Le SNALC a étudié les résultats de PISA 2025 en culture scientifique, culture mathématique et compréhension écrite. Plutôt que de s’attarder sur le classement international qui peut comporter différents biais méthodologiques, nous nous sommes penchés sur ce que ces résultats révèlent de l’évolution de notre système scolaire et de sa capacité à faire acquérir aux futurs citoyens les connaissances nécessaires.
Entre 2000, première année de PISA, et 2025, la France a perdu 49 points en compréhension de l’écrit et 53 points en culture mathématique depuis 2003, première année d’évaluation de ce domaine. La baisse est moins catastrophique en culture scientifique avec 12 points perdus entre 2006 et 2025.
Par ailleurs, la part des élèves en difficulté est passée dans le même temps de 15 à 33 % en compréhension de l’écrit, de 17 à 36 % en mathématiques et de 21 à 26 % en sciences.
D’aucuns pourraient objecter que les exercices proposés ont évolué et que la comparaison comporte des limites. D’autres souligneront que, contrairement à certains systèmes éducatifs, le nôtre ne prépare pas spécifiquement les élèves aux évaluations de type PISA. Le SNALC préfère s’interroger sur les causes de ce décrochage sans prétendre à l’exhaustivité. Comprendre les causes, c’est peut-être déjà chercher des solutions, qui sait ?
LES CAUSES EXOGÈNES
PISA s’intéresse à juste titre à deux facteurs qui dépassent les murs de l’école : l’évolution du rôle des parents et la place croissante des nouvelles technologies. Dire que le rôle des parents a changé est un euphémisme. La question « Comment puis-je aider mon enfant à progresser à la maison ? » semble progressivement céder la place à des préoccupations plus utilitaires voire à une remise en cause du travail de l’enseignant. Il semble que le temps consacré à lire une histoire, à aider aux devoirs, à revoir une leçon ou plus simplement à s’intéresser à ce que l’enfant a appris dans la journée se soit réduit. Sans juger les familles, le SNALC rappelle que leur investissement, leur soutien à l’institution, mais aussi leur vigilance face aux nouvelles technologies a un réel impact sur la scolarité de leur enfant.
À la maison en outre, l’élève redevenu enfant ou adolescent est de plus en plus exposé aux écrans récréatifs : jeux et réseaux sociaux, vidéos, échanges et défilement sans fin. Autant de temps soustrait à la lecture, à l’apprentissage, au sport, mais aussi au sommeil.
Enfin, l’émergence de l’IA qui pourrait constituer, dans un monde idéal, un formidable outil pour approfondir ses connaissances, se révèle en réalité l’occasion rêvée pour l’élève de sous-traiter son travail à la machine.
Le SNALC sait bien qu’il ne peut agir seul sur ces évolutions sociales. Elles permettent néanmoins de mieux comprendre certains constats faits en classe : un rapport dégradé à l’effort, une attention plus volatile et un intérêt parfois moindre pour la lecture et la découverte culturelle. Bref, une école qui ne fait clairement plus partie des priorités.
Note : la moyenne de l’OCDE a été calculée à partir des 24 pays participants membres de l’OCDE en 2025 qui ont participé à tous les cycles PISA depuis 2000. Champ : élèves de 15 ans scolarisés dans les pays membres de l’OCDE participant à PISA.
Source : DEPP ; OCDE-PISA. Réf. : Note d’Information n° 26.40. DEPP.
LES CAUSES ENDOGÈNES
À l’intérieur de la classe et du système éducatif, les explications ne manquent pas. Pour commencer, la France se distingue à chaque PISA comme la championne du climat scolaire le moins propice aux apprentissages. Ainsi 47 % des élèves rapportent-ils que le bruit et l’agitation perturbent les cours de sciences notamment. On connaît le discours de certains inspecteurs considérant que le « bruit pédagogique » serait consubstantiel aux apprentissages et permettrait même aux meilleurs élèves d’aider les plus faibles dans une forme de mentorat informel. Mais une fois le vernis pédagogique gratté, reste surtout le bruit qui déconcentre celui qui le produit et ceux qui l’entourent tout en amputant le temps réellement consacré aux apprentissages.
Le temps de cours est également entamé par le nombre croissant d’élèves qui entrent en classe sans avoir effectué le travail demandé ni appris leur leçon. Lorsque les bases de la séance précédente ne sont pas acquises, il faut reprendre, réexpliquer et refaire les mêmes exercices ad nauseam. Le temps d’enseignement se réduit mécaniquement et avec lui l’efficacité des apprentissages. Sachant que la disponibilité cognitive des élèves est déjà réduite avant ou pendant les cours par les notifications de leurs écrans récréatifs, le SNALC soutient l’interdiction du portable au lycée malgré les difficultés organisationnelles éventuelles.
Certaines spécificités de notre système scolaire méritent aussi d’être interrogées. Ainsi, a-t-on quasiment éradiqué le redoublement sans mettre en place une véritable stratégie de remédiation. Il n’est dès lors pas étonnant de retrouver d’évaluation en évaluation, du primaire jusqu’à la seconde, 30 % d’élèves en difficulté en lecture ou en mathématiques.
Dans le même temps, les programmes sont de moins en moins lisibles et de plus en plus difficiles à mettre en œuvre avec la diminution des heures d’enseignement disciplinaire au profit de multiples « éducations à ».
Et que dire des professeurs ? Ils sont insuffisamment rémunérés, mal formés, et trop peu considérés. La paupérisation du métier, une formation parfois indigente et une image dégradée de la profession ne sont pas des détails périphériques. Elles alimentent la démotivation et détournent du métier une partie de ceux qui pourraient choisir de l’exercer.
Compte tenu de tous ces facteurs, le SNALC ─une fois n’est pas coutume─ pourrait faire sienne mot pour mot la formule du Ministre lorsque, face à ces résultats inquiétants, il s’est dit « préoccupé, mais pas surpris ».
Article publié dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1517 du 2 octobre 2026





