolaire, dans la salle de classe. Ce n’était pas un lieu où la violence atteignait ce niveau-là.
France 2 – Télématin
Les professeurs, les parents d’élèves — je vous laisse la parole dans un instant. Le ministère répète, comme on l’a vu dans le reportage tout à l’heure, qu’il s’agit d’un collège calme, réputé pour sa tranquillité. Et cette affirmation semble ajouter à la stupeur, face à la violence.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui, mais il faut arrêter avec cela. À chaque fois qu’il y a une agression, le premier réflexe de notre institution est de dire : « Il n’y avait aucun problème, tout se passait bien dans l’établissement. » Là, on était à deux doigts de dire : « Il est réputé pour ça. » Mais il n’existe pas d’établissement où il ne se passe rien. Une fois encore, ce que nous avons vécu précédemment nous montre que cela peut se produire n’importe où. Ce qui se passe dans la tête d’un élève — il y a eu plusieurs cas de troubles psychiatriques graves — n’est pas forcément lié au contexte social, ni au climat de violence de l’établissement. Cela peut se produire dans un établissement privé sous contrat, public, en ville, à la campagne. J’aimerais qu’on arrête de dire : « C’était un établissement tranquille » — et alors ?
France 2 – Télématin
Le fait de se retrouver avec un couteau dans l’établissement — n’y a-t-il pas de fouilles à l’entrée ? Est-ce que cela fonctionne ? Est-ce que cela ne fonctionne pas ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
La ministre Élisabeth Borne avait mis en place des fouilles, mais des fouilles aléatoires — car nous n’avons absolument pas le personnel nécessaire pour les réaliser. Et imaginez : fouiller tous les élèves chaque matin, devant tous les collèges et lycées…
France 2 – Télématin
En l’occurrence, excusez-moi, je vous interromps deux secondes — le ministère de l’Éducation a communiqué des chiffres : 12 000 contrôles effectués entre mars et décembre 2025, 525 armes blanches retrouvées. Actuellement, 1 500 contrôles sont réalisés chaque mois. Mais effectivement, on ne peut pas mettre un policier derrière chaque élève.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Bien sûr. Et on voit bien que, si cela permet de constater que le phénomène existe — qu’il y a des couteaux, des armes dans les sacs de certains élèves — cela n’empêche absolument pas un passage à l’acte isolé.
France 2 – Télématin
Visiblement, il n’y avait pas de portiques de sécurité à Sanary-sur-Mer. Est-ce que votre syndicat milite pour qu’il y en ait partout, dans tous les établissements ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Non, non, il faut arrêter. J’aimerais qu’on arrête, à chaque fois qu’il y a une agression d’enseignant, de dire qu’il faut des portiques de détection de métaux à l’entrée des établissements scolaires. Nous n’avons pas les personnels pour les mettre en œuvre. Cela crée des attroupements devant les établissements, car cela peut prendre un temps fou — et cela bipe tout le temps. On crée des attroupements, ce qui est exactement ce qu’on nous demande d’éviter dans le plan Vigipirate, pour prévenir les attaques terroristes.
Donc, effectivement, nous sommes dans des situations où, au SNALC, nous pensons qu’il faut vraiment travailler sur ce qui se passe dans la tête de nos élèves, sur leurs conditions d’éducation, sur la santé mentale et sur l’accompagnement dont ils disposent — car nos secteurs de santé et sociaux sont absolument ravagés en France.
France 2 – Télématin
Justement, on voit, à longueur d’études et de sondages ces dernières années, que les jeunes ne vont pas bien. Les chiffres sont alarmants. Je vais citer une étude : un tiers des 11-24 ans souffrent de troubles anxieux ou dépressifs. De quelle manière le percevez-vous, et le ressentez-vous dans les classes ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Nous le savons. Moi, je suis toujours en classe. J’ai eu une élève qui m’a dit, pas plus tard que la semaine dernière : « C’est nul d’être jeune. » Effectivement, le Covid a été un tournant. Mais nous sommes dans des secteurs — la pédopsychiatrie, l’accompagnement psychologique de nos élèves — qui eux-mêmes ne vont pas bien. Dans l’Éducation nationale, nous n’avons quasiment plus de médecins scolaires — ils partent tous à la retraite, et ne sont pas remplacés. Nous avons très peu d’assistants de services sociaux, très peu de psychologues — alors même que nous avons une jeunesse en souffrance, pour beaucoup d’entre eux. Et nous n’avons pas grand-chose à leur proposer. Ce qui fait que nous, enseignants, assistants d’éducation, AESH, nous nous retrouvons en bout de chaîne — nous les avons tous en face de nous, et nous ne savons pas ce qui peut se passer.
France 2 – Télématin
Donc, vous dites : mettez-nous des psys ? Mettez-nous des assistants sociaux dans les écoles, dans les collèges ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui. Nous aimerions qu’on arrête, à chaque fois qu’il y a une agression, de nous dire : « On va faire un grand plan, on va faire ceci. » On nous a annoncé un grand plan santé mentale — qu’est-ce qui s’est passé ? Rien. À un moment, nous sommes face à un problème qui n’est pas un problème de l’école — c’est un problème de société, de santé psychique. C’est peut-être aussi un problème éducatif. Il y a peut-être la part des réseaux sociaux là-dedans, qui joue aussi énormément. Nous ne savons pas ce que font nos élèves devant leurs écrans. Il faut qu’on se saisisse collectivement de tout cela. Et à un moment, il faut aussi renforcer l’Éducation nationale. On est en train de nous supprimer 4 000 postes. À un moment, stop. Si l’école disparaît dans le pays, il n’y a plus rien. Il faut absolument qu’on nous aide. Voilà, nous avons besoin d’aide.
France 2 – Télématin
Et nous avons entendu votre appel ce matin. Merci beaucoup, Jean-Rémi Girard, d’être venu sur ce plateau.r



