Suite aux menaces de rassemblements “pour en découdre” dans un lycée de Montpellier, le SNALC rappelle qu’aucun contexte ne justifie les agressions contre les personnels. Le SNALC exige des sanctions exemplaires, une responsabilisation des parents et un débat national pour restaurer l’autorité dans les établissements scolaires.
Karim El Ouardi, président du SNALC Montpellier, est l’invité de CNEWS le 11 avril 2026.
SNALC – Karim El Ouardi
Oui, je le dis très clairement : pour le SNALC, rien ne justifie qu’on touche à un agent public dépositaire de l’autorité publique.
Je le répète avec force, car la situation est en train de s’enflammer depuis hier. Des élèves de plusieurs lycées de Montpellier souhaitent se réunir lundi pour « en découdre » avec la direction de cet établissement. Je pense que nous nous trompons complètement de sujet.
Rappelons le contexte : nous sommes à Montpellier, une ville plutôt bourgeoise du sud de la France. Nous bénéficions du soleil 320 jours par an, de la montagne, de la plage, de la proximité avec l’Espagne, du rugby et du football. Rien ne peut objectivement justifier que les jeunes soient dans une telle frustration.
Aujourd’hui, cet établissement est pointé du doigt alors qu’il figure parmi nos meilleurs. Pourtant, nous relevons des faits répétitifs depuis trois ou quatre ans : des collègues alertent sur la dégradation des conditions de travail. L’an dernier, des élèves de ce lycée ont jeté des tables depuis les étages ; nous aurions pu déplorer des morts. D’autres défèquent ou urinent dans les couloirs. Ne nous y trompons pas : nous ne sommes pas en banlieue de Montpellier, mais bien dans un « bon bahut » de la ville.
Depuis la sortie de la crise sanitaire, nous faisons face à une génération complètement perdue, confrontée à un problème d’autorité. Qu’est-ce que l’autorité ? Hier, j’animais une formation pour les personnels de direction de l’Académie de Montpellier. L’autorité, c’est un chef d’établissement qui se présente dès 8 heures du matin, à l’arrivée des élèves, pour montrer qu’un représentant de l’État est présent. C’est une équipe de direction qui salue ses enseignants et déclare à tous les personnels : « Nous sommes de votre côté. »
Oui, nous sommes bienveillants, car nos jeunes ont besoin de bienveillance, mais nous devons aussi être exigeants. Je le redis avec vigueur : les collègues sont choqués. Je me suis couché à 5 heures du matin, accablé par les appels de collègues en pleurs. Certains ne veulent plus retourner dans leur établissement lundi matin. Rien ne justifie qu’on porte la main sur un agent de l’État dépositaire de l’autorité publique. Au nom du SNALC, je le demande solennellement.
CNEWS
J’aurais dû commencer par là d’ailleurs, je m’en excuse : comment va votre collègue ? »
SNALC – Karim El Ouardi
Monsieur, je suis en colère. Mais cette colère n’est pas la mienne, car je n’enseigne pas dans cet établissement. Je me fais le relais de celle de mes collègues qui m’appellent en pleurs, en panique. Il y a quinze jours, j’animais un stage syndical réunissant 400 personnes : ils en ont « ras-le-bol » de la violence à l’école.
Je veux que vous l’entendiez : je ne veux pas que cela reste un simple fait divers. Je veux que cela devienne un débat public, transpartisan et transpolitique, afin que nous puissions mettre des propositions sur la table, même sans moyens supplémentaires. Des actions sont possibles pour faire respecter l’autorité de celui qui enseigne, mais aussi de celui qui dirige.
Malheureusement, des chefs d’établissement ont aussi été frappés par des parents. Nous ne responsabilisons pas assez les familles. Il faut sortir du déni et du laxisme dans lequel se complaisent certains élèves. Je suis attaché à l’enseignement ; j’aime mes élèves et ils me respectent. Mais quand je dois dire « non », je le dis, car je sais que ma direction me soutient. Nous devons tous aller dans le même sens et cesser de chercher des excuses là où il n’y en a pas.
Il n’y a plus d’excuses possibles lorsqu’on touche à un agent dépositaire de l’autorité publique. Il faut des sanctions exemplaires. C’est à l’institution de porter plainte, et non à l’enseignant seul.
Je commence à entendre des parents commenter : « Il n’aurait pas dû se défendre », ou « Il n’aurait pas dû donner une gifle ». Pendant ce temps, l’enseignant est à terre. Des élèves filment la scène en riant. Ces élèves doivent également être sanctionnés pour complicité. Filmer un professeur de l’Éducation nationale, représentant de l’État, à terre et en train de se faire frapper, est inacceptable. Il n’y a plus à discuter : il faut agir.
Lorsqu’un élève entre dans l’établissement, il doit comprendre qu’il se doit de respecter tous les adultes : les surveillants, les CPE, l’équipe de direction, les personnels administratifs et les agents.
J’en appelle à une responsabilisation des parents et à l’ouverture d’un débat public transpartisan. L’école doit être la priorité de la nation et de notre jeunesse.





