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Rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan : tout et son contraire !

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UN CONSTAT EXTRA-LUCIDE

Le rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan paru le 31 août dernier et intitulé Niveau scolaire : éléments de diagnostic et propositions a quelque chose de stupéfiant. Au-delà d’un constat malheureusement corroboré par les récents résultats de PISA, cinq des huit sources de difficulté identifiées semblent tout droit sorties d’un congrès de réflexion du SNALC. Citons-les pour le plaisir (spoiler : il sera de courte durée) : classes hétérogènes en particulier depuis la montée en charge de l’école inclusive, culture des écrans concurrençant l’École, classes surchargées, métier enseignant en déficit d’attractivité, réformes incessantes, excès d’une pédagogie exclusivement centrée sur la mise en activité. Sur ce dernier point, les auteurs négocient un virage à 180° par rapport aux discours tenus dans les IUFM il y a quelques décennies. Les anciennes « institutrices clandestines » ou professeurs victimes d’inspections à charge dans les années 2000 se pinceront en découvrant la promotion de la méthode de lecture phonique synthétique stricte (syllabique) et le retour en grâce des « cours riches et structurés » accompagnés d’« exercices permettant de créer des automatismes ». Ils apprécieront également la dénonciation de l’abus de photocopies ou des limites du cours dialogué dont certains inspecteurs notent (mieux vaut tard que jamais) que l’emploi exclusif peut entraîner « ennui, niveau sonore fatigant et parcellisation des acquis ».

Sur l’attractivité du métier, le diagnostic est tout aussi fouillé. Le rapport ne se contente pas de citer les chiffres éloquents du déclassement salarial des professeurs, mais pointe également la perte de certains avantages comparatifs du métier avec la généralisation des 35 h et plus récemment du télétravail. Les différents facteurs de détérioration des conditions de travail sont aussi très bien identifiés : pression des réformes, inclusion sans moyens, multiplication des tâches administratives chronophages. L’usure physique et mentale des enseignants est ainsi largement documentée avec pour conséquences l’augmentation des départs volontaires et le recours accru aux contractuels. Un véritable gâchis quand 92 % des enseignants déclarent se sentir heureux quand ils enseignent et que « l’effet enseignant » explique une part significative (15 %) des différences de progression des élèves.

L’heure des réformes de fond indispensables pour attirer d’excellents candidats au métier de professeur aurait-elle donc sonné ? 

ÉVALUATIONS, PILOTAGE, FORMATIONS … LA PANACÉE, VRAIMENT ?

Le SNALC rappelle les plus urgentes : revaloriser les rémunérations, refonder sérieusement l’école inclusive et mettre un coup d’       arrêt à la « fast politique » de réformes qui donnent le tournis.

Mais les huit propositions qui concluent le rapport font malheureusement l’effet d’une douche froide. En effet, elles ne conservent rien des analyses menées en amont sinon la recommandation de ne lancer aucune réforme sans prévoir son évaluation. Quant à la mesure la plus cruciale, la plus évidente, la plus urgente…, elle se heurte au mur budgétaire. Et nos experts de suggérer de contourner l’obstacle en « donnant aux revalorisations la forme de primes ou de compléments de revenu à travers des outils existants ou à inventer. » Retour à la case du Pacte autrement dit…

Et ce n’est que le début. Les propositions suivantes passent totalement à côté des manques les plus criants, ne répondent à aucune des attentes du terrain et rivalisent même d’inventivité pour ajouter de nouvelles couches au malaise enseignant. Ainsi faudrait-il renforcer l’accompagnement pédagogique des professeurs, modifier les ORS pour inclure des temps de formation, proposer la polyvalence aux PE, labelliser les manuels et revoir les rythmes scolaires (retour à la semaine de 4 jours et demi voire 5 en primaire). Il ne manque que la promotion de l’autonomie pour que le panorama soit complet. Il s’agit sans doute d’un oubli…

Qu’est-il donc passé par la tête de nos experts entre le diagnostic et les pistes de solution ?

La réponse se trouve peut-être dans la partie du rapport intitulée « Des raisons d’espérer ».

La réflexion s’y concentre sur les formidables progrès des « outils de suivi des acquis scolaires » et de la « science des apprentissages » accompagnés du développement de nombreux organismes chargés de faire circuler les résultats de la recherche. Bref, dans le marasme budgétaire actuel, à défaut de pouvoir mener les réformes de fond nécessaires, évaluons, expérimentons et diffusons les bonnes pratiques en misant tout sur la formation des professeurs- d’autant moins bien formés au passage que le niveau de recrutement a baissé. L’Éducation nationale peine peut-être à recruter, mais elle peut compter sur les 500 chercheurs que comporte le réseau du Cnesco (Conseil national d’études des systèmes scolaires), du CSEN (Conseil scientifique de l’Éducation nationale), de l’IFE (Institut Français de l’Éducation) ou de la DEPP pour exploiter les résultats des tests internationaux PISA, PIRLS, TIMMS et des évaluations nationales désormais organisées chaque année dans toutes les classes. De toutes ces données, expérimentations, bilans devrait émerger un grand bond en avant didactique sous la forme de formations labellisées et de constellations fructueuses… à condition bien évidemment qu’on trouve suffisamment de formateurs pour les assurer.

Or, si le SNALC n’est pas opposé à la formation des professeurs- surtout quand elle s’appuie sur des recherches sérieuses- qui confirment ce qu’il recommande depuis des décennies- il doute qu’elle constitue actuellement une priorité. Le timing n’est pas bon non plus pour reposer la question des rythmes scolaires ; on ne peut réformer sans les enseignants à qui on ne peut indéfiniment en demander plus sans aucune contrepartie.

Cet éloge un brin scientiste de la frénésie évaluative a  par ailleurs quelque chose de savoureux dans un rapport  qui pointe en empruntant les mots du chercheur Xavier Pons « une forme de gouvernement par les nombres (…), la comparaison systématique des performances (…) qui contribue à une forme de perte de sens »1.

Finalement, ce hiatus entre la lucidité du diagnostic et les remèdes envisagés a quelque chose de désespérant. La « solitude des professeurs est [décidément] infinie ». Mais le SNALC tient à le préciser de peur que cette formule ne soit mal interprétée par nos décideurs: mieux vaut être seul que mal accompagné.


(1) Pons X. (2024), La fabrique des politiques d’éducation, Paris, Presses universitaires de France.