Traduit de l’anglais :
Alors que 564 établissements ont dû fermer, au moins partiellement, face aux manifestations lycéennes, Sébastien Vieille (SNALC) se dit « déçu et extrêmement inquiet » : aucune réponse concrète n’est venue du ministère de l’Éducation. Tout en distinguant les élèves qui protestent des émeutiers, il rappelle que les bâtiments inadaptés à la canicule, les effectifs d’enseignants insuffisants et les classes surchargées figurent parmi les causes du malaise. Il salue le passage temporaire aux cours en visioconférence pour protéger les personnels, mais doute d’un changement durable : ces revendications, le syndicat les porte depuis des années sans les avoir obtenues. Pour lui, la violence n’est pas la solution.
Sébastien Vieille, Secrétaire national du SNALC chargé de la pédagogie est l’invité de France 24 02 octobre 2026.
France 24 : Merci beaucoup de nous accorder cet entretien sur France 24 aujourd’hui. Le ministère de l’Éducation indique ce vendredi que 564 établissements ont dû fermer, au moins partiellement, en réaction aux manifestations de ces derniers jours. Que ressentez-vous en voyant les images de ces manifestations ?
Sébastien Vieille : Clairement, nous sommes déçus et extrêmement inquiets, parce que nous ne voyons venir aucune solution, aucune réponse, aucune vraie réponse du ministère de l’Éducation. Nous craignons donc que cela continue ainsi. Voilà, c’est ce que nous ressentons.
France 24 : Avez-vous été choqué par le niveau de violence constaté dans les banlieues parisiennes, mais aussi jusqu’à Marseille et Nantes ?
Sébastien Vieille : Clairement, c’est choquant, mais il faut distinguer deux choses : les manifestants, les élèves qui protestent, et les émeutiers. Il y a clairement une différence à faire entre eux.
France 24 : Que pouvez-vous nous dire sur le calendrier de ces manifestations ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi début octobre, fin septembre, les élèves décident-ils de descendre dans la rue ?
Sébastien Vieille : Je ne peux pas parler à leur place, mais ils ont traversé une période de chaleur extrême, même en septembre, en travaillant dans des conditions assez difficiles. C’est vrai. Ils ont vécu un début d’année peut-être parfois sans le nombre normal d’enseignants dans leurs établissements. Et il y a peut-être d’autres causes que nous ne connaissons pas. Certains parlent de l’interdiction des téléphones portables dans les lycées. Je ne sais pas si c’est vraiment un facteur, mais cela se peut.
France 24 : J’aimerais avoir votre avis sur plusieurs des plaintes exprimées par les élèves. Vous avez évoqué quelques-uns de leurs griefs à l’instant. Par exemple, certains élèves disent que les journées dans les écoles publiques françaises sont excessivement longues. C’est quelque chose que l’on connaît bien en dehors de la France : le système éducatif français est perçu comme trop axé sur la quantité, peut-être au détriment de la qualité. Cela vous parle-t-il ?
Sébastien Vieille : Mon syndicat ne pense pas vraiment que les journées soient trop longues, parce que, même si on peut parler de journées allant de huit heures à dix-huit heures, il y a en réalité beaucoup de pauses entre les cours. Il y a des heures pendant lesquelles on peut faire ses devoirs, par exemple, aller étudier. Nous ne pensons donc pas vraiment que cette cause soit au cœur des manifestations.
France 24 : Et que dites-vous des affirmations selon lesquelles les bâtiments scolaires, partout en France, ne sont pas adaptés, qu’ils sont trop chauds, vétustes, mal entretenus ?
Sébastien Vieille :Comme je le disais, nous avons traversé une canicule qui a clairement montré que beaucoup de bâtiments scolaires ne sont pas adaptés. Certains sont vétustes, comme vous le dites. Il faut comprendre que beaucoup d’écoles ont été construites dans les années 70 ou 80. Bien sûr, il y a eu quelques améliorations, mais elles sont anciennes et ne sont pas vraiment adaptées aux conditions météorologiques que nous connaissons actuellement.
France 24 : Des dizaines de membres du personnel ont été blessés ces derniers jours, dont 40 chefs d’établissement de lycée. Pensez-vous que le gouvernement en fait assez pour protéger les enseignants pendant ce mouvement de protestation ?
Sébastien Vieille : Tout d’abord, nous sommes choqués de voir ces chiffres. Il y a beaucoup de choses à dire sur le maintien de l’ordre en France, et peut-être sur la façon dont le gouvernement s’adresse à ces jeunes. Il faudrait plus de communication afin de protéger les chefs d’établissement et les enseignants. Et il y a une mesure qui, à mon avis, n’est pas complètement stupide : le gouvernement a décidé de suspendre, enfin pas les cours, puisqu’il y aura des cours en visioconférence. Je pense que c’est une bonne mesure pour protéger les personnes. Elle ne sera pas parfaite, évidemment, parce que nous ne savons pas vraiment comment faire cours en visioconférence, mais il y aura au moins quelque chose, et au moins nos collègues seront protégés, ce qui est vraiment très important.
France 24 : Et croyez-vous personnellement que ce que nous voyons depuis quelques jours en France conduira à des changements concrets ? Avez-vous de l’espoir ?
Sébastien Vieille : Pas vraiment, parce qu’il faut savoir que les revendications des jeunes aujourd’hui sont des choses que nous demandons depuis des années. Nous demandons plus d’enseignants, moins d’élèves par classe. Nous y avons travaillé et nous n’avons pas réussi. Si les jeunes parviennent à l’obtenir, je serai vraiment surpris. Et je ne pense absolument pas que la violence soit le meilleur moyen d’y arriver.
France 24 : Sébastien Vieille, je vais devoir m’arrêter là, malheureusement. Sébastien Vieille, professeur d’anglais et secrétaire national du SNALC, le syndicat national des lycées, collèges, écoles et établissements supérieurs. Merci beaucoup.
Sébastien Vieille : Merci.





