Le déclin de la lecture n’est pas une découverte et les professeurs sont déjà profondément investis dans sa promotion : 89 % déclarent conseiller activement leurs élèves et 75 % connaître leurs goûts et en tenir compte. Cependant, ils pointent deux obstacles majeurs : la concurrence des réseaux sociaux (82 %) et les difficultés des élèves à entrer dans la lecture (58 %).
Le rapport de l’IGESR leur donne peu de pistes concrètes ; ils ne l’avaient pas attendu en effet pour proposer des lectures variées, recourir à d’autres media ou travailler avec le professeur documentaliste. En revanche, les injonctions contradictoires formulées risquent d’alimenter leur sentiment d’impuissance voire de culpabilité. Ainsi, les programmes prescrivent légitimement des lectures obligatoires, mais la lecture ne doit pas être vécue comme une contrainte. Il faudrait valoriser les lectures plébiscitées par les garçons (BD, mangas), mais leur proposer rapidement des lectures plus complexes (roman). Valoriser des héros auxquels les garçons puissent s’identifier tout en renforçant la représentation des héroïnes et des autrices. Bref, encourager l’identification des garçons aux personnages féminins … transformer la société en somme et en toute simplicité. Mais en attendant, il faudrait éviter de fonder l’étude des textes sur les émotions et les pratiques identifiées comme féminines (carnet de lecture proche du scrapbooking par exemple). Le tout en 4h30 par semaine s’il vous plaît (formule all inclusive lecture, écriture, oral, orthographe et grammaire). De cet horaire étique en baisse depuis des décennies, il n’est curieusement pas question ni de mettre le paquet sur les méthodes et le temps consacré à la lecture au primaire.
Pour achever les professeurs, on ne manquera pas de dégainer le mot magique en proposant d’ « encourager et développer la formation des enseignants (…) visant la réflexivité sur les postures et les choix opérés (…) en matière de stéréotypes de genre ». Des acteurs de divers univers (sportif, artistique, réseaux sociaux) devraient venir à la rescousse en battant en brèche la connotation féminine de l’activité. Le SNALC attend avec impatience le spot ad hoc : les Bleus plongés dans « La Princesse de Clèves » entre deux entraînements ? Mais le taux de féminisation de 78 % des professeurs de lettres et 86 % des professeurs documentalistes risque de brouiller légèrement le message… Le rapport souligne en effet que les garçons s’orientent plus volontiers vers les filières scientifiques jugées plus porteuse dans une société où « la perte du capital symbolique et social des lettres (…) a entraîné un déclassement des compétences littéraires ». Or, si des efforts existent pour attirer les filles dans les filières scientifiques, l’inverse n’est pas (encore) vrai. Pour favoriser cet objectif, peut-être serait-il pertinent de développer des voies d’excellence littéraire dans l’enseignement supérieur ? Il faut en effet bien reconnaître que leur principal débouché – le professorat – ne se distingue pas par son attractivité.
On en revient au mantra du SNALC : redonner au métier de professeur le prestige perdu, voilà de quoi attirer d’excellents profils littéraires tout en favorisant la mixité et le développement des belles lettres !
- https://www.education.gouv.fr/restitution-des-etats-generaux-de-la-lecture-pour-la-jeunesse-remettre-la-lecture-au-coeur-du-451951
- https://www.education.gouv.fr/pratiques-de-lecture-au-college-et-au-lycee-88-des-eleves-de-sixieme-declarent-lire-quotidiennement-451828
- https://www.education.gouv.fr/pratiques-de-lecture-et-maitrise-de-la-litteratie-451821





