Les programmes sont l’objet de réécritures suite à la saisine de mars 2024 demandant leur révision pour mettre en œuvre le choc des savoirs.
Après avoir participé aux différents GT ministériels, le SNALC vous livre son analyse.
Globalement, ces projets sont rédigés de manière claire et structurée avec des objectifs précis correspondants à chaque âge pour la plupart d’entre eux. Leur présentation pose néanmoins problème puisqu’ils comportent une colonne « Exemples de réussite » qui constitue par sa présence une sérieuse entrave à la liberté pédagogique. Ces exemples auraient leur place dans des documents d’accompagnement. Indiqués tels qu’ils le sont dans les programmes, ils risquent de nuire à la liberté pédagogique et d’enfermer certains professeurs des écoles, qui n’iront peut-être pas regarder les documents d’accompagnement.
Cycle 1
Activités physiques et artistiques, Temps et Espace et Découverte du monde ont été revus.
Point extrêmement positif : le numérique a disparu. Le SNALC s’en plaignait depuis longtemps : les écoles accueillent aujourd’hui des élèves de 3 ans qui savent scroller avant de savoir utiliser un outil scripteur. Les écrans – et surtout les tablettes – déjà trop présents à la maison, n’ont pas leur place à l’école maternelle.
La question de l’évaluation reste préoccupante et doit rester au sein de l’école. Le SNALC ne veut pas d’évaluations standardisées en maternelle.
Langues vivantes et régionales
Pour le cycle 3, les exemples de réussite ont été supprimés. Il s’agissait là d’une demande forte du SNALC. Cependant, l’absence de chapitres dédiés à la linguistique et à la grammaire est regrettable. De plus, les professeurs des écoles ont besoin d’un réel programme pour chaque langue vivante ou régionale enseignée. Pour le SNALC, le découpage des programmes gagnerait en lisibilité s’ils étaient proposés par année d’enseignement.
EPS aux cycles 2 et 3
4 domaines d’apprentissage pour l’EPS :
Se déplacer pour agir dans l’espace et sur une durée ;
Construire des équilibres pour s’adapter à des environnements inhabituels ;
S’exprimer avec son corps pour vivre des émotions ;
Coopérer et s’opposer pour apprendre à gagner.
Plusieurs points de rupture sont préoccupants. Certaines injonctions paraissent hors-sol (savoir nager/rouler) : ériger ces compétences en fondamentaux sans garantie d’infrastructures et de budgets municipaux crée une rupture d’égalité territoriale. Le SNALC refuse que les PE portent la responsabilité de moyens matériels qu’ils ne maîtrisent pas. L’omniprésence du terme sécurité (30 fois pour le cycle 2 et 40 pour le cycle 3) sonne comme une mise en garde incantatoire. Le SNALC alerte sur le danger d’inclure certains élèves à besoins éducatifs particuliers et/ou en situation de handicap dans des activités à risques sans aide humaine (AESH), ni formation spécifique.
Enseignements artistiques aux cycles 2 et 3
Le SNALC partage l’ambition de faire des enseignements artistiques un vecteur de l’intelligence sensible et un pilier de la formation du citoyen. Il adhère à la vision d’une évaluation intégrée à la démarche pédagogique. Cependant, cette ambition est fragilisée par des incohérences structurelles. C’est particulièrement frappant en Histoire des arts où l’imposition de neuf œuvres précises ne laisse aucune marge de manœuvre aux PE. Ces œuvres listées en arts plastiques étant identiques au cycle 2 et au cycle 3, leur maintien est d’autant moins pertinent.
Enfin, l’adaptabilité aux contextes locaux questionne. Imposer l’exploration de domaines artistiques spécifiques, tels que le design, le numérique ou le cinéma, sans garantir les ressources matérielles nécessaires, mettra inévitablement les collègues en difficulté. Au-delà des moyens, le SNALC souligne le manque de formation des professeurs des écoles pour aborder sereinement des pratiques aussi pointues.
Histoire-géographie aux cycles 2 et 3
Pour le SNALC, l’approche consistant à se focaliser sur les outils tels que la frise chronologique, les cartes et le planisphère va dans le bon sens. Il est important que les élèves de cycle 2 aient accès à de tels outils d’abstraction de manière répétée pour se les approprier complètement et qu’une place importante leur soit faite au sein des apprentissages. La suppression de la colonne des exemples de réussite, remplacée par une colonne des attendus est appréciable. Une certaine rigidité concernant l’organisation des thèmes et notamment leur durée d’étude est à déplorer. Certains thèmes sont abordés trop longuement. D’autres mériteraient d’être davantage développés afin d’apporter des bases solides aux futurs apprentissages.
Sciences et technologie aux cycles 2 et 3
Les enseignements sont répartis en 4 domaines trop riches, trop ambitieux pour être réellement applicables de la sorte dans nos écoles qui manquent de tout : de temps, de moyens financiers, d’accompagnement humain, d’espace, de formation…
La démarche scientifique demeure au centre de ces programmes, avec une part importante d’observation, d’expérimentation et d’analyse. Cela reste une force de ces programmes de sciences, mais prouve à quel point nos écoles sont démunies pour réellement appliquer cette démarche pour tous les élèves (garçons, filles, EBEP). Comme pour les programmes d’enseignements artistiques, une solide formation est nécessaire pour garantir aux PE la maîtrise de ces contenus.
Surcharge de travail, décalage total avec les besoins des PE, problèmes de faisabilité matérielle, manque de formation au regard des contenus à enseigner, disparités locales… S’ils partent d’une ambition louable pour mettre en œuvre le “choc des savoirs”, le SNALC déplore que ces programmes arrivent au plus mauvais moment : ils risquent de donner un goût amer à une rentrée de septembre qui s’annonce déjà bien compliquée.





