Dans un entretien diffusé le 25 janvier 2026 sur Franceinfo, Maxime Reppert, vice-président du SNALC, décrypte les limites des dispositifs actuels de lutte contre le harcèlement scolaire et appelle à une politique nationale dotée de moyens humains, financiers et de formations adaptées — notamment en santé mentale — pour protéger élèves et personnels.
14/16 – Franceinfo :
Maxime Reppert, c’est ça qui est difficile pour le personnel de l’Éducation nationale, c’est d’identifier ces signaux faibles — c’est ce qu’on appelle les signaux faibles —, ce que vous venez de décrire ?
SNALC – Maxime Reppert :
Il y a de nombreuses difficultés, effectivement, comme cela a été dit. Il y a cette difficulté à repérer — ça, c’est le premier point. Il y a aussi la méthode qui est employée au niveau de l’Éducation nationale pour lutter contre le harcèlement scolaire, puisqu’on utilise la méthode PIKAS, dite de la préoccupation partagée. C’est une méthode qui, à elle seule, ne suffit pas pour affronter le harcèlement en milieu scolaire, notamment dans les cas les plus graves. Et puis il y a encore d’autres difficultés qui viennent s’ajouter à cela, notamment la question de la santé mentale, qui est quand même liée à cette question du harcèlement scolaire, qu’on le veuille ou non. Et sur la santé mentale, il y a un défaut évident de moyens et de formation des personnels. On manque cruellement, dans l’Éducation nationale, de personnel de santé. On manque énormément de personnel, d’ailleurs, de façon générale, pas simplement les enseignants. Et c’est vrai que ça rend la tâche compliquée. Enfin, il y a aussi d’autres phénomènes qui échappent à la sphère Éducation nationale. Je pense notamment à la question des réseaux sociaux, qui sont dévastateurs quant à cette thématique. Parce que vous savez, on parle de harcèlement scolaire, mais il faut bien être conscient que le harcèlement ne s’arrête pas une fois rentré chez soi. Généralement, avec les réseaux sociaux, ce harcèlement se poursuit — et c’est très délicat de lutter contre quelque chose qui dépasse la sphère scolaire. […]
14/16 – Franceinfo :
Maxime Reppert, il n’est pas assez efficace, ce dispositif qui existe, ce dispositif pHARe ?
SNALC – Maxime Reppert :
Non, déjà, il a le mérite d’exister — voilà, puisque avant, il n’y avait pas de dispositif —, mais il n’est pas suffisant en soi. C’est souvent de la formation par vidéo. Il y a peu de formation avec les pairs. Ça, c’est le premier point. Le deuxième que j’évoquais tout à l’heure : il y a la question de la santé mentale. Et c’est vrai qu’on mériterait, au niveau de l’Éducation nationale, pour chaque personnel, d’être formé sur notamment cette question — et notamment les premiers secours en santé mentale (PSSM). Il permet justement de préparer les personnes sur l’attitude à adopter lorsqu’on remarque effectivement qu’une personne ne va pas bien. Mais ça, ça nécessite des moyens — des moyens financiers, des moyens humains. Ce ne sont pas des mesurettes avec des formations de deux ou trois heures qui vont permettre de transformer chaque personnel en spécialiste. Et vous voyez le problème un petit peu dans la…
14/16 – Franceinfo :
Alors, on vous a perdu un peu, Maxime Reppert. Je vous laisse rétablir la connexion. […]
14/16 – Franceinfo :
Maxime Reppert, je voudrais vous faire réagir — ce qui vient d’être dit, comme la connexion avait coupé, je ne sais pas si vous avez tout entendu, mais peut-être sur cette demande davantage de moyens pour pouvoir accompagner les élèves — j’imagine que c’est évidemment quelque chose que vous réclamez également ?
SNALC – Maxime Reppert :
Effectivement, nous demandons davantage de moyens, parce qu’en l’état, on ne peut pas être efficace si on n’a pas le soutien systématique, déjà, de la hiérarchie, si on n’a pas également les moyens financiers, les moyens humains, la formation également — ça, j’insiste là-dessus.
Mais par contre, je suis en désaccord avec ce qui vient d’être dit concernant la responsabilité des chefs d’établissement. Il faut quand même dire, aujourd’hui, sur votre antenne, que ce chef d’établissement est victime de menaces, il est victime d’injures, il est totalement lynché sur les réseaux, à tel point qu’il a dû se mettre en retrait. Et encore une fois, il y a plusieurs enquêtes qui sont en cours, dont une enquête administrative. Donc, avant de condamner l’action ou l’inaction des uns et des autres, laissons la justice se prononcer, pointer les responsabilités de chacun, parce que je ne peux pas entendre dire que les chefs d’établissement cautionnent le harcèlement scolaire, de dire que systématiquement on ne cherche pas à régler le problème.
Je peux vous dire qu’au niveau des établissements scolaires, que ce soit dans le premier ou dans le second degré, l’ensemble des personnels, chaque jour, agissent, font de leur mieux pour assurer un climat serein et sécurisé, à la fois pour les élèves et pour les personnels. Et puisqu’on parle de suicide, je pense bien sûr au drame de Camélia, mais il faut quand même aussi rappeler que depuis le début du mois, on a trois jeunes qui se sont suicidés, respectivement 12, 14 et 17 ans, et qu’effectivement, si on se contente de parler d’émotion, de dire que c’est inacceptable, mais que derrière on n’a pas une politique avec les moyens adéquats, eh bien malheureusement ce type de drame est destiné à se reproduire. Et ça, au niveau du SNALC, au niveau du syndicat que je représente, c’est quelque chose de totalement inacceptable.
Mais pour ça, il faut de vraies mesures, il ne faut pas des mesurettes, il ne faut pas à chaque fois rajouter des choses à moyen constant, parce que le quotidien des personnels est déjà extrêmement dense. Et effectivement, il faut également de la fermeté, que ce soit au niveau de l’institution, que ce soit au niveau de la justice, et des personnels de santé pour pouvoir nous épauler, parce que nous ne sommes pas des professionnels de santé, et nous ne pouvons pas nous substituer au travail, par exemple, d’un psychologue scolaire, d’une infirmière. Voilà, donc ça, ce sont autant de données à prendre en compte, plutôt que de dire tout de suite que c’est de la faute d’un tel ou d’un tel. Encore une fois, il y aura une enquête, et j’invite chacun à faire preuve de mesure pour attendre les résultats.



