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L’enseignement sous tutelle ? Une leçon à tirer de l’histoire de l’EPS

© freepik.com_pe_jo_9332

Comme chaque enseignant d’EPS le sait depuis le jour de son concours, de 1945 à environ 1960, l’éducation physique (EP) a été subordonnée à une conception biomédicale de la santé, dominée par l’hygiénisme et la lutte contre la maladie.

Les médecins contrôlent alors l’organisation des groupes physiologiques, prescrivent les gymnastiques correctives et définissent largement ce que doit être un corps « normal » et en bonne santé.​ Les historiens de l’EPS ont montré comment cette période a correspondu à un véritable « pouvoir médical » sur l’EP qui pesait sur les finalités sanitaires et définissait les pratiques légitimes. L’EP devient alors un outil hétéronome au service d’une santé pensée de l’extérieur.

Or, un risque de dérive similaire menace aujourd’hui non pas simplement l’EPS, mais l’ensemble des disciplines : la multiplication des dispositifs (PAP, PAI, PPS, PAS…) tend en effet à placer à nouveau l’École sous une forme de tutelle d’experts externes (médicaux, paramédicaux, psycho-éducatifs), qui prescrivent des aménagements parfois inconciliables avec les conditions réelles de la classe. Comme à l’époque du pouvoir médical sur l’EP, il existe un danger potentiel de réduction de l’acte d’enseigner à l’application de protocoles sanitaires ou thérapeutiques. Le retour à un recrutement à bac +3, avec des enseignants moins bien formés disciplinairement, risque de contribuer à amplifier cette tendance en réduisant les résistances.

Sans s’opposer, dans une mesure raisonnable, à la prise en compte de certaines pathologies, le SNALC rappelle que l’École doit rester d’abord une institution d’enseignement, fondée sur des objectifs disciplinaires clairs, des moyens adaptés et la liberté pédagogique de l’enseignant. L’histoire de l’EP nous montre qu’une discipline perd sa cohérence lorsque sa finalité est dictée de l’extérieur, fût-ce au nom des meilleures intentions. Cette leçon nous alerte sur les limites d’une École structurée avant tout par des dispositifs individuels et des « expertises » externes, plus que par le projet éducatif commun.


Article paru dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1510 du 13 février 2026