Après les réformes de 2016 de Najat Vallaud-Belkacem, après « l’école de la confiance » de Jean-Michel Blanquer, après « Notre Ecole faisons-la ensemble » de Pap Ndiaye, après le « Choc des savoirs » de Gabriel Attal, voici « Collèges en progrès » du ministre actuel.
Le but de cette dernière réforme semble louable puisque l’on veut améliorer les résultats des établissements les plus en difficultés, en concentrant les efforts en mathématiques et en français. Mais dans les faits, cette réforme est vécue comme une véritable humiliation par les professeurs.
En y regardant de plus près, à quoi touche précisément cette réforme ? A la façon de concevoir les cours et d’enseigner. Elle consacre en effet la pédagogie par projets et la co-intervention en classe – ce qui de surcroît est une forme de standardisation des méthodes pédagogiques. De plus, des « experts », missionnés par le rectorat et extérieurs aux établissements, auront leur mot à dire aux professeurs. Une fois encore, le Ministère prétend sauver l’école en transformant le métier d’enseignant. Comme si, bouleverser tout ce qui relève du geste professoral serait le remède absolu ; comme si les professeurs étaient responsables des maux du système scolaire.
On réforme régulièrement leurs programmes, on modifie le nom de leur matière, on remanie les études et leur durée pour devenir enseignant, on change les concours du professorat, on ergote sur le système des notes, on disserte sur la meilleure façon de disposer les tables dans une salle de classe, on s’interroge sur la labellisation de manuels scolaires… Les enseignants n’en peuvent plus d’être les cibles du Ministère. A peine une réforme est-elle mise en place qu’une autre vient déjà la remplacer. Cette fuite en avant permanente est insupportable. Est-ce qu’être sans cesse dans le mouvement permet de faire forcément mieux ? Est-ce que le changement est, par nature, synonyme de progrès ?
Et si l’on s’intéressait aux causes structurelles qui fragilisent davantage notre école républicaine ? Pourquoi ne pas parler des classes surchargées et de leur immense hétérogénéité ? Pourquoi ne pas évoquer le manque de moyens humains ? Et surtout, pourquoi toujours éviter de parler des loisirs des élèves à la maison, notamment un temps vertigineux passé chaque jour derrière les écrans et sur les réseaux sociaux, dont les conséquences néfastes sur leur scolarité et leur capacité à vivre en société sont pourtant évidentes ?
La réforme « Collèges en progrès » est une honte car comme d’habitude, les moyens manqueront. Pour répondre à ses objectifs, on passera la serpe budgétaire dans d’autres établissements : suppressions de classes, hausse des effectifs. En clair, on déshabillera ici pour mieux habiller là, alors que le « ici » est déjà presque nu.
Cette dernière réforme ainsi que l’empilement des précédentes interpellent le SNALC. On peut légitimement se demander si l’école a réellement un cap. Le SNALC réclame qu’une vision à long terme anime le ministère de l’Education nationale, quel qu’il soit. L’école a besoin que l’on remette au centre de son projet pédagogique la persévérance, l’effort et le travail. Une réforme de l’école se voulant sérieuse ne peut plus faire l’économie d’une réflexion sur les activités des élèves en dehors du temps scolaire.





