Les contours, les missions et les obligations liées aux 24 heures hebdomadaires sont clairement définis. Les 108 heures, elles, sont réparties en plusieurs blocs, chacun relevant des « obligations réglementaires de service ». Mais qui décide ? Et de quelles obligations parle-t-on exactement ? De quel règlement ? Et au service de quoi ?
CONSTAT
Pendant de nombreuses années, l’institution s’est largement appuyée sur la disponibilité et l’engagement sans faille des instituteurs, mais les temps ont changé. Les professeurs des écoles doivent aujourd’hui assurer la gestion et la préparation d’enseignements de plus en plus différenciés, mais également des réunions, des sollicitations de toute nature, des rendez-vous avec les familles, des formations, des évaluations et enquêtes, sans compter la gestion de nombreuses difficultés quotidiennes.
Pour autant, ils continuent à être régulièrement sollicités par l’IEN pour participer à des animations ou à des concertations en sus des ORS, et ce, sans aucune compensation financière. L’inspecteur prend généralement bien soin de rappeler dans ses messages le statut et les obligations du fonctionnaire d’État.
L’accumulation des missions contraint les professeurs des écoles à gérer leur temps au plus près et à arbitrer constamment entre leurs différentes obligations. Dès lors, il est difficilement acceptable qu’ils se voient imposer des heures supplémentaires au-delà de leurs ORS, alors même que ce temps risque fort d’être improductif et aurait pu être consacré à la préparation de leur classe.
Qu’à cela ne tienne, l’IEN qui sait mieux que quiconque ce dont le professeur a besoin estampille « obligatoire » toute mission ou tâche complémentaire pour justifier que cela rentre dans les ORS. En pratique, les 108 heures peuvent atteindre jusqu’à 150 heures sans aucune compensation.
QUELLES CONSÉQUENCES ?
Lorsque le niveau des élèves baisse, de nouvelles évaluations sont instaurées ; lorsqu’un problème de société émerge, des réunions de sensibilisation sont organisées ; lorsque les résultats d’enquêtes internationales comme PISA sont jugés insuffisants, de nouvelles formations sont mises en place. Derrière l’apparente prise de conscience et le volontarisme affiché, il s’agit surtout d’opérations de communication destinées à donner à l’opinion publique l’image d’une Éducation nationale engagée et réactive.
Mais les 108 h déjà largement dépassées ne sont pas compressibles : excédés de devoir en faire toujours plus, les PE finissent par comptabiliser scrupuleusement leur temps de travail, ce que le SNALC recommande d’ailleurs. Il en résulte un climat délétère dans les relations avec les IEN.
L'AVIS DU SNALC
Le problème n’est pas uniquement le dépassement des ORS : c’est aussi l’absence d’utilité et d’intérêt de certaines heures imposées. Notre institution décide à la place du professeur de ce qui répond à ses besoins.
On le juge incapable d’exercer son discernement professionnel et de prendre les bonnes décisions pour son enseignement, sa classe et ses élèves. On lui inflige donc des formations, des réunions et des évaluations, parfois hors ORS et le plus souvent hors sol, comme pour lui signifier que ce qu’il fait n’est pas suffisant et que pour mériter son salaire, il doit en faire bien plus. Et il se doit d’obtempérer.
Cela suffit. Les professeurs font preuve d’une conscience professionnelle que l’institution ne manque jamais de vanter dans les médias. Mais consciencieux ne signifie pas corvéables et l’infantilisation institutionnelle doit cesser. Qu’on laisse les professeurs faire ce qu’ils savent mieux que quiconque : enseigner. Et qu’on prenne enfin en compte leurs besoins réels, qui sont bien souvent à mille lieues de ce qu’on leur impose.
POUR LE SNALC, IL FAUT
- Rémunérer tout temps de travail exigé en plus des ORS : réunions, formations, concertations, liaisons, évaluations d’école, retards de parents à la sortie… ;
- Respecter le droit à la déconnexion des professeurs des écoles ;
- Affecter les 108 heures à des fins utiles, définies et jugées comme telles par les équipes pédagogiques.
Article publié dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1516-École du 4 septembre 2026




