L’édito du président

Jean-Rémi GIRARD
Edito de la revue Quinzaine universitaire n°1511 du 13 mars 2026
Le SNALC a depuis longtemps été lanceur d’alerte sur la question de l’attractivité de nos métiers. Au début regardée par les uns et les autres avec une certaine condescendance mâtinée de « plus beau métier du monde » et de « toujours en vacances », notre organisation est désormais prise au sérieux. Le travail de fond que nous menons a eu des répercussions réelles dans l’opinion publique et les médias, notamment.
Pour autant, tout ou presque reste à faire. Car cette question d’attractivité des métiers est bien vite reléguée au second plan dès qu’il s’agit de nous assigner une mission supplémentaire, de lancer un grand débat de société sur l’École ou de changer pour la 47e fois nos programmes, là où des ajustements auraient très certainement suffi.
À tout cela s’ajoute un discours de plus en plus répandu : celui de la concession-oubli. « Oui, les professeurs sont mal payés, mais n’y a-t-il pas aussi… » : et voilà comment mettre la question de la rémunération sous le tapis, pour parler de tout autre sujet, souvent important, mais toujours incomplet. Il y a dans ce procédé une forme d’impuissance blasée qui s’exprime. On reconnaît que ça ne va pas, mais bon, qu’est-ce qu’on peut bien y faire ?
Le SNALC l’affirme clairement : être mal payé, ce n’est pas une fatalité. C’est la conséquence de choix politiques et de choix de société faits sur le long terme. Quand l’École va mal, on ne peut continuer à la gérer comme si elle allait bien. Quand on est en période de crise, il faut une gestion de crise, et non une énième réforme de la voie pro, une « Révolution copernicienne » des épreuves anticipées de français (formule de l’inspection générale) ou une nouvelle et coûteuse réforme des rythmes scolaires. C’est pourquoi, au SNALC, la revendication salariale est toujours la revendication prioritaire. Elle n’épuise pas la question de l’attractivité, mais si elle n’est pas prise en compte, la situation continuera de se dégrader.
Le SNALC revendique ainsi un rattrapage salarial qui nous est dû. Bien entendu, le point d’indice doit à nouveau être indexé sur l’inflation, mais cette mesure seule serait insuffisante pour combler le gouffre qui s’est ouvert entre les personnels de l’Éducation nationale et du supérieur et les autres fonctionnaires. Il faut revoir les grilles, mais aussi augmenter le régime indemnitaire fixe pour tous les collègues. C’est ce que la plupart des autres ministères ont fait pendant le gel quasi continu de la valeur du point d’indice, sans se préoccuper de savoir si c’était conforme à telle ou telle doctrine. Côté Éducation nationale, nous n’avons eu que le fameux PPCR, très inéquitable, et quelques mesures centrées essentiellement sur les débuts de carrière. Sans compter la pseudo-carrière des AESH, écrasée par l’inflation, l’absence de carrière des AED, ou les mesures certes réelles prises pour les personnels administratifs, mais qui ne touchent pas tout le monde. Les personnels de santé et sociaux, eux, ont eu droit à de jolies « assises de la santé » qui ont brassé de l’air.
Aujourd’hui, la situation budgétaire de la France — dont les personnels ne sont pas responsables — n’est pas une excuse. Tous les indicateurs sont au rouge, que ce soit la mesure du bien-être, les remontées des fiches santé-sécurité-conditions de travail, la hausse des départs volontaires, la crise des recrutements. Nous ne pouvons ni nous éparpiller, ni nous diviser, ni accepter que la seule façon pour un collègue d’avoir une rémunération qui suive l’inflation soit… d’être à la retraite. Le SNALC continuera de porter la revendication salariale, car il est du devoir d’un syndicat représentatif de veiller aux conditions matérielles des personnels. Il ne se laissera jamais endormir par les beaux discours ou prendre au piège des diversions. Le rattrapage salarial est votre priorité : c’est donc aussi la nôtre.





