Maxime Reppert, vice-président du SNALC, est l’invité de La Montagne le 21 avril 2026
Le cours d’espagnol touchait à sa fin, ce 22 février 2023, dans un établissement privé de Saint-Jeande-Luz (Pyrénées-Atlantiques), lorsqu’un élève de 16 ans s’est levé, a verrouillé la porte de la salle de classe puis a poignardé son enseignante en plein coeur. L’accusé, désormais âgé de 19 ans, est jugé à partir d’aujourd’hui devant la cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques. Les débats devraient durer quatre jours et auront lieu à huis clos. Ce que regrette le compagnon de la victime, Stéphane Voirin, qui a alerté, hier matin, chez nos confrères de France Inter, sur l’inquiétante recrudescence des actes violents perpétrés au sein des écoles. Après Agnès Lassalle, il y a eu, notamment, Dominique Bernard. Début mars, un adolescent de treize ans a été interpellé à Rennes après s’être rendu devant son collège muni d’un couteau de cuisine et avoir menacé de « tuer ses professeurs ». Il sera jugé en mai. En février, un élève de 3e a poignardé sa professeure d’arts plastiques en classe dans un collège de Sanary-sur-Mer (Var). Son pronostic vital a longtemps été engagé. Pour Maxime Reppert, professeur d’histoire et vice-président national du Syndicat national des lycées, collèges et écoles du supérieur (Snalc), enseigner est devenu « un métier à risque » et il faut en finir avec « la politique de l’excuse ».
Qu’est-ce qui a changé depuis le meurtre d’Agnès Lassalle ?
C’est une question délicate. Il y a eu Agnès Lassalle mais il y a eu Samuel Paty, Dominique Bernard… On a ce sentiment, aujourd’hui, que le métier de professeur est devenu un métier à risque. Enseigner, c’est la possibilité de devenir une cible. On n’est plus dans un sentiment d’insécurité, on est dans l’insécurité. Il y a une banalisation de la violence en milieu scolaire, tant et si bien que l’expression « établissement tranquille », que l’on pouvait entendre lorsqu’il y avait des faits divers relayés dans les médias, n’a plus lieu d’être. Ce n’est plus une succession de faits divers : on est face à un problème de société et la violence peut apparaître n’importe où, que l’on soit en milieu rural ou en milieu urbain. Les collègues, eux, savent que tout peut basculer. Cela ne concerne d’ailleurs pas que les enseignants mais tous les personnels de l’Éducation nationale.
Installer des portiques et fouiller les sacs, est-ce suffisant ?
Notre collègue Mélanie (Grapinet, assistante d’éducation poignardée en Haute-Marne en juin 2025, NDLR) ,a été tuée lors d’une fouille de sacs. Sécuriser, oui. Bunkériser, non. Ce qui me révolte, c’est qu’à chaque fois, les politiques disent que la solution passe par les portiques. Or, on a vu sur le terrain que cela ne fonctionnait pas. Un enfant peut très bien venir avec un couteau en céramique qui va rendre de facto le portique inefficace. Et, si les fouilles peuvent avoir un caractère dissuasif, cela reste temporaire et aléatoire. Et on ne peut pas mettre un policier devant chaque école. Surtout, le problème, ce n’est pas le couteau, c’est le comportement de celui qui tient le couteau.
On en vient à la santé mentale des élèves…
Il faut actionner trois leviers, au-delà du renforcement de la sécurité. Le premier, c’est davantage de personnel. Si vous mettez plus d’enseignants, vous baissez le nombre d’élèves par classe. Si vous mettez plus de personnel de vie scolaire, vous aurez une meilleure gestion du climat dans l’établissement. Ensuite, il faut responsabiliser les élèves et les parents. La première cellule d’apprentissage d’un enfant, c’est la famille, ce n’est pas l’école. Nous ne sommes pas la Garderie nationale, nous sommes l’Éducation nationale. Et s’il faut aider les parents en difficulté dans l’éducation de leur enfant, il faut aussi que les parents qui sont dans le déni, l’excuse permanente, qui soutiennent le comportement déviant de leur enfant, qui ne répondent pas aux convocations du chef d’établissement, qui contestent le contenu pédagogique ou qui, parfois, menacent les personnels de l’Éducation nationale – ils ne représentent pas la majorité – soient sanctionnés. Il ne faut pas croire que les profs n’ont que des devoirs et les parents que des droits. Et puisqu’on parle de responsabiliser les parents, il faut bien sûr également responsabiliser les élèves et arrêter avec la politique de l’excuse sous prétexte qu’ils sont mineurs. Le troisième levier, c’est donc celui de la santé mentale. Il y a tout à faire tant pour les personnels que pour les élèves. Pour les personnels, vous avez une seule visite médicale obligatoire au cours de la carrière, au moment de l’entrée dans le métier. Tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de médecins. Pour les élèves, là encore, il manque cruellement de médecins scolaires, de psychologues scolaires, d’assistantes sociales…
Les enseignants sont-ils formés pour repérer des élèves pouvant présenter des risques ?
Vous soulevez un point extrêmement important. En fait, on ne sait pas. Des élèves peuvent avoir des troubles du comportement extrêmement graves, les enseignants ne sont pas forcément au courant de ça. C’était le cas pour Agnès Lassalle. On est souvent dans la méconnaissance de la dangerosité potentielle des élèves, que ce soit d’un point de vue psychologique ou autre – environ 1.000 « fichés S » sont mineurs.
Qu’attendez-vous du procès ?
Il ne ramènera pas notre collègue mais il faut que les choses changent. Ce que nous attendons, c’est, bien sûr, que la justice puisse être exemplaire. Qu’on puisse arrêter avec ce « pas de vague ». Nous, au Snalc, nous refusons de subir. Nous souhaitons agir. Pour cela, il faut des changements profonds de mentalité, des parents, des familles, des jeunes. Et recréer un climat scolaire serein en redonnant l’autorité au personnel de l’Éducation nationale, notamment aux enseignants.
Percevez-vous un impact sur les vocations ?
Il y a un désamour profond pour le métier d’enseignant. Les conditions de travail sont de plus en plus difficiles, il y a une non-reconnaissance économique et sociale du métier, et ces violences viennent amplifier ce phénomène.





