Réforme du lycée : faisons le point

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Dossier du mois de la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1456 du 10 septembre 2021

Dossier rédigé par Sébastien VIEILLE, secrétaire national du SNALC chargé de la pédagogie.
Avec la contribution de Laurent BONNIN, secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS et de Sylvie CHIARIGLIONE, membre du Bureau national.

Au menu dans ce dossier...

FAIRE LE BILAN, CALMEMENT

Bien sûr, d’aucuns pourraient nous dire que nous prenons un risque en tentant de dresser un bilan de la réforme du lycée et de celle du baccalauréat tant les conditions d’enseignement dégradées peuvent tout à fait biaiser notre analyse. L’objection est certes recevable ; nous éviterons donc d’évoquer les conditions d’exercice qui sont clairement ce sur quoi le COVID aura eu un impact. 

Pour le reste, les feus E3C devenus EC n’auront certes pas eu le temps de se rôder pleinement ; cependant, les difficultés générées par la correction numérique et la désorganisation des cours, avaient bien été prévues par le SNALC. Ses craintes ont  malheureusement été confirmées.

Notons que le ministère a été prompt à « corriger le tir » en augmentant la part de contrôle continu, comme si tout cela avait été prévu. En réalité, et l’institution l’assume totalement, les épreuves ou évaluations communes n’ont été qu’un moyen de calmer les oppositions syndicales. Elles n’ont jamais été pensées pour fonctionner.

Désormais, après la mue du printemps 2021, la réforme a donc atteint sa forme finale.

Dans ce contexte, il est temps de voir si les spécialités telles qu’elles ont été  pensées répondent aux objectifs qui ont été affichés.

Il est temps également d’étudier quel impact les derniers aménagements du baccalauréat, et plus largement de la réforme, vont avoir sur les enseignements optionnels, en gardant à l’esprit que le ministre annonçait des lendemains qui chantent pour les disciplines concernées. 

Enfin, il est temps de se poser les vraies questions sur ce baccalauréat que l’on annonce « remusclé » et d’analyser en quoi le contrôle continu va faire évoluer nos conditions de travail et les conditions d’obtention du diplôme. 

Peut-être trouvera-t-on que le SNALC a la dent dure, parfois. Mais nous ne sommes pas dans la critique systématique. Notre syndicat fait des propositions concrètes et réalistes qui vont dans le sens d’une amélioration à la fois des conditions de travail des professeurs et de la qualité d’apprentissage des élèves. 

CONTRÔLE CONTINU : QUI CONTRÔLE QUI ?

La fin des épreuves communes actée par le B.O. du 29.07.2021 et leur remplacement par le contrôle continu intégral sur 40% de la moyenne définitive d’un candidat au baccalauréat sonne l’avènement de tout ce que le SNALC avait, par anticipation, dénoncé jusque-là : une rupture d’égalité entre élèves, établissements et territoires, des entraves à la liberté pédagogique (projets d’évaluations communes puis éventuellement progressions communes), surcharge de travail, pression parentale et hiérarchique certaine. Et cette pression se fera aussi par l’entremise de nouveaux corps intermédiaires : des collègues devenus référents, chargés de mission, dans le cadre d’une certaine vision de la revalorisation du métier. 

 

La tactique d’implantation des réformes pédagogiques par l’actuel ministère est désormais limpide pour tous : on crée des situations de chaos – accumulation d’épreuves difficile à supporter pour les élèves, pression imposée par la nécessaire sélection via Parcoursup, appel légiféré à la bienveillance en même temps qu’obligation de résultats dans les classes – mission impossible ! –, gestion locale requise pendant la crise sanitaire, – et l’on décrète hypocritement et arbitrairement que par la force des choses, il faut se rendre à l’évidence : la meilleure façon d’évaluer le Bac est de le faire soi-même, à son rythme, dans notre milieu naturel ! 

 

On ajoute une once de mauvaise foi quand des inspecteurs en réunion pédagogique lancent : « les syndicats qui critiquaient les épreuves communes sont aussi ceux qui critiquent à présent le contrôle continu, donc il faudrait savoir ! », détournant ainsi nos arguments – le refus d’un bac local inégalitaire –, semant le doute auprès de certains collègues. L’on tâche aussi de diviser pour mieux régner – « Le refus du contrôle continu signifie donc que vous ne faites pas confiance à la notation de vos collègues ! » – et le tour est joué ! 

 

Le contrôle continu a vocation à nous contraindre à satisfaire toutes les lubies de l’institution, à sacrifier nos savoirs pédagogiques individuels pour adopter les méthodes d’un enseignement de masse depuis longtemps sous couveuse, à nous surveiller de près ! Le SNALC s’opposera toujours aux diktats déguisés 

Y A DANGER POUR LES OPTIONS

La réforme du lycée avait changé la place des enseignements optionnels au lycée. Les évolutions introduites à partir du baccalauréat 2022 auront des conséquences encore plus grandes.

 

 Sans doute pour ne pas introduire des inégalités entre les disciplines, avec la création d’options « mathématiques » pour les élèves de terminale, le ministère avait décidé de mettre fin au système du bonus. Il ne serait plus question de faire uniquement compter les points au-dessus de la moyenne, mais de prendre en compte la note. 

 

La nouvelle n’avait pas fait trop de bruit et les conséquences restaient assez réduites, même si cela pouvait donner lieu à une perte d’attractivité de certains enseignements déjà en danger. 

 

En effet, des options sont menacées depuis plusieurs années. Les lettres classiques, disciplines artistiques et LV3, voire LVR, ont des groupes « atypiques ». Cela signifie en jargon institutionnel qu’ils fonctionnent avec quinze élèves, voire moins. 

 

Or, dans la foire d’empoigne qu’est devenue la répartition d’une dotation globale, tout fragilise ces groupes atypiques : regroupements allant de la seconde à la terminale à l’encontre de tout bon sens pédagogique, horaires tronqués (« et encore, je vous fais une faveur parce que j’aurais pu ne pas ouvrir », « et vos collègues se plaignent » et cetera). 

 

La fin du bonus pour le bac supprimait une mesure incitative. Mais cela n’allait pas assez loin. Alors, pour « redynamiser les enseignements optionnels » (sic !), le ministère a décidé de coefficienter pour donner plus de poids. Si bien qu’un élève qui a des difficultés dans une option et des notes inférieures à 10, se verra enlever des points pour l’obtention de son diplôme. 

 

Voilà qui devrait achever… de redynamiser tout cela, en effet. À moins que l’idée soit d’inciter les professeurs d’options à plus de générosité dans le contrôle continu pour éviter de contribuer eux-mêmes à la disparition de leur poste. (mais non, cela ne peut exister). 

 

Pour le SNALC, l’Éducation nationale a vocation à élever et à enrichir culturellement et non à rogner tout ce qui n’est pas utilitariste. C’est une question de choix de société que le ministre devra assumer. 

SPÉCIALITÉS : OBJECTIFS… NULS ?

« L’implantation des enseignements de spécialité permet de veiller à une meilleure équité territoriale et renforce l’offre de formation dans les lycées les moins attractifs » – MEN. 

 

Les enseignements de spécialité sont censés être l’apport majeur de la réforme : offre diversifiée, formule à la carte, programmes inédits, coefficient ambitieux, Grand Oral. Pour les élèves, c’est l’opportunité de construire son parcours et d’avoir de meilleures connaissances grâce à des programmes solides. Pour les professeurs, c’est l’occasion d’approfondir, avec des élèves plus motivés. 

 

BILAN 2019-2021 CONTRASTÉ 

Les anciennes filières sont largement reproduites dans les choix des lycéens au point que leurs discours évoquent toujours des voies scientifique, littéraire et économique, « pour aller plus vite ». En même temps, que demandent les parcours postbac si ce n’est des triades logiques ? 

Ces enseignements se sont avérés tout puissants dans l’obtention du diplôme à tel point que bon nombre d’élèves n’ont réellement travaillé que dans ces 3 disciplines, les autres étant souvent jugées utiles « pour tâcher de décrocher une mention ». 

Cependant, si l’implantation d’au moins 7 spécialités dans chaque lycée est la norme, tout le monde est loin d’être satisfait. Dans de nombreux territoires, le niveau des élèves est tel que des enseignements, jugés trop difficiles, n’ont pu s’ouvrir faute de combattants. 

Des lycéens auraient dû se déplacer pour étudier la spécialité absente de leur établissement. Mais dans le monde réel, ce fut impossible. Le choix du parcours, en théorie possible, ne s’applique donc pas à tous. Les objectifs de diversité et d’équité territoriales devront donc être retravaillés – dirait-on avec la plus grande bienveillance. 

 

2022, ENCORE DES CHANGEMENTS ! 

L’avènement du contrôle continu sur la spécialité abandonnée en 1ère et l’allègement des épreuves terminales ont de quoi inquiéter. Mais la volonté claire de réduire l’offre des triplettes pour réduire les dotations, annonce surtout un lissage progressif des choix offerts. On aurait donc transformé les filières en parcours – revenant au final au même – juste pour casser le bac ?  

SPÉCIALITÉS : DES DISCIPLINES EN DANGER

Comme dit précédemment et comme vanté par les concepteurs et les thuriféraires de la réforme, le choix de l’élève est au cœur de la réforme. Ces penseurs éthérés n’avaient-ils vu venir le mur du réel ou se berçaient- ils d’illusions, en gestionnaires éclairés ? 

 

Parfois, on aimerait vivre dans un pays nommé Théorie. Car en Théorie, tout se passe toujours très bien. Dans ce pays, les élèves peuvent faire des spécialités qui les intéressent comme les arts, les lettres classiques, les sciences de l’ingénieur ou le numérique. Le ministère a mis les moyens idoines pour que tous les lycées offrent un choix large en permettant de petits groupes faibles. Tout a été pensé pour que la mutualisation sur un même bassin soit possible (on a même mis des bus à grande vitesse évitant la circulation) … et sinon, on a anticipé pour que le CNED soit vraiment de la partie. 

Mais on ne vit pas en Théorie. Et déjà dans les spécialités artistiques ou dans les langues anciennes on rogne sur les heures, on regroupe ; on explique que la spécialité existe, mais dans le lycée privé du secteur. 

On ferme des groupes de SI ou de NSI parce que ce sont des spécialités jugées ardues, et ouvrant des parcours moins larges. Bien sûr, au ministère, on préfère penser que c’est parce que les filles n’osent pas y aller plutôt que de voir le problème plus largement. Bien sûr, il faut motiver la gent féminine à embrasser de telles carrières. Mais en introduisant des quotas ou des objectifs cibles, on risque d’amputer le malade au lieu de le soigner. 

On se rend compte que certaines spécialités sont massivement abandonnées en fin de première – NSI encore mais aussi HLP – et que les rares triplettes permettant de l’ouverture se meuvent en doublettes plus cohérentes, plus contraintes. 

Au final, tout ce que le SNALC avait annoncé se met en place. D’aucuns vendent l’idée du choix de l’élève. Mais pendant qu’ils se gargarisent, sur le terrain, la lutte pour les heures fait rage, des coupes franches et des sacrifices de postes ont lieu. Et comme de bien entendu – « comme par hasard » diraient nos élèves – on s’achemine vers des économies au détriment de la qualité et de l’ouverture de l’enseignement. 

SPECIALITÉ EPS : ENFIN !

D’abord balayée d’un revers de main dans la réforme du lycée, une spécialité EPS voit le jour. Il aura fallu attendre deux années et la prise de conscience tardive de ses enjeux économiques, pour que l’on compense la suppression des enseignements d’EPS d’exploration (2de) et de complément (1re – terminale). Cette création est en effet bien conforme à la logique de la réforme et aux parcours de nombreux élèves.

Malheureusement, à la rentrée, cette spécialité sera uniquement expérimentale jusqu’en 2023. Elle ne concernera donc que quelques lycées. De plus, sa généralisation, qui risque d’accentuer la concurrence avec des spécialités existantes, reste très en suspens car dépendante de l’avenir présidentiel et de l’effet JO 2024 en France. À moins qu’un sportif célèbre parvienne à influer sur les décisions ministérielles… 

LE SNALC MAINTIENT SES PROPOSITIONS

Alors que certaines organisations syndicales se félicitent – se se délectent, si l’on ne souhaite pas rester dans l’euphémisme – de la place plus importante accordée au contrôle continu et de la plupart des évolutions récemment introduites, le SNALC, conscient que le mensonge raconté aux élèves va s’accroître, tout comme la pression mise par la hiérarchie sur les évaluateurs, demeure favorable à la tenue d’épreuves nationales, terminales et anonymes. Il en va du crédit que l’on souhaite donner à un examen. 

 

Ala croisée de la réforme du baccalauréat et de celle de la structure du lycée général et technologique, la question des options est centrale. Elles sont parfois invisibles en seconde, empêchant des élèves de travailler pleinement leur orientation. Quant à celles du cycle terminal, il est évident qu’elles doivent redevenir des plus dans l’obtention du diplôme si l’on veut qu’elles survivent. Prétendre leur donner de l’importance d’une autre façon relève du mensonge voire de l’antiphrase orwellienne. 

Sur le lycée lui-même, le SNALC a toujours été clair. Le passage de trois spécialités en première à deux en terminale est une erreur. Laisser la possibilité aux élèves d’avoir ne serait-ce qu’une mineure, qui peut bien sûr évoluer entre les deux années avec l’accord du conseil de classe eût été une solution beaucoup plus logique et ne coûtant pas plus d’heure que l’introduction de certaines options. 

En soi, les spécialités peuvent avoir de l’intérêt, ne serait-ce que celui de changer la logique qui avait fait de S une filière générale et de ES une filière générale avec moins de sciences. Cependant, lorsque l’on introduit de tels changements, il faut des programmes qui tiennent et des moyens idoines. 

Les premiers eussent pu être meilleurs, même si le SNALC est parvenu à les infléchir dans le bon sens parfois. Mais le plus gros problème est ailleurs. Entre dotations ne tenant pas compte du pédagogique et implantation à géométrie variable, l’intérêt pédagogique est nul. 

Le SNALC ne fait pas partie des syndicats qui n’ont que le mot « moyens » à la bouche. Cependant, une telle réforme sans investissement humain ne peut être porteuse pour les élèves et met les professeurs en difficulté. 

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