Votre lettre adressée aux enseignants est belle. Elle est exigeante. Et elle dit vrai lorsqu’elle rappelle que l’École ne se définit pas par les appartenances particulières, mais par la construction d’un avenir commun. Les professeurs d’EPS partagent cet idéal laïque et républicain : nous le faisons vivre chaque jour, sur le terrain, avec des élèves aux parcours, aux convictions et aux fragilités multiples.
Mais nous devons aussi vous dire ce que votre lettre tait.
Dans nos gymnases, nos piscines, sur nos terrains, le « commun » ne se proclame pas : il se négocie parfois, se rappelle souvent, se défend toujours. Refus de la natation, contestation de certains enseignements, tensions autour du corps, de la mixité ou des règles collectives : ces situations ne sont pas théoriques : elles sont notre quotidien. Et face à elles, nous sommes trop souvent seuls.
Vous rappelez que l’enseignant est un tiers indispensable entre l’élève et le savoir. C’est vrai. Mais ce tiers ne peut tenir sans cadre clair, sans soutien institutionnel explicite, sans protection hiérarchique constante. L’autorité enseignante ne peut pas être brandie dans les discours quand elle est oubliée, sinon dénigrée, dans les faits.
Le commun ne peut pas reposer sur le seul courage individuel des enseignants ni devenir une injonction morale adressée à des personnels déjà consumés par la charge de travail, l’usure professionnelle et le manque de reconnaissance.
Si l’École est bien un rempart contre le morcellement social, alors elle mérite mieux que des louanges. Elle mérite des actes forts, des règles, des moyens et une protection totale de ceux qui la font vivre.
Nous continuerons, au SNALC, à défendre le commun. Mais nous refusons de le faire au prix du sacrifice des enseignants.





