Ce n’est pas une erreur — c’est un système. Lorsque le ministère de l’Éducation annonce 4 000 suppressions de postes, mais oublie 800 postes “réservés”, ce n’est pas un simple oubli : c’est la preuve que le compte n’est pas bon. Jean-Rémi Girard, président du SNALC, dévoile dans cette interview les coulisses d’un désastre programmé — où les chiffres mentent, les réformes masquent, et les élèves paient.
Jean-Rémi Girard, président du SNALC, est l’invité de SQOOL TV le 29 janvier 2026.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
[…] Combien de postes d’enseignants vont être supprimés à la rentrée prochaine ? Une question qui cristallise les tensions. On en parle avec le président du SNALC, Jean-Rémi Girard. Et je suis ravie d’accueillir Jean-Rémi Girard.[…]
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Je suis ravie d’accueillir Jean-Rémi Girard. Bonjour.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Bonjour.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Merci d’être avec nous. Vous êtes un fidèle de l’émission, enseignant et président du SNALC. On va parler aujourd’hui de la suppression de postes — une énorme confusion. On va replacer le contexte pour tous ceux qui nous suivent aujourd’hui. Donc, lundi, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a présenté un plan de suppression de postes enseignants bien supérieur à ce qui était prévu. Déjà, c’était un tollé total sur les chiffres de départ. Mais là, évidemment, un énorme tollé supplémentaire… pour finalement se raviser hier, si j’ai bien compris. Que s’est-il passé exactement ? Parce que moi, je suis perdu.
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est normal d’être perdu. Alors, moi, j’y étais lundi. Donc, effectivement, c’est plus facile pour moi de comprendre.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Du coup, vous avez vécu le moment du calcul… de se dire : “Premier degré, second degré, ça ne va pas du tout” ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Ça ne va pas, effectivement. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y avait le projet de loi de finances de l’automne dernier — qui est en gros ce qui est en train d’être voté par 49.3 — avec…
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Un peu sabré, quand même.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Voilà, avec 4 000 suppressions de postes d’enseignants. Ça, c’est le chiffre qu’on a toujours eu.
Et on arrive lundi au ministère de l’Éducation nationale pour un comité ministériel — une instance obligatoire où on doit présenter les chiffres de la rentrée. Et là, on découvre dans les documents qu’il y a 4 000 suppressions de postes… mais uniquement dans le public.
Sachant que, dans les chiffres du projet de loi de finances, c’est 4 000 avec l’enseignement privé. Donc, en fait, il y avait plus de 700 postes dans le privé et 3 000 et quelques dans le public.
Et là, on a 4 000… que dans le public. Mais on nous dit qu’il y a toujours des suppressions de postes dans le privé, pour autant. Donc, en fait, on arrivait à 4 700 suppressions de postes en tout.
Et on a passé des heures et des heures — mais vraiment, quand je dis des heures et des heures — à discuter avec le ministère. En leur demandant pourquoi ça ne correspond pas au projet de loi de finances, à ce qui est présenté aux députés… et qui, d’ailleurs, est l’objet du 49.3.
Il faut quand même qu’on soit d’accord : il faut qu’il y ait les mêmes chiffres partout.
Et ils étaient absolument incapables de nous expliquer pourquoi les tableaux qu’ils nous présentaient n’étaient pas ce qu’il y avait dans le projet de loi de finances.
En fait, on a fini par comprendre : c’est que le ministère avait gardé des postes — j’ai envie de dire « sous le coude » — un peu plus de 300 postes dans le primaire, un peu plus de 400 postes dans le secondaire.
Du fait de la réforme du concours et de la formation initiale — comme ils ne sont pas sûrs du rendement, parce que là, on est en phase de transition —, ils se sont dit : « Eh bien, on va garder des postes de côté, parce que si on n’a pas assez de gens qui passent le concours et qui sont en situation d’enseigner immédiatement, il faudra des postes pour compenser. »
Sauf que ces postes, ils avaient oublié de nous les mettre dans le tableau.
Donc, effectivement, les chiffres étaient faux.
Le ministère s’en est finalement rendu compte. Nous, on leur a dit : « On ne veut pas que vous gardiez des postes de côté. On veut que vous les répartissiez immédiatement entre les académies, pour avoir moins de suppressions de postes, moins de mesures de cartes scolaires. »
Parce qu’en fait, là, il y avait plus — finalement — de mesures de cartes scolaires et de suppressions de postes qui allaient avoir lieu dès maintenant. Pour les mutations aussi des enseignants, qui allaient être encore plus difficiles à faire.
Le ministre a fini par trancher… et par nous renvoyer les bons documents. Ça, c’était hier.
Voilà, hier, dans lesquels ils ont non seulement remis ces postes-là — qui existaient, en fait, mais qu’ils avaient juste oublié de nous mettre — et ils les ont répartis immédiatement entre les académies.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Pardon de faire des comptes d’apothicaire, mais moi, j’en étais à 700 — donc tout d’un coup, qui arrivait sur le marché en plus. Là, depuis hier, j’ai près de 800 postes d’enseignants qui seront finalement maintenus. Donc, ça veut dire 100 de moins dans les suppressions.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Alors non, non — en fait, c’est les fameux postes qu’ils avaient oubliés. C’était là… je crois — maintenant, je les connais par cœur, c’est horrible. Mais c’était 338 postes dans le premier degré, 438 postes dans le second degré. Donc, ça fait bien près de 800.
Mais en fait, tout ça, c’est toujours les 4 000 suppressions de postes du départ. Les chiffres du projet de loi de finances, les chiffres qu’ont eus les députés, sont les bons.
En réalité, ce sont les organisations syndicales représentatives — dont le SNALC — à qui on n’a pas fourni les bons chiffres. Et nous avons passé des heures à parler… sur des chiffres qui étaient faux.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Alors, mon esprit un peu torturé s’est dit : « Mais quand même… est-ce que ce n’est pas un coup de com’ ? » C’est-à-dire : grossir les chiffres tout d’un coup pour que tout le monde hurle, pour finalement se féliciter et se dire : « Ce n’est pas si grave, finalement, ça va, ça passe les 4 000. » Parce qu’en fait, le problème de base, on y est toujours : il y a quand même 4 000 suppressions de postes.
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est ça. Alors, on peut toujours l’imaginer. Là, véritablement — vu le niveau d’incompréhension des représentants du ministère qu’on avait en face — je ne crois pas qu’ils étaient en train de faire semblant et de le faire exprès. Ils étaient eux-mêmes en train de discuter les uns les autres, parce qu’eux-mêmes ne comprenaient pas, à un moment, les chiffres qu’ils nous présentaient.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Alors même qu’ils vous les présentaient.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Tout à fait. Mais effectivement, ils n’avaient pas les chiffres du PLF. Ils avaient tellement travaillé dessus qu’ils n’avaient même plus, finalement, les bonnes bases — j’allais dire — qu’ils avaient oublié les chiffres de base. Et ça ne marchait pas.
Donc, moi, je ne vais pas faire de procès d’intention là-dessus. Je ne crois pas. Il y a bien 4 000 suppressions de postes — qui est une catastrophe, une fois encore — parce qu’on a les classes parmi les plus chargées d’Europe, parce qu’on a une crise de recrutement des enseignants, que le métier n’est pas attractif, parce qu’on a les enseignants qui s’estiment les moins valorisés dans la société — de tous les pays de l’OCDE — en France.
Et supprimer des postes, c’est clairement pas ça qui va améliorer les conditions de travail d’un système en crise.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Voilà. Ça peut être ça. Et là-dedans, on ne voit pas — en fait, parce qu’on a du quantitatif, pas ce qui se passe au niveau du qualitatif.
Par exemple : dans ces 4 000 suppressions de postes, on nous a annoncé — Sébastien Lecornu lui-même, le Premier ministre, a annoncé le 16 janvier dernier — qu’il y avait 2 000 emplois supplémentaires pour l’école inclusive. Grosse annonce.
Or, il y en a 1 200 qui étaient déjà prévus à l’automne. Il y en a 500 accompagnants d’élèves en situation de handicap, qui effectivement sont prévus en supplémentaire. Les 300 restants, ce sont 300 professeurs des écoles — essentiellement — qui en fait sont dans ces 4 000 suppressions.
C’est-à-dire qu’on va prendre 300 professeurs qui existent déjà… on va les mettre pour l’école inclusive, dans ce qu’on appelle des ULIS… mais du coup, on les prend de quelque part où ils exercent.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
D’accord. Donc, c’est une répartition différente — ce n’est pas un ajout.
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est ça. Non, ces 300-là, c’est juste une répartition différente.
Pareil : l’école inclusive, ce n’est même plus une expérimentation — c’est une généralisation.
Les pôles d’appui à la scolarité — les PAS —, c’est ce qui va gérer désormais les accompagnants d’élèves en situation de handicap. C’est le dispositif qui va gérer ça.
À la rentrée 2026, on nous a annoncé qu’il y en avait 1 000 qui se mettaient en place. Sachant qu’un PAS, c’est un enseignant qui ne s’occupe que du PAS — un coordonnateur qui est sur le PAS.
Mais ces 1 000-là… on n’a pas créé 1 000 emplois d’enseignants à mettre sur les PAS. On va juste prendre 1 000 enseignants qui sont dans des classes… et on va les mettre sur les PAS. Et ils ne seront plus dans des classes.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Mais enfin… c’est-à-dire : qu’on va les prendre — ça veut dire quoi ? Avec leur accord ? Avec quoi ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Alors, généralement, oui — de toute façon, avec leur accord. On ne peut pas forcer quelqu’un à coordonner un PAS.
Mais ça va être notamment des professeurs de l’enseignement spécialisé, des enseignants spécialisés — qui éventuellement exerçaient dans des structures spécialisées, qui exerçaient justement devant des élèves en situation de handicap — et qui maintenant vont faire de la coordination du PAS.
Et on ne sait pas très bien ce qui va se passer… si j’ai envie de dire… à la place.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Vous parlez d’inclusion… il y a eu quand même le statut des AESH qui a été rejeté — leur statut, rejeté récemment au Sénat. Donc, est-ce qu’il y a réellement une vraie volonté d’inclusion ? Ou encore une fois, cette nouvelle répartition n’est qu’une question de case ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est énormément une question de case. Là, on est en train vraiment de créer des dispositifs de l’école inclusive — qui sont censés avoir des moyens supplémentaires… mais qui ne sont pas supplémentaires. Ils sont pris sur d’autres, en réalité.
Le SNALC fait partie d’une large intersyndicale pour la création d’un statut de fonctionnaire pour les AESH. Nous avons été reçus avant-hier par le cabinet du ministre. Nous allons commencer à travailler sur à quoi pourrait ressembler un statut pour les AESH.
Ça ne veut pas dire qu’il va se faire pour l’instant — puisque, de toute façon, ça dépend de la représentation nationale, qui, pour l’instant, l’a rejetée… mais ça va revenir. Un jour, ça va arriver.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Voilà. Ça peut être ça. Et là-dedans, on ne voit pas — en fait, parce qu’on a du quantitatif, pas ce qui se passe au niveau du qualitatif.
Par exemple : dans ces 4 000 suppressions de postes, on nous a annoncé — Sébastien Lecornu lui-même, le Premier ministre, a annoncé le 16 janvier dernier — qu’il y avait 2 000 emplois supplémentaires pour l’école inclusive. Grosse annonce.
Or, il y en a 1 200 qui étaient déjà prévus à l’automne. Il y en a 500 accompagnants d’élèves en situation de handicap, qui effectivement sont prévus en supplémentaire. Les 300 restants, ce sont 300 professeurs des écoles — essentiellement — qui en fait sont dans ces 4 000 suppressions.
C’est-à-dire qu’on va prendre 300 professeurs qui existent déjà… on va les mettre pour l’école inclusive, dans ce qu’on appelle des ULIS… mais du coup, on les prend de quelque part où ils exercent.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
D’accord. Donc, c’est une répartition différente — ce n’est pas un ajout.
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est ça. Non, ces 300-là, c’est juste une répartition différente.
Pareil : l’école inclusive, ce n’est même plus une expérimentation — c’est une généralisation.
Les pôles d’appui à la scolarité — les PAS —, c’est ce qui va gérer désormais les accompagnants d’élèves en situation de handicap. C’est le dispositif qui va gérer ça.
À la rentrée 2026, on nous a annoncé qu’il y en avait 1 000 qui se mettaient en place. Sachant qu’un PAS, c’est un enseignant qui ne s’occupe que du PAS — un coordonnateur qui est sur le PAS.
Mais ces 1 000-là… on n’a pas créé 1 000 emplois d’enseignants à mettre sur les PAS. On va juste prendre 1 000 enseignants qui sont dans des classes… et on va les mettre sur les PAS. Et ils ne seront plus dans des classes.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Mais enfin… c’est-à-dire : qu’on va les prendre — ça veut dire quoi ? Avec leur accord ? Avec quoi ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Alors, généralement, oui — de toute façon, avec leur accord. On ne peut pas forcer quelqu’un à coordonner un PAS.
Mais ça va être notamment des professeurs de l’enseignement spécialisé, des enseignants spécialisés — qui éventuellement exerçaient dans des structures spécialisées, qui exerçaient justement devant des élèves en situation de handicap — et qui maintenant vont faire de la coordination du PAS.
Et on ne sait pas très bien ce qui va se passer… si j’ai envie de dire… à la place.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Vous parlez d’inclusion… il y a eu quand même le statut des AESH qui a été rejeté — leur statut, rejeté récemment au Sénat. Donc, est-ce qu’il y a réellement une vraie volonté d’inclusion ? Ou encore une fois, cette nouvelle répartition n’est qu’une question de case ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est énormément une question de case. Là, on est en train vraiment de créer des dispositifs de l’école inclusive — qui sont censés avoir des moyens supplémentaires… mais qui ne sont pas supplémentaires. Ils sont pris sur d’autres, en réalité.
Le SNALC fait partie d’une large intersyndicale pour la création d’un statut de fonctionnaire pour les AESH. Nous avons été reçus avant-hier par le cabinet du ministre. Nous allons commencer à travailler sur à quoi pourrait ressembler un statut pour les AESH.
Ça ne veut pas dire qu’il va se faire pour l’instant — puisque, de toute façon, ça dépend de la représentation nationale, qui, pour l’instant, l’a rejetée… mais ça va revenir. Un jour, ça va arriver.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
À priori, bientôt — parce qu’entre les municipales et la présidentielle, il va se passer quand même des mouvements.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Pour nous, c’est le sens de l’histoire. On a près de 150 000 personnes maintenant — qui sont des personnes, j’allais dire — dont on a besoin pour le fonctionnement normal du système éducatif.
On ne peut pas continuer à avoir 150 000 contractuels… dont la plupart sont payés en dessous du seuil de pauvreté. Il faut créer un corps de fonctionnaires.
Mais on va commencer enfin à travailler dessus avec le ministère — pour réfléchir à tout ce que peut être un concours, une validation de l’expérience.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Jean-Rémi Girard, ça fait trois ans et demi que l’émission Le Grand JT existe. On en a parlé beaucoup du statut des AESH ici — notamment ensemble. Vous avez vous-même porté cette voix-là auprès des ministères.
Est-ce que c’est la première fois que vous êtes entendu sur ce sujet ? Pourquoi ça avance ? Ma question : pourquoi ça avance maintenant — et pas avant ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est effectivement la première fois qu’on a une ouverture. Mais on voit aussi que des députés, des sénateurs… qui commencent à saisir de plus en plus la chose.
J’ai envie de dire que c’est quand même grâce au travail qu’on a fait aussi pour porter ce sujet — y compris médiatiquement — et je ne veux pas dire… au lobbying qu’on a fait auprès de la représentation nationale.
Pourquoi ça avance ? Parce que là, je crois, on est en train de se rendre compte que les AESH sont des personnels qui sont de plus en plus en grande souffrance.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Non, je le sais déjà — c’est dramatique depuis des années.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui, mais alors là, ça se sait de manière beaucoup plus large. Bien sûr, c’est dramatique depuis longtemps. Nous, on est les premiers à le savoir. Il a fallu en convaincre tout le monde — j’ai envie de dire.
Là, voilà : on commence à avoir un consensus sur le fait que ça ne va pas. Que ce métier — qui est un métier essentiel, et exercé dans des conditions déplorables, pour un salaire de misère — eh bien, je crois que là, la société, il faut qu’elle fasse de plus en plus entendre sa voix là-dessus.
On a une pétition intersyndicale qui a dépassé les 100 000 signatures. C’est gigantesque — pour une pétition syndicale de l’Éducation nationale. Voilà, je crois que c’est un sujet de société.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Je pense que si les Français avaient tous accès à cette pétition, évidemment, les chiffres auraient explosé.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Ils peuvent continuer de la signer. Ils vont sur notre site — ou sur le site des syndicats — ils peuvent la signer encore.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Par rapport aux professeurs qui vont continuer d’exercer — n’est-ce pas ? — qui ne seront pas amenés vers la retraite doucement, et donc non remplacés… est-ce qu’ils risquent des heures supplémentaires imposées ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Alors, il n’y aura pas plus d’heures supplémentaires cette année que l’année dernière — parce que, nous, dans les chiffres qu’on a, on a également le volet de ce qu’on appelle les HSA : les heures supplémentaires à l’année.
Et effectivement, on a un montant total d’HSA qui est stable.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Sauf que… Combien de pourcents, d’après ? Enfin, je ne sais pas… en termes d’heures.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Je ne sais plus à combien de pourcents on est dans le second degré en HSA — mais on a eu des périodes d’augmentation nette.
Alors, comme il y a 4 000 postes en moins, et que le nombre d’HSA ne change pas… en vrai, il y a un petit peu plus d’HSA par personne — puisqu’il y a moins de gens. Ça, c’est assez mathématique.
Mais le volume d’HSA, pour le coup, n’augmente pas.
En revanche, la répartition change un peu : il y en aura un peu plus, par exemple, à Versailles et à Créteil… un peu moins dans d’autres académies. Parce qu’à Versailles et à Créteil, on a du mal à trouver des enseignants — donc on essaye de faire faire plus d’heures à ceux qu’on a déjà.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
On a du mal à trouver les enseignants… et il y a plus d’enfants.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Et en plus, il y a plus d’enfants à Versailles et à Créteil.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Effectivement, on parle de niveau scolaire — parce que tout ça joue évidemment sur l’apprentissage de nos enfants, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes… peu importe. En tout cas, ce sont les élèves qui en pâtissent.
D’après les classements PISA 2025 de l’OCDE, la France est 23ᵉ sur 85. Est-ce que l’effondrement du niveau scolaire — dont on parle tant — est vraiment un effondrement de niveau ? Mais en tout cas, le niveau scolaire… est-ce qu’il risque de s’amplifier avec ce type de situation ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Ça va pas s’améliorer. C’est-à-dire qu’il y a sans aucun doute d’autres pays — et on le sait d’ailleurs — qu’il y a d’autres pays qui investissent nettement plus sur leur système éducatif que la France n’est en train de le faire sur le sien, à l’heure actuelle.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Alors que l’éducation est censée être une priorité du gouvernement.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Mais alors… la notion de “l’école, c’est une priorité”, “l’éducation, c’est une priorité” — moi, depuis que je suis représentant syndical, et même probablement depuis que je suis professeur… je pense que je l’entends tous les ans, depuis que j’exerce. Ça n’a jamais été une priorité.
À un moment, il faut arrêter de dire… il faut arrêter que les gens — j’ai envie de dire — qu’on arrête de nous prendre pour des idiots.
On le voit bien que ce n’est pas une priorité. Donc, arrêtez de nous dire que c’est une priorité. Dites-nous : “On a besoin de faire des économies — on en fait une partie chez vous.” Ce sera plus honnête.
Voilà. On préférerait au moins être traité avec honnêteté — sinon, être bien traité.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Arnaud Gallet et la députée Francesca Pasquini proposent une délégation aux droits de l’enfant dans chaque mairie à l’issue des municipales. C’est un enjeu des élections municipales — pour justement faire prévaloir les droits de l’enfant, et notamment, effectivement, en termes de scolarité et d’apprentissage.
Est-ce que vous êtes pour ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Alors, nous, on est pour qu’il se passe quelque chose. Nous, on est pour — en revanche — éviter le millefeuille.
C’est-à-dire : il y a déjà un défenseur des droits, il y a quelqu’un qui est en charge de l’enfance… mais pas au ministère de l’Éducation nationale.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Ce serait une verticalité.
SNALC – Jean-Rémi Girard
Le ministre a peut-être parlé d’un défenseur des droits de l’enfant au sein du ministère de l’Éducation nationale — pourquoi pas ?
Là, c’est l’idée de le faire au niveau des communes. À un moment, il ne faut pas non plus qu’on ait 40 défenseurs des droits de l’enfant partout. Il faut que… Parce qu’ensuite, les gens ne vont pas savoir auquel s’adresser non plus.
Donc, nous, on est tout à fait…
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Au sein de chaque mairie, c’est assez simple.
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est pour ça. Nous, on est tout à fait preneurs — pour que tout le monde se parle — et qu’à l’arrivée, on dise que le bon niveau pour avoir ces personnes, c’est celui-là.
Nous, on pense qu’il y a un niveau qu’il faut — parce qu’on pense qu’effectivement, il doit y avoir la transparence complète. Et que quand il y a des choses graves qui se passent, il faut que la vérité puisse sortir — il faut que la parole se libère.
C’est absolument essentiel — pour ensuite aussi éviter le soupçon sur tout le monde. D’ailleurs, parce que ça peut être des choses sur lesquelles nous, on peut souffrir — parce que finalement, il n’y a quasiment pas d’enseignants qui sont condamnés.
Pour ça, les derniers cas qu’il y a eu, c’était pour des animateurs du périscolaire.
Mais nous, on veut qu’on soit à zéro — c’est-à-dire que dès qu’un enseignant s’est reconnu qu’il n’est plus devant élève, il est viré de l’Éducation nationale — et c’est terminé.
Il faut que ce soit très clair — pour que justement, les parents n’aient pas de doute là-dessus.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
C’est-à-dire que la suspension est immédiate en cas de suspicion ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui. Alors, de toute façon, là — généralement — ils utilisent la suspension au ministère. On ne laisse pas quelqu’un qui est suspecté de ce genre de choses devant des élèves.
Il faut voir aussi que les personnels d’Éducation nationale — notamment les enseignants —, c’est les premiers à faire ce qu’on appelle des informations préoccupantes. C’est-à-dire qu’on est aussi partie prenante dans la manifestation de la vérité.
Parce qu’effectivement, des enfants qui sont agressés — que ce soit sexuellement, qu’ils soient harcelés, etc. —, c’est des choses où nous, on peut voir les signes… et on les fait remonter.
On est d’ailleurs tenu par notre statut de fonctionnaire — on est obligé de le faire. Et c’est important, nous-mêmes, que tout ça soit bien pris en compte.
Parfois, c’est compliqué — quand on est enseignant — de faire cette démarche. Parce qu’on a peur que ça puisse se retourner contre nous. Parce que parfois, on a une suspicion… mais on n’a pas forcément de preuves.
Il faut qu’on soit nous-mêmes, d’ailleurs, protégés — quand on fait ce travail-là.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Et formés ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Alors oui, ça, il faut qu’on soit formés — ça, on est bien d’accord.
Mais alors, la formation dans l’Éducation nationale… ce n’est pas avec les chiffres du budget qu’on a qu’on va l’améliorer.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Justement, la réforme de la formation initiale — ça, ça fait partie aussi de vos prérogatives la semaine, non ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui, j’y étais ce matin.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Un petit mot ?
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est compliqué. Le mot, c’est que c’est compliqué — puisque là, on est dans une période de transition entre l’ancien système à bac +5 et le nouveau système avec bac +3.
Donc, on ne sait pas combien on va avoir d’enseignants — et de quel statut ils vont être, là, après les concours. Parce que des bac +5 peuvent passer le concours à bac +3… et eux, ils enseigneront. Mais ceux avec bac +3 n’enseigneront pas tout de suite à la rentrée prochaine — ils seront formés.
Donc, c’est un grand flou. Il y a encore énormément de questions qui se posent.
C’est à la fois une réforme qu’on travaille depuis très, très longtemps… mais en fait, on a eu des périodes — des périodes d’absence de dialogue gigantesque. Et là, d’un seul coup, il faut que ça aille très vite, très vite, très vite.
Ça dépend aussi de ce qui se passe à l’Assemblée nationale — parce que, de toute façon, ces concours et cette réforme sont suspendus à la validation — j’ai envie de dire — du budget. Si le budget n’est pas validé, il n’y aura pas de concours à bac +3.
Ce n’est pas l’hypothèse la plus probable — on l’a vu politiquement — mais ça peut arriver.
En tous les cas, ce n’est pas ça qui va changer la question de l’attractivité. On peut avoir une légère embellie — parce qu’on aura tout simplement, mathématiquement, plus de personnes qui peuvent présenter le concours — mais en réalité, ça ne va pas changer les conditions d’exercice du métier.
Nous, au SNALC, on dit que c’est la rémunération, les conditions d’exercice du métier, qui sont prioritaires — pour arriver, sur le long terme, en vérité, à améliorer. Ça passerait par une baisse de la taille des classes… et pour ça, il faut arrêter de supprimer 4 000 postes.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Voilà. On est dans le fameux cercle vicieux.
Jean-Rémi Girard, merci beaucoup. Et vous êtes venu sur le plateau du Grand JT — enseignant et aussi président du SNALC, le Syndicat National des Lycées, Collèges, Écoles et Supérieures.
C’est le A qui me manque.
SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est le A de national.
SQOOLTV – Virginie Guilhaume
Merci à vous, Jean-Rémi Girard.





