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Sud Radio – Sédentarité des jeunes : un piège qui se referme — et l’école ne peut pas tout rattraper

« L’EPS est le parent pauvre de l’Éducation nationale — mais c’est la santé physique des enfants qui est en jeu. Et ça, ce n’est pas un sujet secondaire. »
Laurent Bonnin
Secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS

25 % de capacité cardio-pulmonaire en moins chez les jeunes, des écrans qui les collent au canapé, des parents dépassés, des programmes scolaires immobiles… Laurent Bonnin, professeur d’EPS et secrétaire national du SNALC, tire la sonnette d’alarme : la sédentarité des enfants n’est plus un problème de société — c’est une bombe à retardement pour la santé publique. Et l’école, seule, ne peut pas tout rattraper.

Laurent Bonnin, Secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS, est l’invité de Sud Radio le 12 février 2026.

Sud Radio – Christine Bouillot
[…] Est-ce que ce temps d’écran, il ne se fait pas aussi au détriment de l’activité physique ? Allez, on en parle avec vous également. Vous nous appelez si vous avez des enfants, si vous essayez de les faire bouger — je ne sais pas, leur faire faire juste une marche à pied pour se balader ou pour aller dans un établissement scolaire près de chez eux. On en parle avec notre invité, Laurent Bonnin. Bonjour.

SNALC – Laurent Bonnin
Bonjour.

Sud Radio – Christine Bouillot
Professeur agrégé d’EPS, secrétaire national en charge de l’éducation physique et sportive au Syndicat national des lycées et des collèges. Je sais que tous les professeurs d’éducation physique et sportive de France et de Navarre alertent sur la sédentarité des enfants et sur la place du sport à l’école. Vous dites quoi, après ce résultat édifiant ? On vous avait bien prévenu que ça allait arriver. C’est ce que vous dites, tous les profs d’EPS ?

SNALC – Laurent Bonnin
C’est surtout nous qui prévenons le monde que ça allait arriver, parce que ça fait des années au SNALC qu’on le dit. Reprenez nos écrits sur notre site internet, vous allez voir que ça fait 10 ans qu’on tire la sonnette d’alarme sur l’état de la santé physique des jeunes. Effectivement, parce qu’on a de véritables problèmes.
Alors, il y a une conjonction, si vous voulez, d’éléments qui sont délétères et qui, aujourd’hui, se cristallisent, et on en arrive au résultat où on est. Donc, effectivement, vous avez parlé de la mauvaise nourriture, de la junk food, mais il n’y a pas que ça. Il y a aussi les écrans — c’est extrêmement chronophage chez les jeunes aujourd’hui. Et donc, ces écrans les isolent et les amènent à être beaucoup plus sédentaires, parce qu’effectivement, quand on consulte un écran, généralement, on est assis et on ne fait pas grand-chose.
Vous avez aussi l’électrification des outils aujourd’hui de déplacement, comme les trottinettes électriques, les vélos électriques, les patins électriques. Vous avez aussi une culture du moindre effort, qui est active depuis des années et des années.
Vous avez aussi des changements de schéma éducatif. C’est aussi l’antifrustation. Donc, il y a énormément d’éléments qui sont coordonnés et qui font qu’aujourd’hui, les jeunes ne bougent quasiment plus. Et c’est catastrophique, voilà. Et bravo pour la mise en place de ces tests, qui donnent en fait une photo assez déplorable, malheureusement, mais finalement très réelle, de ce qui se passe sur le terrain.

« Il y a une conjonction, si vous voulez, d’éléments qui sont délétères et qui, aujourd’hui, se cristallisent, et on en arrive au résultat où on est. »
Laurent Bonnin
Secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS

Sud Radio – Christine Bouillot
Est-ce que l’école peut tout ? On en parlait tout à l’heure avec Patrick Roger quand on présentait ce sujet. Est-ce que l’école est le seul lieu où on peut remettre les enfants en condition physique ? Quelle est la place du sport à l’école ? La vision qu’on en a, nous, la société ? Est-ce que ça peut être une solution pour pallier ces résultats catastrophiques, qui vont avoir une incidence sur les adultes de demain ?

SNALC – Laurent Bonnin
Évidemment qu’il va y avoir une incidence. Vous vous rendez compte, vous avez rappelé le chiffre : 25 % de capacité en moins au niveau cardio-pulmonaire. Ce sont des périodes critiques. Ça ne sera pas rattrapé dans le cours de la vie. Ça veut dire que, quand vous allez arriver à 40 ans, vous aurez encore ce déficit. Autant vous dire que ce sont des maladies chroniques qui vont débouler beaucoup plus tôt dans la vie des individus. Donc, c’est un vrai problème. Il est grand temps qu’on prenne en charge cette santé physique des jeunes.

Sud Radio – Gilles Ganzmann
Est-ce que, par exemple, vous faites des réunions avec les parents dans les différents établissements pour les sensibiliser, eux ? C’est-à-dire que c’est eux qui disent si l’enfant va à la cantine, va plutôt au fast-food. C’est eux qui donnent le temps devant les jeux vidéo. C’est eux qui donnent accès au portable ou pas. Pourquoi ne pas faire des réunions au sein de l’école, avec demande aux parents de venir et de les sensibiliser, plutôt que les enfants ?

SNALC – Laurent Bonnin
Alors, je peux vous dire que ça, c’est fait. C’est archi fait. Tous les ans, nous avons des réunions parents-professeurs. Les classes sont très souvent regroupées par niveau, et on reçoit les parents par niveau, on reçoit les parents en conseil de classe, en réunion parents-professeurs. Donc, tout ça, c’est dit, c’est débattu, c’est annoncé. Il y a des campagnes de prévention très importantes. Donc, je pense que tout le monde est au courant.

Sud Radio – Gilles Ganzmann
Et les parents vous disent quoi, quand vous leur dites : « Votre fils devrait faire moins de jeux vidéo et plus de sport » ? Ils répondent quoi, ces parents ?

SNALC – Laurent Bonnin
Alors, des fois, on se fait engueuler, parce qu’on nous demande de se mêler de ce qui nous regarde et pas de ce qui ne nous regarde pas. Donc, vous voyez que parfois, ce n’est pas si simple que ça, de donner aussi des conseils. Donc, c’est très difficile d’être intrusif à l’intérieur des familles. D’ailleurs, ce n’est pas notre rôle. Mais effectivement, il faut beaucoup sensibiliser les parents. Et effectivement, les temps d’écran deviennent des temps extrêmement délétères. Très, très, très délétères.

Sud Radio – Christine Bouillot
Laurent Bonnin, on va continuer cette discussion, pardonnez-moi, vous restez avec nous. […]

Sud Radio – Christine Bouillot
Laurent Bonnin, est-ce que c’est uniquement l’infrastructure autour de son lieu d’habitation, la facilité d’avoir accès à des salles de sport, des terrains de sport, des gymnases ? Est-ce que c’est les parents uniquement qui sont, on va dire, le meilleur vecteur pour mettre nos enfants en activité, en mouvement ? Je ne parle même pas de faire du sport, en mouvement.

Alors, je suis tout à fait d’accord avec ce que je viens de dire — cette dame, cette maman d’ailleurs, qui s’est occupée de son enfant. Effectivement, c’est une charge que d’emmener son enfant régulièrement en sortie sportive, de l’inscrire au sport, de l’amener aux entraînements, de le récupérer, d’y aller le dimanche. Voilà, ce n’est pas simple. Donc, les parents — tout à l’heure, vous m’avez posé la question : « Est-ce que l’école peut tout faire ? » Bien sûr que non ! L’école a un rôle à jouer, un rôle d’information, un rôle — bon, plusieurs rôles d’ailleurs, on pourra en parler — mais en tous les cas, sans la famille, on n’aboutira à rien. Et d’ailleurs, les parents, dans les réunions parents-professeurs, nous indiquent aussi parfois qu’ils ont de grandes difficultés à pondérer leurs enfants dans l’utilisation des écrans. Voilà, c’est une guerre à la maison aujourd’hui, c’est une vraie guerre. C’est la guerre des écrans, on va dire.

Sud Radio – Christine Bouillot
C’est la guerre des écrans, et « mets tes baskets », c’est plus difficile. […]

« C’est la guerre des écrans, on va dire. »
Laurent Bonnin
Secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS

Sud Radio – Gilles Ganzmann
Je voulais savoir si, dans votre association, vous avez remarqué une augmentation des exemptions. Est-ce que les parents exemptent le sport en disant que ce n’est pas une matière importante, beaucoup plus…
Sud Radio – Christine Bouillot
Est-ce qu’il y a dispense de sport parce que mon fils n’aime pas ça, par exemple ? Est-ce qu’il y en a plus qu’il y a 10 ans ?

SNALC – Laurent Bonnin
Dans mon association — d’abord, je suis secrétaire national d’un syndicat, ce qui n’est pas une association. Mais concernant l’enseignement, puisque je suis aussi professeur, effectivement, on se rend compte qu’il y a des abus. Effectivement, des dispenses avec des parents qui sont complaisants, et qui effectivement préfèrent que leurs enfants ne pratiquent pas — ou tout au moins acceptent la décision de l’enfant de ne pas pratiquer. Alors, parfois, il y a des raisons qui sont tout à fait bonnes et valables, mais il y a aussi ce que l’on appelle des certificats médicaux de complaisance.

Sud Radio – Christine Bouillot
Notamment les jours de piscine, on le sait aussi, c’est compliqué, ces moments-là, ces jours-là. Mais est-ce que vous diriez — vous diriez, Laurent Bonnin — que c’est parce qu’on n’arrive pas à mettre le sport à sa juste place dans les acquis fondamentaux, au même titre que les maths, le français et les langues vivantes, dans l’éducation, dans l’esprit des Français ?

SNALC – Laurent Bonnin
Alors, c’est vrai que l’éducation physique et sportive a toujours été un petit peu le parent pauvre de l’Éducation nationale, ça, il faut bien le reconnaître. Regardez, par exemple, les classements : on a toujours parlé des classements PISA — donc, résultats en français, en maths, etc. — et là, c’est la première fois pratiquement qu’on parle de forme de classement, ou tout au moins d’évaluation à grande échelle, des capacités motrices de nos enfants. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’au-delà des capacités motrices, il y a aussi la santé mentale qui va avec. Parce qu’il y a une relation directe entre la santé mentale des jeunes et la sédentarité. Donc, si vous voulez, là, on est face à un processus qui est beaucoup plus large, finalement, et on est en train de découvrir le côté immergé de l’iceberg. Mais il y en a dessous.

« L’éducation physique et sportive a toujours été un petit peu le parent pauvre de l’Éducation nationale. »
Laurent Bonnin
Secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS

Sud Radio – Gilles Ganzmann
Quelle est la bonne approche auprès des enfants ? Vous nous parliez de la quasi-addiction aux jeux vidéo, ce qui est, après tout, une forme de satisfaction immédiate, de dopamine un peu facile. Est-ce qu’il faut dire aux enfants, aux adolescents, que le sport, c’est un plaisir, ou est-ce que vous êtes plus sur le registre de « fais un effort » ? Quelle est la bonne approche ?

SNALC – Laurent Bonnin
Non, c’est le plaisir qui est avant tout primordial. Si vous ne faites pas rentrer les enfants par le champ du plaisir — donc, c’est le jeu. Et malheureusement, l’école a trop stigmatisé le jeu et s’en est trop détourné pendant très longtemps, parce que le jeu n’était pas suffisamment sérieux. Mais le jeu est une chose extrêmement sérieuse, et notamment dans ma matière, en éducation physique et sportive. Si on commence par uniquement la contrainte, vous avez des enfants qui sont en résistance. Si on rentre par le jeu, les enfants vont adhérer beaucoup mieux.

Sud Radio – Christine Bouillot
Est-ce que la question des rythmes scolaires — puisqu’on en parle en ce moment — le chef de l’État remet ce sujet-là assez régulièrement — de modifier l’ossature, j’allais dire, du sport à l’école ? Il y a eu quand même des réformes qui ont été menées. Je pense à celle de Jean-Michel Blanquer, qui proposait de faire une heure le matin, c’est ça, en arrivant ? De se mettre en mouvement, même pas de faire du sport, mais de se mettre en mouvement. Est-ce que tout ça, ce sont des petits pas, ou, pour l’instant, il n’y a pas de véritable big bang en termes de place du sport à l’école ?

SNALC – Laurent Bonnin
Alors, il n’y a pas de big bang, il y a des tentatives, effectivement. Ceux dont vous parlez, ce sont les 30 minutes d’activité physique quotidienne, mais qui se déroulent uniquement dans le primaire, et qui sont d’ailleurs indépendantes des heures d’éducation physique. Simplement, dans le primaire, il y a une énorme concurrence : d’abord, il y a un problème de formation des professeurs des écoles, qui ne sont pas du tout des spécialistes de l’activité physique ; et deuxièmement, vous avez aussi un problème de concurrence, parce que ces gens-là doivent traiter toutes les matières. Et donc, effectivement, très souvent — quand je vous disais que l’EPS était le parent pauvre — c’est que très souvent, quand on n’a pas fini le programme de maths ou le programme de français, l’EPS, ça va passer un petit peu à l’as.

Sud Radio – Gilles Ganzmann
Mais oui, c’est normal, parce que c’est coefficient 2 au bac, et les maths peuvent être coefficient 7, le français peut être coefficient 6. Donc, coefficient 2, on va se dire qu’on préfère rater le sport et avoir les maths, qui sont en coefficient. Il faudrait peut-être augmenter le coefficient sport au niveau du bac.

SNALC – Laurent Bonnin
Alors, c’est tout à fait ça, oui. On peut augmenter le coefficient sport, mais c’est surtout — je crois qu’il faut qu’on prenne conscience des enjeux de santé publique qui, aujourd’hui, sont derrière ces phénomènes de sédentarité et de chute des capacités physiques. Je crois que là, il y a un grand sursaut national à faire, et notamment commencer peut-être par envisager la modification des programmes d’éducation physique et sportive, qui sont des programmes qui sont de plus en plus immobilistes. Il faut savoir qu’en EPS, les élèves passent la moitié du temps assis par terre à réfléchir à des projets, à observer ce qui se passe. Ça serait temps, effectivement, avec le peu d’heures qu’on a, que les élèves se mettent vraiment à bouger en EPS, et que les consignes qui tombent du niveau ministériel soient des consignes de mouvement. Voilà.

« Si on commence par uniquement la contrainte, vous avez des enfants qui sont en résistance. Si on rentre par le jeu, les enfants vont adhérer beaucoup mieux. »
Laurent Bonnin
Secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS

Sud Radio – Christine Bouillot
Le sport, c’est vraiment faire monter ce qu’on appelle le cardio, c’est uniquement ça. Je crois qu’un euro investi dans le sport, c’est 12 euros d’économisés pour la société. On est d’accord, Laurent Bonnin, sur ça. On cherche à faire des économies. Là, ça ne coûte pas grand-chose.

SNALC – Laurent Bonnin
Non, ça ne coûte rien. En plus, vous avez le personnel qui est là, qui est formé. Les profs d’éducation physique sont extrêmement bien formés. Il y a des heures pour le faire. Certes, on peut regretter qu’en lycée, il n’y ait que deux heures. En sixième, il y en a quatre. On peut quand même faire des choses. On aimerait bien qu’il y ait une heure de plus en lycée. Mais en tous les cas, si on modifie les programmes, je vous garantis qu’on peut obtenir des résultats au niveau du développement des capacités physiques, bien meilleure que celle qu’on a actuellement.

Sud Radio – Christine Bouillot
Quel est le pays, pour vous, rêvé ? Sur la place du sport, qui fait attention à la santé physique de ses jeunes — c’est les pays nordiques ?

SNALC – Laurent Bonnin
Oui, les pays nordiques ont une bonne cote à ce niveau-là, mais vous savez, l’Espagne aussi est très dynamique. Donc, je pense que ce n’est pas tellement en termes de comparaison qu’on a besoin de rêver, mais c’est plutôt en termes de réorientation et de volonté politique et sanitaire.

Sud Radio – Christine Bouillot
Est-ce que là, le ministre de l’Éducation nationale, après cette étude qui a été publiée — la Fédération française de cardiologie — et ce résultat désastreux, il y a eu des contacts avec vous, les professeurs d’EPS, les syndicats, pour essayer de se dire : « Là, vraiment, il faut qu’on inverse la tendance », comme on est en train de faire sur les écrans, d’ailleurs ?

SNALC – Laurent Bonnin
Alors, non, on n’est pas en train d’inverser la tendance. On vit sur certaines choses qui ont été mises en place, comme les 30 minutes d’activité physique quotidienne en primaire, deux heures de sport supplémentaires en REP/REP+ pour les élèves vraiment en difficulté, mais c’est très marginal. Donc, en fait, on est encore dans une espèce de routine, une espèce de routine qui se poursuit. En revanche, il y a une prise de conscience. Ça, c’est sûr et certain. Édouard Geffray l’a clairement dit : il y a trois grands objectifs actuellement, et la santé mentale et physique des élèves en fait partie, dans l’Éducation nationale. Donc, il y a une prise de conscience. Maintenant, il faut mettre des moyens derrière, et si on n’a pas plus de moyens, il faut transformer les pratiques.

Sud Radio – Gilles Ganzmann
Comment vous expliquez qu’il n’y a pas eu un effet des Jeux Olympiques à Paris ?

SNALC – Laurent Bonnin
Cet effet, c’est toujours une question de moyens, parce que quand on veut que des effets se poursuivent, il faut mettre les moyens pour que ça se poursuive. Ce n’est pas en faisant une semaine olympique dans les établissements scolaires — une semaine par an, où on fait venir un sportif, où les élèves pratiquent, d’ailleurs, pas beaucoup plus — qu’on va changer la donne. Ça, ce sont des effets d’annonce, ce sont des effets de communication. Si vraiment on veut développer une population effectivement active, sportivement active et engagée physiquement, il faut se donner d’autres moyens. Il faut déjà revoir les programmes d’éducation physique, mettre les élèves beaucoup plus en mouvement qu’ils ne le sont actuellement, et puis donner une place prépondérante au jeu, pour que nos élèves adhèrent. Vous vous rendez compte, la concurrence — ce ne sont pas les jeux vidéo et les jeux physiques ? La différence de plaisir qu’éprouvent les élèves dans ce genre de situation ? Alors, si vous rentrez par le biais de l’effort, c’est d’entrer de jeu fichu. D’ailleurs, les élèves aujourd’hui, ce n’est pas compliqué : vous leur demandez de courir un peu plus de trois minutes — « Monsieur, ça fait mal au poumon, je m’arrête. » « Monsieur, j’ai mal aux jambes, je m’arrête. » Donc, voilà, on en est là. C’est-à-dire qu’on ne peut pas supporter la moindre douleur, la moindre difficulté, par rapport à des jeux où, effectivement, on passe son temps assis — et là, effectivement, tout va bien. Et le plaisir est à fond, je dirais.

« Ce n’est pas en faisant une semaine olympique dans les établissements scolaires — une semaine par an — qu’on va changer la donne. Ça, ce sont des effets d’annonce, ce sont des effets de communication. »
Laurent Bonnin
Secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS

Sud Radio – Christine Bouillot
Laurent Bonnin, d’un mot, qu’est-ce que vous diriez à celles et ceux qui nous écoutent, qui ont des ados ou des jeunes à la maison, pour ne serait-ce que commencer à les faire bouger, de marcher ?

SNALC – Laurent Bonnin
Déjà, contrôler les écrans. Il faut qu’il y ait une forme de veille par rapport aux écrans — c’est très difficile, je suis confronté à ça, dans mon entourage, on se rend compte que c’est compliqué de mettre les enfants sur des temps de pratique des écrans. Et puis, effectivement, quand on n’est plus sur l’écran, on bouge, on fait quelque chose. Donc, on n’hésite pas à sortir avec ses enfants : on va en campagne, on va se balader, on va marcher, on va faire des tours de vélo, on les incite à aller en club sportif. Effectivement, on leur dit que l’EPS, c’est important aussi à l’école, et que surtout, la santé physique est très importante, et que la sédentarité — si c’est facile aujourd’hui, ça va devenir très difficile demain — c’est un vrai piège.

Sud Radio – Christine Bouillot
C’est un fléau. Merci beaucoup, Laurent Bonnin, pour cette éclairage, cette mise au point — professeur agrégé d’éducation physique et sportive et secrétaire national en charge de l’éducation physique et sportive au Syndicat national des lycées et des collèges.

« La sédentarité — si c’est facile aujourd’hui, ça va devenir très difficile demain — c’est un vrai piège. »
Laurent Bonnin
Secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS