L’édito du président

Jean-Rémi GIRARD
Edito de la revue Quinzaine universitaire n°1510 – école du 13 février 2026
À l’heure où j’écris ce texte, le pronostic vital de notre collègue d’arts plastiques de Sanary-sur-Mer est toujours engagé. Le SNALC lui apporte tout son soutien ainsi qu’à sa famille, à ses proches et à l’ensemble des personnels de son établissement.
Pour le SNALC, il n’est pas question d’apporter des réponses simplistes, comme le font beaucoup de nos politiques qui dégainent leurs portiques de détection de métaux tel un réflexe pavlovien, même quand l’attaque n’a pas eu lieu dans l’établissement. Il s’agit pour nous de compatir avec les victimes, qui n’avaient jamais pensé pouvoir être tuées dans l’exercice de leur métier. Il s’agit de porter la parole d’une Éducation nationale qui souffre à en saigner, où la violence peut arriver n’importe où.
Cette violence, l’école primaire la prend de plein fouet. Les PE sont en bout de chaîne, à la fois les plus exposés et les moins reconnus dans leur professionnalité. Présentée comme devant être un « sanctuaire », l’école est en réalité le réceptacle de tout ce qui va mal dans la société : la santé mentale de nos enfants, les contenus non modérés directement envoyés du téléphone aux cerveaux de nos élèves, les troubles non détectés ou non accompagnés correctement, mais avec lesquels nous devons composer, sans aucune reconnaissance. Une Éducation nationale gérée à courte vue, avec le budget comme seule boussole. Notre système éducatif, c’est celui des classes surchargées, de l’école inclusive au rabais, du « pas de vague » qui continue, des suppressions de postes, de la réformite perpétuelle, du déclassement salarial. Agressé désormais autant par les adultes que par les élèves, le professeur des écoles est très seul, sans vie scolaire, sans personnels sociaux ou de santé à proximité. Si quelque chose se passe mal, c’est toujours sa faute.
Le SNALC n’a jamais cessé de jouer son rôle de lanceur d’alerte, avant même que le mot n’existe. Nous nous entendions répondre que le niveau montait, que ça n’allait pas si mal et, encore aujourd’hui, que décidément, il y a trop de vacances scolaires. Alors que nous sommes à l’os et que nous en saignons, le président de la République n’en finit plus de s’écouter parler des vacances d’été, et chacun y va de son « éducation à » qu’il faudrait absolument ajouter, alors même que nous ne sommes pas mis dans des conditions permettant d’accompagner correctement nos élèves. Et que nous sommes lâchés comme des chaussettes sales au premier risque de mauvaise publicité, comme l’a été la directrice Caroline Grandjean-Paccoud. Le ministère vient enfin de reconnaître qu’il avait une part de responsabilité. La belle affaire : cela ne ressuscitera pas notre collègue.
Le SNALC ne se taira jamais. Nous nous battons pour nos rémunérations, pour notre protection, pour des conditions de travail correctes, contre notre infantilisation. Que ce soit collectivement, médiatiquement, ou individuellement et au quotidien, nous sommes là. Beaucoup de collègues peuvent en témoigner : nous les avons sortis de situations odieuses, nous les avons protégés, nous leur avons rendu leur dignité. Et nous continuerons à nous battre pour que vous bénéficiiez d’un meilleur traitement.





