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Programmes des lycées: La crise d’identité

© iStock_fatido
Dans le cadre des réformes des LGT et des LP de nouveaux programmes d’EPS, finalisés pour les LGT, et en fin de rédaction pour le LP, voient le jour. Ils vont malheureusement marquer l’histoire de notre discipline et la profession.
Construits sur une logique identique, ces programmes sont complètement paradoxaux.
D’une part, ils se caractérisent par un retour considérable en arrière. Ces programmes n’en sont plus. Ils renouent avec la logique des instructions officielles. En définissant de grandes orientations tellement générales et transversales, ils se vident de leur propre substance.
D’autre part ces programmes sont une fuite en avant dans la vassalisation et la contribution de l’EPS à des objectifs scolaires d’un autre ordre. Notre discipline perd de plus en plus sa spécificité et son identité propre. Ce processus qui ne fait que s’amplifier depuis 10 ans arrive maintenant à son apogée.

La liste nationale d’APSA disparaît laissant craindre, sous couvert d’adaptation, une autonomisation progressive des établissements, une disparité des certifications et une augmentation des inégalités entre les territoires.
La classification des supports d’enseignement reconduite, maintenant commune du primaire aux lycées, est une imposture théorique et épistémologique tant dans sa structure que dans sa fonction. Cette dernière repose sur le postulat de transferts possibles entre les APSA de 5 champs d’apprentissage permettant de construire les Attendus de Fin de Lycée. Non seulement cette hypothèse n’a jamais été démontrée, mais dans la pratique nous savons très bien combien ces possibilités de transfert sont limitées sinon impossibles.
Dans les programmes des LP, le mot “corps” n’apparaît plus.
Les objectifs méthodologiques et attitudinaux dominent le discours et structurent le fondement des programmes.
Le “savoir s’entrainer” devient un objectif central en décalage avec les capacités et les intérêts des élèves ainsi qu’avec les conditions horaires d’enseignement.
Le corps n’est plus l’objet à éduquer. En EPS le corps devient le support et le moyen d’apprentissages d’une toute autre nature. Pour bien comprendre cette dérive notons que le second objectif général des programmes stipule que l’élève dorénavant “construit des compétences nécessaires à l’analyse des données… ”. Devons nous à ce point former en EPS des statisticiens ?
Il s’enracine en EPS une formation méthodologique plus utile au monde du travail soumis au principe de flexibilité et aux techniques d’auto-co-management et de self-training.

Ces programmes entrent en rupture avec la spécificité de notre discipline, avec les attentes des élèves et celles des professeurs, avec les besoins vitaux de notre société. Gardons toujours à l’esprit que 50% des élèves n’ont plus que l’EPS comme lieu d’exercice de leur motricité et que la jeunesse a perdu en quelques décennies 25% de ses capacités physiques.
Vides de contenus précis ces programmes demandent une nouvelle fois aux équipes de faire tout le travail d’analyse didactique dans des domaines qui dépassent bien largement maintenant le cadre des APSA.
Il ne faudra guère s’étonner du peu d’envie qu’ils vont générer, ainsi que des mises en oeuvre disparates, artificielles ou dissidentes.
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