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Convergence idéologique ou récupération électoraliste ?

Nous avons des points d’accord avec d’autres organisations syndicales, qui légitiment des actions communes comme le mouvement de grève unitaire du 12 novembre prochain. Nous avons aussi des désaccords, qui eux légitiment nos différences. L’intellectualisation de notre discipline est de ceux-là !

Suite à l’audience du SNEP au CSP, nous avons pu lire dans son compte rendu une inquiétude étonnante concernant les futurs programmes du lycée. Il s’alarme au sujet de la proposition visant à « savoir se préparer s’entrainer seul et à plusieurs » qui « va probablement réorienter l’objectif de chaque champ (d’apprentissage) en ’’intellectualisant’’ les cours… ». Effectivement !

Le SNALC-EPS qui critique depuis longtemps l’intellectualisation de la discipline, se félicite de voir ses réflexions diffuser pour être reprises maintenant par le SNEP.
Clairement affichée, la première revendication du SNALC-EPS dans le domaine pédagogique, concerne l’éducation DU physique. Nous souhaitons voir redonner une priorité au mouvement, à la motricité, aux apprentissages moteurs, parce qu’ils sont à la fois au cœur de notre métier et de vrais enjeux de santé publique. L’EPS est devenue aujourd’hui le seul lieu de pratique d’une activité physique pour 1 jeune sur 2.
C’est pourquoi nous défendons l’idée d’une maximalisation des temps d’action des élèves en EPS, à travers notamment des activités ludiques, issues des APSA, garantes d’engagement, de persévérance, de transformations, de plaisir et de bien-être.
Nous pensons donc qu’il faut limiter les formes d’activité qui engendrent de l’immobilisme, comme les trop nombreuses procédures intellectualistes d’enseignement en EPS. Elles ont non seulement pour conséquence de creuser des écarts entre les élèves ou les filières, mais aussi de limiter le développement d’un potentiel physique que les élèves et la société sont en droit d’attendre de la part de notre discipline.

Cependant nous nous interrogeons sur cette soudaine convergence idéologique du SNEP. N’y aurait-il pas derrière cela, une toute autre finalité ? Les idées n’ont évidemment pas de propriétaire, mais elles ont une légitimité très différente selon qui les déploie. En matière de critique de l’intellectualisation, celle du SNEP nous semble bien faible.

  • Historiquement, la forte implication du SNEP dans la mutation didactique de l’EPS, dont l’enjeu politique et éducatif était de rendre le sport éducatif et admissible à l’école, n’est plus a démontrer. Avec nombre de ses partisans depuis R. Mérand, J. Marsenach, P. Goirand et consorts, en collaboration étroite avec la FSGT, l’INRP, l’AAE-ENSEPS, des STAPS, les sciences de l’éducation… le SNEP à travers ses choix, ses références et ses publications a largement contribué à l’intellectualisation de la discipline. La lecture de M. Attali (L’EPS à l’éducation nationale, Carrefours de l’éducation n°13, 2002 ) est tout à fait éclairante à ce sujet.
  • Plus récemment encore, en 2014, C. Couturier, secrétaire national du SNEP (dans un entretien avec le Café pédagogique) proposait qu’un des axes de la rédaction des programmes porte sur «les modalités de raisonnement attendues (analyse, comparaison, analogie, modélisation…), les attitudes (engagement, effort, entraide…) dans les différentes phases d’apprentissage», précisant que «cette partie prend sens pour les élèves dans un ’’apprendre à s’entraîner’’, qui signifie s’inscrire dans un projet de développement, donc de progrès, en rationalisant de plus en plus, en fonction des âges et des cycles, les méthodes pour atteindre le but fixé». Il n’y a là aucune différence entre cette proposition très intellectualiste du SNEP et celle du CSP pourtant critiquée dans les futurs programmes.

Pourquoi le SNEP s’offusque t’il aujourd’hui de l’intellectualisation de l’EPS en cours depuis plus de 20 ans et à laquelle il a largement contribué ?
Face au ras le bol et à la grogne de la profession qui ne comprend plus le sens de sa discipline, le SNEP ne récupérait-il pas cette revendication, en contradiction avec son histoire et sa culture, à des fins électoralistes ?
En ces temps de campagne où le leitmotiv des organisations syndicales et de faire voter les personnels pour leurs partis pris, leurs idées, il serait heureux de marquer les différences de projet pour offrir aux électeurs des alternatives qui leur permettent de vrais choix et non une sorte de pareil au-même où bien évidemment le plus connu l’emporterait !
C’est tout l’objet de cet article : interroger la légitimité et l’honnêteté de certaines revendications pour clarifier les positions de chacun et éclairer les choix électoraux à venir.

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